AURA : vers un RER Saint-Étienne-Lyon ?

L’annonce faite dimanche par le président de la République de doter dix métropoles d’un réseau RER a fait réagir dans la région Auvergne-Rhône Alpes, où Lyon est concerné au premier chef. La liaison avec sa voisine stéphanoise pourrait également être améliorée, mais alors que beaucoup d’élu.e.s et des collectivités ne demandent qu’à y croire, beaucoup font preuve de scepticisme. Pourquoi ? 

À Lyon, la question d’un RER à la lyonnaise est un serpent de mer qui revient régulièrement dans les débats entre la Métropole de Lyon et la Région Auvergne-Rhône-Alpes.

Le maire de la ville Grégory Doucet a tout de suite réagi aux annonces d’Emmanuel Macron sur Twitter déclarant : « Nous sommes prêts à Lyon ». « C’est une politique dans l’intérêt de tous. » 

« Make the train great again ! » s’est même enthousiasmé l’écologiste.

Du côté de la Métropole, le Vice-Président aux mobilités, Fabien Bagnon, s’est réjoui « de cette annonce ». « Il est indispensable qu’elle se concrétise chez nous par la création d’un RER à la lyonnaise pour compléter le développement du co-voiturage, des transports en commun, du vélo et de la marche. Nous avons besoin d’un bouquet d’alternatives ». 

Il serait même question d’améliorer la liaison entre Lyon à Saint-Étienne.

Les réactions ligériennes 

Dans le Forez, l’ancien député de la Loire, Jean-Michel Mis a rappelé sur Twitter que le 13 juin 2019, il avait pu « sanctuariser 400 millions d’euros lors du précédent mandat pour améliorer la liaison Lyon-Saint-Étienne ».

Le député Renaissance Quentin Bataillon a quant à lui parlé d’une « nécessité ! ». « Nous le proposions dès les élections régionales de 2021. Merci au président de la République d’ouvrir la voie ». 

Dans un article du Progrès, le Vice-Président de Saint-Etienne Métropole en charge des transports, Luc François affirme que « c’est un projet auquel la Métropole a déjà réfléchi ». « J’avoue avoir été surpris par cette annonce, car la semaine dernière, au congrès des maires auquel j’ai participé, le ministre des Transports qui est venu n’a pas du tout évoqué le projet ».

Selon lui, « On parle de 30 milliards d’euros à trouver pour financer ces RER », « Qui va les financer ? L’État ? La Région ? La SNCF ? ».

Nos confrères ont également interrogé la députée NUPES/LFI de la Loire, Andrée Taurinya qui s’est également montrée sceptique, se demandant si ce projet ne fera pas l’objet « d’une privatisation ». « Je pense que cette annonce cache quelque chose (…) On ne sait même pas si Saint-Étienne sera concernée ou pas. Le trafic ferroviaire avec Lyon doit être amélioré, mais il ne faut pas oublier les lignes Saint-Étienne/Le Puy et Saint-Étienne/Clermont-Ferrand. J’aurais préféré qu’on nous annonce des réouvertures de gares plutôt que ce projet bien vague ».

Dans le Progrès l’élu d’opposition EELV à la mairie de  Saint-Chamond, Jean Minnaert va dans le même sens : « Il faudrait déjà améliorer l’existant ». « Je suis pour le développement des transports en commun, mais les gens travaillent de moins en moins et passent de plus en plus de temps dans les transports. Il faut repenser le monde du travail et favoriser l’emploi dans les bassins de vie. »

Toujours dans le même article, le président Auvergne-Rhône-Alpes de la Fédération nationale des associations d’usagers de transports (FNAUT) confie avoir envie d’y croire, même s’il a « quelques doutes ». « L’État se désengage de plus en plus du ferroviaire et là, il ferait machine arrière… »

La Région demande des garanties

Le député et conseiller régional LR, Dino Cinieri, confie à nos confrères que « la Région n’a pas attendu cette annonce pour améliorer la desserte ferroviaire entre Lyon et Saint-Étienne ». « C’est une très bonne nouvelle, mais je ne crois que ce que je vois… on est habitué aux effets d’annonce, attendons de voir exactement ce qu’il y aura dans le projet ». 

Dans un communiqué, la Région AURA rappelle qu’elle « a déjà mis sur la table plusieurs projets », et qu’elle « attends maintenant des annonces concrètes de l’État ». « L’exécutif de Laurent Wauquiez, Président de Région, a déjà enclenché des projets concrets pour les métropoles. Pour le seul volet lyonnais par exemple, sont aujourd’hui nécessaires 7 milliards d’euros d’investissements à l’horizon 2035, avec des projets à court terme et moyens termes pour un montant de 1,4 milliard d’euros. La Région a déjà commencé : les travaux de création de la voie L par exemple (en co-financement) en gare de Lyon Part-Dieu ou la création de la ligne Lyon-Trévoux en BHNS en sont une des illustrations. »

La Région précise que « L’État doit enfin prendre la mesure de l’enjeu et indiquer l’engagement budgétaire fléché vers ces projets ». « Les collectivités, et notamment les Régions, doivent savoir ce que l’État est prêt à payer et dans quel calendrier. »

Le Vice-Président de la Région en charge des Transports, Frédéric Aguilera, confirme, dans ce communiqué, que « l’annonce d’Emmanuel Macron doit être suivie d’effets et de vrais et forts engagements pour avancer ».

Le scépitsicime du président de la Métropole de Lyon

Sur Twitter, Bruno Bernard parle lui aussi d’une « Belle annonce », mais souligne qu’il n’y a « aucun engagement concret pour l’instant ». Il précise toutefois que « Nous sommes prêts à avancer, accélérer le calendrier et discuter du financement. Si l’État souhaite véritablement agir pour les transports en commun, nous serons là. »

Pourquoi un tel scepticisme ? 

Dans la vidéo publiée dimanche, dans laquelle il parlait d’écologie, Emmanuel Macron expliquait qu’il a été « défendre ces sujets à l’International ces derniers jours en allant au Sommet du G20 à Bali ».

Dans un article publié hierMédiapart rappelle que les journalistes du consortium Investigate Europe, avaient calculé il y a un an, que « sur les vingt dernières années, la longueur des lignes ferroviaires a diminué de 13,4% en France ». « Sur la même période, les routes du pays se sont allongées de plus de 11 %. Ceci expliquant cela, la France a investi quasiment deux fois plus dans le développement de son réseau routier que dans celui de son chemin de fer sur les deux dernières décennies. Pendant et après la pandémie, le gouvernement a bien alloué 4,75 milliards pour soutenir le rail, mais il a distribué quatre fois plus à l’automobile et à l’aérien. »

Selon nos confrères, « En lançant soudainement l’idée de créer des réseaux de trains express dans dix métropoles françaises, Emmanuel Macron espère détourner l’attention du délabrement déjà bien avancé de la SNCF et de la RATP, et du sous-investissement chronique de l’État ».