Pointe Cadet : Noël Pointe le 1er Stéphanois ouvrier-député

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois par manque de culture nous ignorons l’existence, depuis quelques semaines il existe une version en livre.

Noël Pointe : Premier ouvrier-député.

Tous les Stéphanois connaissent la rue Pointe Cadet qui unit la rue Léon Nautin à la rue du Bois, tout près de la place Chavanelle. L’histoire de l’homme, qui lui donna son nom, est sans doute moins connue. Pour l’état-civil, il est bien Noël Pointe. Le terme de Cadet a été ajouté car son frère ainé portait déjà le prénom de Noël et il fallait bien les distinguer ! Noël Pointe est né le 12 juillet 1775 à Saint-Etienne.

Son père était armurier, et était domicilié rue Notre Dame dans le quartier ouvrier de Chavanelle. Noël Pointe Cadet appartient en effet à cette corporation d’armuriers qui va faire de la ville le principal arsenal des armées révolutionnaires. Noël fait partie de ces gens du peuple qui ont été les vrais acteurs de la Révolution française. Il aurait pu faire partie de ces individus qui se sont enrichis et qui ont réussi leur ascension sociale à la faveur des événements. Rien de tel pour Noël Pointe. Pauvre il commença, pauvre il finit. Il serait sans doute resté un oublié de l’histoire si Jaurès ne l’avait pas cité dans son « Histoire socialiste de la Révolution française », comme le seul ouvrier de la Convention.

Un acteur précoce de la Révolution stéphanoise :

En novembre 1789, Claude Odde[1], est emprisonné pour avoir dénoncé la main mise sur un stock d’armes par des contre-révolutionnaires. La mobilisation populaire est immédiate. Plus de cinq mille fusils sont extraits de la Manufacture et l’émeute se déporte à Montbrison. Noël en fait partie et Claude Odde est libéré. Quelques années plus tard, Noël fit son éloge devant la Convention. Les émois s’apaisent quelque peu et Noël est nommé commissaire de son quartier pour prendre « la liste exacte des familles indigentes ». En mars 1790, lors des premières élections municipales, Noël ne paie pas un impôt suffisant, il n’est pas éligible. En compensation, il fait partie des gardes nationaux qui montent à Paris (au frais de la municipalité) pour participer à la fête de la fédération.

 

L’armurier devient député :

On sait peu de choses de l’activité de Noël Pointe jusqu’à son élection. Il occupe probablement une place importante dans la « Société des amis de la Constitution ». Lorsqu’en 1791, une assemblée pro-jacobine (dirigée par Antoine Desverneys) est mise en place, il en est membre sans avoir les ressources nécessaires. En 1792, il est élu député à la Convention. Son premier acte connu de député est son texte du 30 novembre 1792 dans lequel il se déclare partisan de l’exécution de Louis XVI sans perdre de temps.

L’été 1793 est le moment où s’aiguise la rivalité entre Girondins et Jacobins.  Il est alors chargé d’une première mission à Saint- Etienne, au moment même de la révolte des girondins, dont on sait que le principal foyer était à Lyon. Comme les troupes girondines marchaient sur le Forez et ne faisaient pas de quartier aux jacobins, il fut contraint de se cacher, afin d’éviter le sort funeste qui avait été, dans la grande cité voisine, celui de son collègue Chalier, puis il réussit à quitter clandestinement des lieux où sa vie était menacée.

 

Relégué à vie :

Après la chute de Robespierre, il est vite mis politiquement à l’écart, exposé à des tracasseries, relégué dans des postes subalternes. Il mène dès lors une vie plutôt disloquée et médiocre, nommé successivement directeur d’une manufacture vouée à une prompte fermeture, puis greffier de tribunal. Privé de toute fonction publique sous le Premier Empire, père d’une famille très nombreuse, il reprend son métier d’armurier à Périgueux. A la fin du Premier Empire, on le retrouve percepteur dans une localité de Dordogne, Thénac. En 1816, il est frappé de bannissement par la Restauration (il était régicide).  En 1818, Noël Pointe échappe à la déportation, mais il est enfermé pendant quelques mois dans la prison de Périgueux. Libéré de cette dernière, il se retire alors près du village de Monestier, en Dordogne, à La Bastide. Misérable et affaibli, il meurt en 1825, sur le chemin qui le conduisait à pied vers Bordeaux pour rejoindre l’une de ses filles demeurant dans cette ville.

 

Dans la mémoire stéphanoise :

Depuis le 25 novembre 1921, il existe à Saint-Etienne une rue de la Convention et une rue Noël Pointe Cadet. Ce double hommage public fut décidé par la municipalité de gauche au lendemain de la première Guerre Mondiale. Il est significatif que les élus stéphanois aient tenu à honorer simultanément l’Assemblée révolutionnaire qui a proclamé la République en septembre 1792 et le député de Rhône-et-Loire qui s’y distingua surtout par ses origines ouvrières.

[1] Ouvrier armurier à Saint-Étienne (Loire). Révolutionnaire ardent, il était un des membres les plus influents de la Société populaire. Il se suicide en juillet 1793.

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