Bonjour Sandrine, pouvez vous nous en dire plus sur votre parcours, pour nos lecteurs ligériens ?

J’ai d’abord fait une école de commerce, oui, ça mène à tout. Ensuite j’ai fait un détour par la Galerie Nationale du Jeu de Paume, assistante d’exposition, un pont entre le contrôle de gestion et ma propre création et puis, je suis devenue comédienne. Ça n’a pas fonctionné comme je le voulais, du coup, je me suis mise à écrire des scénarios, puis à réaliser de la fiction donc, et j’ai rencontré un homme qui a changé ma vie, Fabrice Gardel, un ami, il m’a dit : « Tu fais de la fiction, pourquoi tu ne ferais pas de documentaire? » J’ai donc fait grâce à lui quatre documentaires dont trois sur des « criminels ordinaires », ils sont la genèse de Rosine, une criminelle ordinaire.
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Entre temps j’ai écrit et réalisé un long métrage de fiction, Le goût du partage, pour France 3 et puis écrit des séries. Là encore, il s’agit de ce que j’appelle une opportunité cachée : quand ça ne marche pas, plutôt que de regarder ce qui ne marche pas, je me demande ce que je peux faire de cet « échec » . Comme les producteurs n’arrivaient pas à vendre mes séries, un jour je me suis dit, écris un roman. C’est mon cerveau qui me l’a dit d’ailleurs, il m’a réveillé un jour à quatre heures du matin. Finalement Rosine, une criminelle ordinaire est l’adaptation d’une série télévisée inspirée de mes documentaires. Comme quoi, tout sert et tout se recycle. Je suis très sûre du fait que dans la vie, plutôt que de s’acharner, il s’agit de voir ce qu’il y a de plus grand derrière une « résistance » apparente.
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Vous êtes une artiste complète, théâtre, cinema, réalisation, aujourd’hui un livre quel est votre cheminement artistique ?
Mon cheminement artistique est donc de saisir les opportunités qui se présentent à moi et de raconter mes histoires, quoi qu’il arrive. C’est vraiment ça mon désir, mon chemin, ma mission : raconter ma vision du monde. Pour ça, tous les moyens artistiques sont bons. Récemment j’ai réalisé des épisodes de Ici Tout Commence et, cette série TF1 parle de ce qui m’intéresse, les secrets de famille, les non-dits, les rivalités et aussi la passion, ici de la cuisine, la diversité de la jeunesse actuelle dans des positionnements différents, et un casting qui montre cette diversité.
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Quand je réalise cette série, je participe à une affaire plus grande que moi mais qui me correspond à 100%. C’est la même chose pour un Cassandre que je viens de finir d’écrire et qui parle de l’emprise entre adolescents.
Il est évident cela dit que j’ai découvert avec l’écriture romanesque une liberté incroyable et j’adore ça.
Mais je ne peux pas me passer de réaliser, écrire avec d’autres, ou jouer, parce qu’ainsi je raconte mes histoires au sein d’une équipe et le lien à l’autre est sans doute ce qui « m’agite » le plus, dans ma création et dans la vie.
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Est ce que cette année 2020 particulière pour la culture va changer votre façon de travailler ?
En fait j’ai eu la chance inouïe vue le contexte que 2020 soit une année très favorable pour moi. J’ai donc d’un coup basculé dans l’épanouissement de ma créativité, avec la rencontre avec mon éditeur Jean-Louis Nogaro des éditions du Caïman et la publication de Rosine, une criminelle ordinaire, mais aussi avec les projets de Ici Tout Commence, de Cassandre et un livre pour Albin Michel.
J’ai également déménagé en sortant du premier confinement.
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Tout à changé donc. J’ai un éditeur et j’écris mon prochain roman « pour » lui, j’ai de projets de réalisation, je suis à la campagne. Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est mon besoin de voir les gens, mes collaborateurs, le « présentiel » comme on dit maintenant. Je me suis rendue compte à la fois de notre possibilité de faire autrement et de la nécessité de préserver le lien.
Avec mon co-auteur de Cassandre, nous réfléchissons bien mieux quand nous sommes l’un en face de l’autre.
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Comment avez décidé d’écrire un livre et surtout pourquoi le faire éditer dans une maison d’édition stéphanoise ?
J’ai donc décidé d’écrire un livre pour que mon histoire de « criminel ordinaire » se raconte d’une manière ou d’une autre. Quant au fait de me faire éditer par une maison d’édition stéphanoise, c’est d’abord la rencontre avec un éditeur, Jean-Louis Nogaro. Je lui avais envoyé mon texte car il est spécialiste du polar et du roman noir. Et je n’écris quasiment que du polar et du roman noir, mon histoire la plus « gaie » c’est le destin de six rescapés d’un crash d’avion.
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Il a eu une lecture de mon texte d’une grande finesse et d’une grande générosité, il a pointé le seul endroit du texte où en tant qu’auteur, je savais que je m’étais dit que j’avais été un peu « feignante ». Il m’a fait cadeau de ses remarques. Il a été très honnête quant aux conditions de sa maison d’édition. J’ai dit banco.
Un livre est un boulot d’équipe aussi.
D’ailleurs avec mon attachée de presse, Olivia Castillon, j’ai l’impression d’avoir rencontré ma « famille » de roman.
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Sans nous dévoiler les secrets du livre, pouvez vous nous donner l’envie d’aller l’acheter et le lire ?
Ce qui est intéressant c’est que contrairement aux polars habituels où le lecteur veut savoir qui a tué, dans Rosine, une criminelle ordinaire, il sait déjà qui a tué. C’est Rosine. Un jour, Rosine, une mère, une amie, une fille, exemplaire tue ses deux filles, elle les noient. Le roman s’ouvre sur ce terrible passage à l’acte.
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Ce qui nous intéresse devient alors pourquoi? Pourquoi une femme ordinaire un jour tue ses deux filles et devient une criminelle ordinaire? Qu’est-ce qui dans son histoire permet d’expliquer, si ce n’est comprendre, son geste.
Rosine pourrait être n’importe qui, c’est ce qui est passionnant, et c’est ce qui renvoie le lecteur à ses propres questions. Au fond, les monstres n’existent pas. Le leitmotiv du roman et de Clélia, son héroïne, enquêtrice de personnalité est d’ailleurs : juger c’est comprendre.
Rosine, une criminelle ordinaire offre un nouveau regard sur les faits divers.
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Y aura t il un second livre et quels sont vos projets pour 2021 ?
Je suis en train de finir un nouveau roman : Tant qu’il y a de l’amour. Une histoire sur fond des attentats de Paris. Suite à un chagrin d’amour de trop et aux attentats de Paris, Suzanne se suicide. Elle laisse quatre enfants mineurs de quatre pères différents, Achille, Jules, Arthur et Mathilde. Les enfants décident de cacher la mort de leur mère pour rester ensemble, toujours avec Jean-Louis Nogaro, et les éditions du Caïman. Il faut que j’aille m’installer quelques temps à Saint-Etienne.
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Je travaille en arrière-plan à la prochaine enquête de Clélia, un nouveau criminel ordinaire.
Je travaille sur un documentaire fiction sur Voltaire et le droit au blasphème donc à la caricature.
Et puis, j’espère réaliser une fiction.
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Peut on espérer vous croiser prochainement en terre stéphanoise ?
J’aimerais beaucoup. Il suffit d’une invitation. Je devais venir pour les gueules noires du polar mais la COVID en a décidé autrement. Elle m’énerve celle-là.
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Merci beaucoup Sandrine, et ici tout commence à Saint-Etienne aussi, donc à votre prochaine visite, je ne manquerai pas de vous prendre en photos avec la complicité de Jean Louis Nogaro qui a facilité cette entretien qui conclu 2020….
30 décembre 2020