Roger Rivière : Le tragique destin d’un prodige stéphanois

Roger Rivière

Le 18 septembre 1957 marque une date mémorable dans sa carrière. Sur la piste en bois de Milan, il surclasse la performance de Baldini en la distançant de 530 mètres et établit un nouveau record mondial. C’est là qu’il glane sa plus belle victoire.

Pierre Mazet, reconnu pour ses polars abondants et son amour de l’Histoire, nous dévoile l’existence de stéphanois souvent ignorés par méconnaissance culturelle….

Un jeune prodige du cyclisme

À l’aube du Tour de France 1960, Roger Rivière a toutes les raisons d’afficher un large sourire. Son rival, Jacques Anquetil, après avoir remporté le Giro, décide de faire l’impasse sur cette compétition. Il doit cependant composer avec un adversaire redoutable : l’Italien Nencini. Mais à seulement vingt-quatre ans, bon nombre d’observateurs estiment qu’il est enfin prêt à briller.

Né le 23 février 1936 à Saint-Étienne, Roger Rivière grandit dans le monde du vélo. Son père Pierre Rivière, qui est originaire de Saint-Jean-Soleymieux, dirige un atelier de polissage-chromage de cycles. Le jeune Roger reçoit son premier vélo de course à Noël 1946. À 16 ans, il obtient sa première licence de cyclisme au Vélo Club Stéphanois. Sa première compétition voit son couronnement dans la montée du Grand Bois. Il ne perd la course qu’à la hâte de l’un des meilleurs membres de son club.

Des débuts prometteurs

Un début prometteur. Sa première victoire lui sourit en 1953, au Grand Prix des Canuts de Charlieu. Probant, il entame alors une carrière amateur le conduisant directement au sommet.

En 1956, il est désigné leader de l’équipe de France pour le Tour d’Europe, dont le coup d’envoi est donné à Zagreb le 8 août. Il l’emporte dès la première étape en surpassant au sprint l’Italien Roberto Falaschi et se pare du maillot de leader. Malheureusement, un incident mécanique dès le lendemain à Udine le fait reculer de 14 minutes.

Dans la cinquième étape entre Innsbruck et Ulm, il fait partie d’une échappée de cinq coureurs, dont ses coéquipiers Marcel Rohrbach et Claude Leclercq. L’Italien Antonio Uliana remporte l’étape tandis que Roger Rivière s’empare de nouveau de la tête du classement général. Il renforce sa position en remportant le contre-la-montre entre Étain et Longwy, la veille de l’arrivée, ce qui lui garantit la victoire finale dans ce Tour d’Europe devant Marcel Rohrbach.

Des débuts prometteurs

En 1957, il commence une carrière professionnelle, d’abord sur piste. Il devient Champion de France de Poursuite 5km en terrassant Jacques Anquetil, Champion du Monde de Poursuite des 5km en évinçant Bouvet et recordman du Monde à Zurich, sur 5km départ arrêté.

Or, son plus brillant succès, il le décroche le 18 septembre 1957 sur le velódromo en bois de Milan où il anéantit de 530 mètres la performance de Baldini et crée un nouveau record mondial de l’heure avec 46,923 kilomètres à son actif. L’année suivante, il améliore ce record, franchissant la barre symbolique des 47 kilomètres à l’heure.

En 1959, il estime qu’il est opportun pour lui de se lancer sur route. Ainsi, il se lance dans le tour de France au sein de la même équipe que Jacques Anquetil et Louison Bobet ! La concurrence est rude entre ces géants du cyclisme, Roger finit à la quatrième place, Anquetil troisième et le grimpeur espagnol Bahamontes les devance. L’année 1960 voit l’absence du grand rival, mais la lutte avec Nencini bat son plein. Le 10 juillet, au départ de la quatorzième étape à Millau, Roger Rivière se situe à la deuxième place du classement général, à 1 min 38 s de Nencini.

Une fin de carrière brutale

Après une entame d’étape tranquille, Louis Rostollan entraîne le peloton à un rythme effréné dans la descente du col de Perjuret devant Nencini et Rivière. Ce dernier, conscient d’être un moins bon descendeur que son rival italien, s’efforce de coller à sa roue.

Dans un virage sec difficilement négocié par Rostollan et Nencini, Roger Rivière perd le contrôle de sa bécane et heurte le muret qui borde la route. Il chute et tombe avec sa machine dans le ravin, une chute brutale de 25 mètres le précipitant sur un lit de branchages qui recouvre le lit pierreux d’un ruisseau.

Le sort en est jeté. Le diagnostic est implacable : il ne disputera plus jamais une course à vélo et restera considérablement invalide pour le restant de ses jours. Pour un homme aussi doué, ambitieux et porteur de rêves que Roger Rivière, c’est une tragédie.

La chute de Roger Rivière ravive aussitôt le débat sur le dopage car on découvre dans son maillot un comprimé de palfium. Il s’agit d’un puissant analgésique dont l’un des effets secondaires est de ralentir les réflexes par son action sédative. Selon les médecins, l’engourdissement des doigts et ce retard de réflexes sont considérés comme les causes les plus probables de la chute du champion.

Ainsi, Roger Rivière se profile comme la première victime du dopage dans le monde du cyclisme. Quelques années plus tard, il sera suivi par Tom Simpson, qui succombe sur les pentes du Ventoux, victime de la chaleur et surtout des amphétamines.

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