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La culture est une des grandes perdante de cette pandémie, si les discothèques sont portes closes depuis des mois, les musiciens et les chanteurs sont au repos forcé.

L’occasion pour moi de tendre mon micro (métaphore) à une artiste ligérienne, Sophie Jaconelli. (entretien du 19/11/2020).

Bonjour Sophie, pouvez vous nous raconter votre histoire et votre parcours d’artiste Ligérienne ?
Bonjour, je suis chanteuse avec un statut d intermittent du spectacle depuis 20 ans.
J’ai commencé en orchestre et groupe avec musiciens dans des registres de variétés françaises et internationales., également groupe de rock et duo guitare voix pop rock. Cela m’a permis de sillonner notre belle région Rhône-Alpes, d’autres régions de France ainsi que quelques pays lointains comme La Polynésie française, la Réunion, les Seychelles, les Antilles etc…
Tout au long de ces belles années, des spectacles sont nés. Un spectacle Édith Piaf, un spectacle Tour du monde, un spectacle Memory en hommage à nos chers disparus, un spectacle Jazz et j espère d autres à venir.
J’ai sorti en 2010 un EP (CD 3 titres) de compositions faites d’auteurs compositeurs talentueux dont un titre arrangé par le célèbre Michael Jones. Un autre titre a été adapté en italien par David Esposito, l’auteur de la chanson  » Écris l’histoire » de Gregory Lemarchal.
J’enchaîne ou plutôt enchainais (LOL) les spectacles et concerts avec passion et partage avec le public.
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Comment avez vous vécu le premier confinement et quelle est la différence avec ce deuxième ?
Le 1er confinement à été, au départ, sans trop de peine car finalement ça m’a permis (au départ !) de me poser un peu. Et puis je me disais çela ne va pas durer ! J’ai profité de faire du tri, organiser mon travail autrement, cuisiner etc.
Puis au fil des semaines on se dit « là ça commence à sentir mauvais, est ce qu’on va pouvoir reprendre notre métier (car c’est un métier) et dans quelles conditions ?
Le temps à été long du 14 mars au 21 juin, date à laquelle j’ai pu refaire un spectacle.
L angoisse de se dire « aurais je assez d’heures travaillées pour valider mes droits d’intermittence
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Car il nous faut 507 heures de travail sur 12 mois pour pouvoir ouvrir des droits pôle emploi 
Heureusement j’ai pu faire des prestations de juin à septembre, ce qui a augmenté mes heures et surtout redonner une bouffée d’oxygène après ce confinement de plus de 2 mois.
credit Régine Brun

Puis octobre, comme on dit chez nous « Rebelote »!!!!!

Alors on se dit « Aie ! On est mal barrés ! » c’est le coup de massue, l’angoisse, on ne va pas s’en sortir….
Depuis le 5 septembre, j’ai du avoir 30 prestations annulées et sans compter celles qui auraient pu s’organiser si ce satané virus n était pas apparu.
On se demande si le gouvernement va nous aider (jusqu’à présent on attend encore un réel signe)
On cherche des solutions pour l’après. On s’aperçoit que Tout nous est verrouillé. On ne peut plus exprimer notre art et ça c’est le plus terrible pour nous artistes qui faisons ce métier par passion et par amour du public.
Certes, les pertes financières sont importantes mais ne plus pouvoir vivre ce qui nous fait vibrer c’est encore plus difficile. On se sent complètement oubliés sur ce second confinement. Nous avons une ministre inexistante, on ne sait même pas si elle propose au moins des choses pour nous aider, nous intermittent du spectacle, artistes et techniciens. Certains sont en dépression, démotivés, se résilient à changer d orientation.
Ce 2 ème confinement est, c’est sur, plus difficile à vivre.
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Avez vous l’impression que l’on vous empêche de travailler ?
Oui on nous empêche de travailler, comme tant d autres activités qui pourraient s effectuer avec des conditions sanitaires strictes comme celles qui avaient été mises en place dans les salles de spectacle ou restaurants avant le confinement.
Il a été prouvé que les salles de spectacle n étaient pas source de « clusters ». Pourquoi ne pas avoir accepté de laisser les salles ouvertes avec un public assis et de pouvoir se rendre dans ces salles pour s évader un peu de toute cette situation anxiogène ? Car chacun a besoin de sortir de toutes ces actualités stressantes. Le virus est là mais ces effets co-latéraux aussi.

Ça ferait du bien au public et à tous les artistes.

credit Chantal Leser
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Quel est concrètement le geste à avoir pour vous aider au delà des mots et des bonnes intentions ?
De la part du gouvernement, une prolongation de nos droits  jusqu’à au moins Décembre 2021.
L autorisation de rouvrir les salles de spectacle ou salles des fêtes avec règles sanitaires adaptées, un public assis, masques, gel etc…
Peut être un système de spectacle live vidéo rémunéré qui pourrait compter pour nos heures de travail.
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Comment voyez vous l’avenir de votre profession et plus particulièrement la votre, car on a l’impression que la culture et le divertissement ne sont pas des produits essentiels..  ?
Ça c’est sûr que l on ne paraît pas essentiel aux yeux du gouvernement !
Mais je sais qu on manque au public et le public nous manque. Ça c’est essentiel !
L’avenir ? J essaie de rester dans l’instant présent car on ne sait pas l évolution que va avoir cette maladie et les décisions que va prendre le gouvernement.
Je veux rester optimiste et croire à des solutions à toute situation
Peut être faudra-t-il aller dans la rue comme beaucoup d’autres pour se faire entendre…
Ce qui me désole c’est que beaucoup auront certainement quitté la barque et j espère ne pas en faire partie.
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Le temps du confinement est propice au doute dans de nombreuses professions, quand on est chanteuse, est ce que l’on continue de chanter…dans la salle de bains  ?
Bien sûr on continue, ça fait partie de nos tripes ! Ça on ne pourra pas nous l’enlever.
Si on ne se laisse pas envahir par le négatif, on peut justement en profiter pour créer de nouveaux projets. Je suis actuellement en projet d’un clip pour ma chanson italienne « Averti qui »
Avec des amis chanteurs, on réfléchit à un nouveau spectacle.
J apprend « doucement » le piano et possible qu’entre tout ça j’apprenne quelques chansons françaises pour participer à nouveau à l émission « N oubliez pas les paroles ».
Il y a aussi un projet théâtre en cours qui devrait voir le jour sur scène d’ici octobre prochain ainsi qu’un titre pour un court métrage qui sera présenté à Clermont-Ferrand en 2022.
Le doute réside plutôt dans le fait de pouvoir encore en vivre mais rien ne m empêchera de chanter.
Ma foi, s il fallait reprendre un travail « général » pour quelques temps je le ferais, certainement dans la vente mais je ferais toujours du spectacle le week-end.
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On parle beaucoup de se re-inventer avez vous déjà des idées pour la suite de votre profession ?
Si on ne peut plus se produire sur scène durant plusieurs mois il faudra trouver une alternative c’est sur. Je pense qu il faudra opter pour des prestations vidéos payantes ( live streaming).
Cela commence à se faire doucement. C est une grande organisation technique mais cela peut être une belle alternative pour soutenir les artistes et se divertir.
Peut être que le marché du CD et DVD pourrait revenir ce serait bien d ailleurs.  Ceci dit, je veux rester optimiste et j espère de tout mon cœur qu’on va vite retrouver la scène et le public.  N ‘oublions pas que « ‘La musique adoucit les mœurs ». On en a tous besoin. Soutenez les artistes, ce serait vraiment dommage que le culture s’éteigne.
Merci beaucoup