Pierre Garonnaire : le troisième élément de la réussite de l’ASSE

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois par manque de culture nous ignorons l’existence, depuis il existe un livre Chroniques stéphanoises.

Pierre Garonnaire : le troisième élément. 

Roger Rocher a présidé l’ASSE de 1961 à 1982. Sous sa présidence, les Verts ont dominé le foot français et fait trembler les plus grands clubs européens. Il a été associé à trois entraineurs : Jean Snella, Albert Batteux et Robert Herbin. Pourtant malgré le talent et la compétence de ces duos, rien n’aurait été possible sans la présence discrète, mais efficace de Pierre Garonnaire. Après une honnête carrière de joueur au poste d’arrière droit,à Saint-Etienne déjà, Pierre Garonnaire se reconvertit dans la maroquinerie à la fin des années 1940.

Il tient une boutique dans le centre-ville de la préfecture de la Loire jusqu’en 1950. C’est à ce moment-là qu’il revient dans son club de toujours, l’ASSE. Son grand ami Jean Snella, avec qui il a joué, est de retour pour entraîner l’équipe première. Il demande à Pierre Garonnaire de commencer à recruter des jeunes pour le centre de formation. Les deux viennent d’inventer le métier de recruteur. Ce moment-là, Pierre Garonnaire s’en souvenait en ces termes dans un portrait fait par Libération en 1995 : « En 1949, Jean Snella m’a dit : dans le foot, il y a quelque chose qui ne va pas, les clubs courent après les joueurs, on les achète de façon anarchique. Il faudrait faire un truc différent ici. »

Ce truc différent, c’est un travail d’orfèvre en termes d’observation et de recrutement. A cette époque, seuls les jeunes de la région viennent jouer pour Saint-Etienne. Pierre Garonnaire commence à se créer un réseau d’observateurs à travers la France (des amis du milieu, des anciens coéquipiers…), à sillonner le pays à la recherche des futurs talents, à aller observer les stages de Georges Boulogne, qui entraîne alors les équipes de France de jeunes. Mais ce n’est pas tout : Garonnaire est aussi chargé de recruter des joueurs plus confirmés. C’est comme cela qu’il prospecte dans sa filière yougoslave ou qu’il active ses réseaux sud-américains. Aux manettes de l’A.S Saint-Étienne se trouvent trois hommes qui s’avèrent être complémentaires dans la gestion administrative et sportive du club : le président Roger Rocher, l’entraîneur Robert Herbin et le recruteur Pierre Garonnaire.

Tous les trois détiennent un rôle indissociable dans le développement et la performance du club. Les succès nationaux de la fin des années 1960 démontrent les fondations solides et l’organisation efficace du club. Dans un football professionnel français à la traîne sur le plan européen, le club fait figure de précurseur en mettant tous les moyens technologiques, organisationnels et médicaux possibles pour permettre à l’équipe d’exploiter la totalité de son potentiel. Par exemple, Saint-Étienne est le premier club de football en France à se rendre en avion sur les lieux de ses rencontres afin de limiter la fatigue inhérente au voyage.

Il est également le seul à disposer d’un service vidéo permettant d’observer et de disséquer le jeu des adversaires dans le but d’optimiser la préparation des matchs. Autre singularité : un staff médical étoffé avec un médecin attaché au club, le docteur Poty, ainsi qu’un kinésithérapeute, suit quotidiennement les joueurs stéphanois pour prévenir les risques de blessures et faciliter la récupération. Des outils tels qu’une fiche médicale personnalisée et du matériel de récupération sont employés. La réussite sportive de Saint-Étienne réside dans sa politique de formation et la grande stabilité de son effectif.

En 1969 et 1970 arrivent des jeunes de 17 ou 18 ans, venant de toute la France, appelés a posteriori les « Marie-Louise » par l’entraîneur Robert Herbin. Parmi ces jeunes stagiaires se trouvent Jacques Santini, Alain Merchadier, Christian Lopez, Christian Sarramagna, Christian Synaeghel, Patrick Revelli ou encore Pierre Repellini. Ensemble, ils remportent la Coupe Gambardella en 1970 face au rival lyonnais en finale.

À sa prise des pouvoirs sportifs en juin 1972, Robert Herbin choisit de s’appuyer sur ses « Marie-Louise » alors que le président Rocher lui propose de s’appuyer sur des joueurs plus expérimentés. Le jeune entraîneur réclame alors seulement deux recrues : un gardien et un défenseur central. Garonnaire active alors ses réseaux internationaux pour dénicher deux pépites : le gardien yougoslave Ivan Curkovic en provenance du Partizan Belgrade et le défenseur argentin Oswaldo Piazza atterrissant de Lanus intègrent l’effectif à l’été 1972. Avec Herbin, l’entente est parfaite.

1976 aurait dû venir couronner quinze ans de construction d’un club français à l’ambition européenne grâce à la présence du président à la pipe Roger Rocher, du chef d’orchestre de l’ombre Pierre Garonnaire, et des entraîneurs Jean Snella, Albert Batteux et Robert Herbin. Finalement, la belle machine verte viendra s’écraser contre les poteaux carrés de Glasgow. Le beau trio se fracassera sur l’affaire de la caisse noire révélée en 1982. En réalité le divorce était dans l’air depuis 1979, lorsque Roger Rocher fit signer Michel Platini et Johnny Rep contre l’avis de Robert Herbin et Pierre Garonnaire, tournant ainsi le dos à ce qui avait fait la gloire du club : le centre de formation.

Pierre Garonnaire s’est éteint le 8 juillet 1998 à 82 ans, quatre jours avant la finale de la Coupe du monde. 

Partager cet article :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *