Partager cet article :

Conscient d’avoir perdu son « pari » de la fin janvier, mais toujours incapable de l’admettre, le président de la République s’est enfin résolu à annoncer des mesures de freinage supplémentaires face à la progression non maîtrisée de l’épidémie. Mais une fois encore, comme depuis un an, la méthode interroge.

En annonçant la fermeture des écoles et établissements scolaires pour trois semaines – dont la première en enseignement à distance – sans anticipation aucune ni concertation préalable, le président laisse un week-end aux enseignants pour inventer une organisation efficiente. On pourrait penser que l’expérience du confinement précédent a permis de mettre en place des protocoles adaptés ; il n’en est rien !

Le gouvernement avance dans la plus grande improvisation. Depuis l’été dernier, le ministère de l’Éducation nationale ne s’est pas donné les moyens de préparer un nouveau passage au « distanciel », ignorant les appels en ce sens des élus et de la communauté éducative. Ce retour se fera donc sans moyens supplémentaires, sans accompagnement, sans protocole défini, dans l’urgence et en comptant sur le dévouement jamais démenti des personnels de l’Éducation nationale – dont les conditions de travail sont ainsi dégradées.

Il compte également sur la disponibilité des parents, dont beaucoup se retrouvent confrontés à la difficulté d’assurer et d’organiser en un week-end « en même temps » leur télétravail et l’enseignement à distance de leurs enfants.  À la différence du confinement de mars dernier, le gouvernement a en effet supprimé le travail partiel quand l’un des parents est en télétravail, en supposant donc que ce dernier peut mener les deux de front, ce qui est loin d’être toujours le cas. Par ailleurs, l’inversion du calendrier, qui aurait placé les vacances scolaires uniformisées avant l’enseignement en distanciel, aurait à ce titre donné plus de temps à chacune et chacun pour s’organiser.

Ces 3 semaines de fermeture ne sauraient être suffisantes pour sécuriser la réouverture des écoles et des établissements scolaires sans l’engagement d’une campagne massive de vaccination des personnels éducatifs et de la mise en œuvre de protocoles adaptés lors de la reprise. C’est dès à présent que l’Éducation nationale doit engager un dialogue avec la communauté éducative pour préparer les conditions de ce retour en classe.

Si les mesures annoncées mercredi soir s’entendent et se justifient au regard de l’activité épidémiologique, cette méthode condamne nombre de nos concitoyens (enseignants, personnels de l’éducation, parents) au stress et à l’improvisation. Ce manque de concertation et d’anticipation traduit aussi, à n’en pas douter, un manque de considération. À croire qu’aucune leçon n’a été retenue des épisodes précédents.