Saint-Etienne : Antoine et Michel Durafour Maires de père en fils

Lorsque Michel Durafour, quincailler, originaire de Nantua, s’installe au rez-de-chaussée du 17 rue du Chambon à Saint-Étienne, sans doute vers 1860, (actuelle rue Léon Nautin), il est probablement loin de penser que sa descendance va assurer les fonctions de maire de Saint-Etienne durant près de quinze année

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux polars et passionné d’Histoire nous présente depuis des années des stéphanois dont parfois par manque de culture nous ignorons l’existence, ou la petite histoire. 22 Mars 2021

Les Durafour : maires de père en fils. 

Lorsque Michel Durafour, quincailler, originaire de Nantua, s’installe au rez-de-chaussée du 17 rue du Chambon à Saint-Étienne, sans doute vers 1860, (actuelle rue Léon Nautin), il est probablement loin de penser que sa descendance va assurer les fonctions de maire de Saint-Etienne durant près de quinze années et connaître une carrière politique qui dépasse largement le cadre local.

Antoine Durafour : Avocat en politique. 

Antoine voit le jour le 12 août 1876. Son père a épousé Antoinette Faure, originaire de Montbrison. Antoine Durafour fait de brillantes études au lycée de Saint-Étienne puis à la faculté de droit de Lyon. Après ses études, il exerce la profession d’avocat et s’inscrit au barreau de Saint-Étienne en 1898.

Malgré un certain talent oratoire qui lui laissait prévoir une brillante carrière juridique, il se sent attiré par la politique et quitte le prétoire pour la vie publique. Il se marie le 10 juin 1919 à Gassin (Var) avec Olga Gaillard (née en 1899), d’origine suisse. De ce mariage naît un enfant : Michel Durafour. Le parti radical socialiste domine, à cette époque, la vie politique française. Il s’inscrit naturellement dans la lignée des « Républicains Sociaux », attentifs aux problèmes sociaux mais sans remettre en cause, le système capitaliste. Il est élu député de la Loire le 8 mai 1910 et a été réélu sans interruption jusqu’en 1932.

Pendant la guerre de 1914-1918, il obtient le vote de la loi des « 5 sous pour les poilus » Cette carrière parlementaire s’accompagne d’une carrière ministérielle non moins riche. Après la victoire du Cartel des Gauches en 1924, il devient ministre du travail de Paul Painlevé et d’Aristide Briand. C’est grâce à Antoine Durafour que sont votées la loi de huit heures dans les mines et celle sur les assurances sociales. On lui doit également la première loi sur les congés payés. Afin que les ouvriers disposent à leur tour de vacances, il écrit un projet de loi visant à généraliser deux semaines de congés payés pour les salariés de plus de deux ans d’ancienneté. Pour soutenir sa démarche, Durafour insiste : un tel dispositif va améliorer la santé des travailleurs… et leur productivité.

Malgré son panache, il ne convainc pas. Pendant plusieurs années, le projet passe entre les mains de différentes commissions… jusqu’en 1931. Le 2 juillet, il est finalement mis à l’ordre du jour par la chambre des députés. Face aux arguments économiques, Louis Gros, député de la SFIO, souligne l’impact positif de cette mesure dans les pays frontaliers de la France, notamment en Allemagne et en Italie, qui l’ont mis en place au début du siècle. Le texte est voté par une large majorité à la chambre des députés, mais débouté par le Sénat. Le texte tombe dans les oubliettes… jusqu’en 1936. Malgré cet engagement fort au niveau national, il poursuit une riche carrière d’élu local. Élu, sans discontinuer conseiller général de la Loire de 1910 à 1932, il est élu maire de Saint-Etienne le 2 aout 1930, mais sa mort le 25 avril 1932 met fin à son court mandat. Il est enterré au Crêt-de-Roc.

Michel Durafour : écrivain et homme politique. 

Michel Durafour est né le 11 avril 1920 à Saint-Étienne. Côté études, il suit les pas de son père. Élève au lycée Claude-Fauriel de Saint-Étienne, il est diplômé de la faculté de droit de Paris et de l’École libre des sciences politiques. En 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, il s’engage dans l’armée et effectue son service militaire à Poitiers. Michel Durafour est démobilisé en 1940 après la défaite et en 1941, il achève ses études à l’École libre des sciences politiques (section Diplomatie, promotion 1941) alors installée à Lyon.

A la libération, il rejoint tout d’abord l’Union Démocratique et Socialiste de la Résistance (UDSR) avant d’en être exclu en 1948 par Eugène Claudius-Petit. Il devient alors membre du Parti radical-socialiste. Adjoint au maire de Saint-Étienne de 1947 à 1964 puis maire de cette commune de 1964 à 1977, il prend ainsi la suite de son père, Antoine Durafour. Il arrive à la tête d’une ville dans laquelle le déclin industriel se fait sentir (fermeture des mines, difficultés de Manufrance).

En 1977, il est battu par Joseph Sanguedolce, premier et unique (jusqu’à aujourd’hui) maire communiste de Saint-Etienne. Parallèlement, tout comme son père, il a poursuivi une carrière ministérielle. Il a été membre des gouvernements de Jacques Chirac puis de Raymond Barre, entre 1974 et 1977. Il s’est rapproché en 1988 de la gauche en entrant au gouvernement Michel Rocard et devenant ainsi une personnalité symbolique de l’ouverture.

Mais, derrière l’homme politique, se cache un tout autre personnage. En effet, Michel Durafour est un passionné de littérature. Dans les années 1950, il publie quelques romans. Il a été par la suite auteur de nombreux romans policiers et romans d’espionnage dans un style humoristique qui rappelle celui de Charles Exbrayat, notamment sous le pseudonyme de Pierre Jardin. En 1963, il remporte le prix du roman d’aventures pour « Agnès et les vilains Messieurs ». Sous son nom, il a également signé à partir des années 1980 des thrillers et des romans policiers historiques. Le ministre cachait bien son double jeu.

Une bibliographie abondante : 

–       Japy et le Chien-Fou, Paris, Dumas, 1948.

–       Bettina, Paris, Éditions du Carrousel, 1950.  Jus de citron, Paris, Éditions Segep, 1951.

–       Notre rêve qui êtes aux cieux, Paris, Éditions du Carrousel, 1952.

–       Avec Yves Denaux, Des fourmis sur la terre, Givors, A. Martel, 1952.

–       Le Juif du ciel, Paris, Éditions Le Jour se Lève, 1955.

–       Les Moutons du ciel, Paris, Fayard, 1973.

–       Ma baïonnette de Mirabeau, Paris, Jean-Claude Lattès, 1987.

–       Avec Jacqueline Dauxois, La Métisse, Paris, Albin Michel, 1996.

–       Marais salaces, Paris, Salvy, coll. « Noire », 2001.

–       Avec Christian Soleil, Ciel cocasse, Éditions Édilivre-Aparis, 2010.

–       Christian Soleil (sur une idée de Michel Durafour), L’Interview de Néron, Éditions Édilivre-Aparis, 2013.

Romans signés Pierre Jardin :

–       Pascaline mène l’enquête, Paris, Éditions La Vague, coll. « Les Grands Romans policiers » no 3, 1960.

–       Dites-le… avec des pastèques, Paris, Librairie des Champs-Élysées, coll. « Espionnage », 2e série no 2, 1961 ; réédition, Paris, Librairie des Champs-Élysées, Le Club des Masques no 195, 1973.

–       Pascaline contre Pascal, Paris, Éditions La Vague, coll. « Les Grands Romans policiers », no 7, 1961.

–       Bagarres et Franfreluches, Paris, Librairie des Champs-Élysées, coll. « Espionnage », 2e série no 14, 1962.

–       Agnès et les Vilains Messieurs, Paris, Librairie des Champs-Élysées, coll. « Espionnage/Charles Exbrayat », no 3, 1963.

–       Une chinoise dans la mêlée, Paris, Librairie des Champs-Élysées, coll. « Service secret », 2e série, no 3, 1964.

–       Excusez-moi, Dorothy…, Paris, Librairie des Champs-Élysées, coll. « Espionnage/Charles Exbrayat », 1964.

Romans signés Rémi Sibel : 

–       Un cadavre dans le coffre-fort, Paris, Éditions La Vague, coll. « Les Grands Romans policiers », no 2, 1960.

–       La Mort au 421, Paris, Éditions La Vague, coll. « Les Grands Romans policiers », no 6, 1961.

Romans signés Cécil Viborg

–       Lieux de pêche, Paris, Éditions La Vague, coll. « Les Grands Romans policiers », no 1, 1960.

–       Un pendu dans le vent, Paris, Éditions La Vague, coll. « Les Grands Romans policiers », no 5, 1961.

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