Pierre-Alfred Colombet une histoire stéphanoise, à l’origine des lavabos dans les mines et du musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne

Gauthier T… : j’aime beaucoup tout ce que vous faites pour Saint-Étienne et je pensais que vous pourriez mettre en avant un homme qui est mon trisaïeul, à l’origine des lavabos dans les mines et du musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne, Pierre-Alfred Colombet.

Fils d’aubergistes de Tence, il est devenu avocat tardivement et a défendu gratuitement les ouvriers mineurs. 

Avocat, publiciste, membre du Parti ouvrier, conseiller municipal de Saint-Étienne, conseiller général de la Loire et juge de Paix, Pierre-Alfred Colombet avait vu le jour le 15 mars 1852 à Tence (Haute-Loire), il est mort le 1er mai 1915 à Saint-Étienne. Et pour dire la vérité si Gauthier n’avait pas attiré mon attention je n ‘aurai jamais fait de recherches.

À sa naissance, son père, Jean François Xavier, était un aubergiste de vingt huit ans et sa mère, Victorine Monteil, se déclara sans profession. Charles Picq, tailleur d’habits âgé de quarante deux ans, et Xavier Delabre, rentier âgé de quarante deux ans signèrent l’acte de naissance.

Pierre Alfred Colombet fit ses études au collège du Puy avec Charles Dupuy (étonnant j y ai fait aussi un court passage pour mon BTS audiovisuel) et Jules Vallès. Il prépara l’école des Beaux Arts, qu’il n’intégra jamais, conservant cependant toute sa vie une passion pour le dessin et les beaux arts. Licencié en Droit, il fut appelé en 1882 dans le Vaucluse par Pourquery de Boisserin, maire d’Avignon, pour défendre les idées républicaines : « polémiste dans l’âme, son séjour fut marqué par des campagnes extrêmement vives. Il eut des procès, fut condamné à de la prison et à de très fortes amendes ». (Tribune Républicaine du 3 mai 1915).

Émile Girodet, que Pierre Alfred Colombet avait connu à Paris, le fit venir dans la Loire comme collaborateur à La Montagne, hebdomadaire qui parut de 1883 à 1888. De 1885 à 1886, Pierre Alfred Colombet publia l’hebdomadaire Le Tocsin, illustrant de ses propres dessins ses « cuisantes charges et mordantes satires ». Dans le premier numéro, il acheva sa “proclamation” par ces mots : « Pour ceux qui se servent de leur puissance et de leur richesse comme d’une arme contre le déshérité, le persécuté, le prolétaire, pour l’oppresseur, pour la réaction, il sonnera véritablement LE TOCSIN !


Il y gagna une popularité dont il bénéficia lors des cantonales de l’été 1886 : « Dans les deux cantons de Saint-Étienne, les Républicains modérés ont pris position et on peut considérer comme certaine la candidature du socialiste Taravellier, conseiller sortant, et de Colombet, publiciste ; cette candidature peut-être qualifiée de candidature du “parti ouvrier” ». (Rapport du commissaire spécial, 28 juillet 1886). Finalement vainqueur du scrutin, Pierre Alfred Colombet siégea à l’assemblée départementale jusqu’en 1892, et « marqua son passage par des interventions bruyantes et verveuses ». Il fut par ailleurs candidat sans succès aux élections législatives de 1887, 1889 et 1893, et prit part aux élections municipales de 1888, 1895 et 1896.

À partir du 7 décembre 1888, Pierre Alfred Colombet publia un quotidien, Le Ralliement, “organe de la démocratie radiale socialiste de la Loire”. Il se qualifiait et était qualifié (notamment par le Mémorial, organe monarchiste) de “socialiste” mais il serait plus juste de le rattacher à la mouvance radicale socialiste, alors en pleine opposition aux républicains opportunistes héritiers de Gambetta et Ferry, et dont Madignier, maire de Saint-Étienne de 1884 à 1888, fut un éminent représentant.


Dans sa thèse Yves Lequin a écrit : « Dans Saint-Étienne “chef lieu d’un des 5 “comités fédéraux“ de la Fédération des travailleurs socialistes de France, rien n’est simple concernant les écoles socialistes. L’action des militants socialistes ne se distingue guère de celle des radicaux rassemblés dans une “Union socialiste” dont le nom accroît la confusion et qu’inspire le maire Girodet. La réapparition en mai 1888 d’un “parti ouvrier stéphanois” se fait dans une perspective purement électorale, donc occasionnelle, afin d’être en meilleure position pour négocier ». Le parcours de Pierre Alfred Colombet illustre bien ces propos.


Ainsi fut-il un temps soupçonné de sympathie pour le boulangisme, parce qu’il fit paraître le 10 janvier 1889 dans le quotidien Le Stéphanois une protestation contre la majorité du conseil municipal de Saint-Étienne qui avait réclamé des mesures d’exception contre le Général Boulanger : « Je ne puis signer l’ordre du jour (…) non pas parce qu’il est antiboulangiste, mais parce qu’il est la constatation de l’aplatissement du conseil municipal devant un gouvernement qui n’a cessé d’être anti-républicain vis-à-vis du conseil municipal de Saint-Étienne. Vous osez demander, dans cet ordre du jour, des lois d’exception contre une personnalité turbulente, et vous savez que toutes les lois d’exception, proposées par certains républicains, n’ont été appliquées qu’aux seuls socialistes ».


Lors des élections municipales de mai 1888, il figura sur la liste du Parti ouvrier au premier tour. Intégré à la liste d’union conduite par le “socialiste” Émile Girodet au second tour, il fut élu. Il se fit remarquer dès la première séance (24 mai 1888) en soutenant la révocation du bibliothécaire Galley qu’il accusa d’avoir joué « un rôle occulte et oppressif ». Il s’en prit aussi au directeur de la Voirie qui « a fait peser son autorité sur les petits employés et fait révoquer plusieurs agents sous ses ordres ».

Il proposa de donner le nom d’Amouroux au « groupe scolaire Jules Ferry et à la rue Saint Jacques ». Il fut élu à la commission permanente chargée du Bureau du travail, de l’Assistance publique et du Service médical ainsi qu’à celle chargée de la Police, des Marchés des Abattoirs et du Service des pompes. Il fut également élu pour représenter le canton Nord Est à la commission d’organisation des fêtes du 14 juillet. Le 31 mai 1888, il intervint au cours du premier débat engagé pour la création de la Bourse du Travail, promesse de campagne du candidat Girodet, pour demander l’installation d’une bibliothèque déclarant que « l’instruction est le moyen le plus puissant pour l’émancipation du travailleur ».

Le 23 août il fit voter un ordre du jour de protestation contre le Préfet qui avait accusé le Conseil municipal de complicité dans l’envahissement de la Préfecture le 14 juillet (à cette époque Mairie et préfecture occupaient un bâtiment commun). Le 4 octobre il demanda au maire d’intervenir auprès du président de la République pour demander la libération des mineurs emprisonnés pour faits de grève. Le 29 novembre 1888, alors qu’il venait d’être désigné par acclamation pour représenter la ville lors d’une manifestation prévue à Paris pour le 2 décembre, il proposa l’organisation d’une manifestation semblable à Saint-Étienne : « Le buste de la république serait placé sur la façade de l’Hôtel-de-Ville, le Conseil municipal, les Chambres syndicales et diverses sociétés viendraient y déposer des couronnes ».


Le 5 septembre 1889, il présenta en conseil municipal le projet de réorganisation du Palais des Arts en Musée d’art et d’industrie. Réclamant un « dépoussiérage » des collections techniques (armes et rubaneries) entassées « sans catalogue, sans étiquette » il proposa de l’ouvrir trois soirs par semaine jusqu’à dix heures et demi « pour permettre aux ouvriers de s’y rendre ».


De 1888 à 1902, devant le conseil municipal comme devant l’assemblée départementale, Pierre Alfred Colombet mena un combat permanent pour l’amélioration de l’hygiène au travail et plus particulièrement pour l’installation de “lavabos” (en pratique de douches) dans les bâtiments de surface des compagnies minières.


Le 28 novembre 1890 il fut nommé membre d’un jury d’honneur chargé d’examiner une plainte pour corruption portée contre un conseiller. Le jury ayant conclu à l’innocence de l’accusé, Pierre Alfred Colombet démissionna de 10 décembre, avec les conseillers Faure et Boitel. Sa démission ne fut pas acceptée mais il ne siégea plus en conseil.


À nouveau candidat lors du scrutin partiel remporté par les radicaux le 5 mai 1895, il fut élu et installé avec ses collègues le 24 mai. Cette forte (14/36) et remuante minorité, mena une fronde permanente contre le maire Chavanon. Alfred Colombet en fut un des principaux porte voix intervenant sur tous les thèmes qui opposaient les deux tendances : l’adduction des eaux du Lignon, la création du nouvel hôpital, la remise en cause du monopole de la compagnie du gaz d’éclairage, la question du développement de l’éclairage électrique, le projet de sectionnement électoral (26 juillet 1895). Lorsque le 27 décembre 1895, le maire soumit au conseil le vote d’une subvention pour la construction d’un monument aux combattants de 1870-1871, Pierre Alfred Colombet proposa d’en faire « un monument aux morts de la Commune ».

Le 20 mars 1896, il participa pour la dernière fois au Conseil municipal. Après une nouvelle élection nettement remportée par les modérés, le 15 mai 1896, la fraction radicale revint diminuée et sans Colombet.


Candidat au conseil général dans le canton de Saint-Étienne sud est en 1895, il lança 4 août, dans Le Stéphanois, un appel aux électeurs : « Citoyens électeurs, soyez tous debout ! En face des partis déchus qui relèvent la tête avec le titre de républicains libéraux. En face de républicains qui cherchent un titre pour couvrir leur défection.

Le mauvais vouloir et l’incompétence à accomplir des réformes, toujours promises et jamais réalisées, ont compromis la République dans son essence même. C’est elle que nous venons défendre comme aux heures suprêmes. Que tous les républicains dignes de ce nom viennent se ranger sous les plis du drapeau des réformes socialistes ». Arrivé en tête au premier tour avec 989 voix (9 029 inscrits et 3 290 votants) il l‘emporta au second tour avec 1 509 voix (pour 3 919 votants) contre Dérois (candidat opportuniste) et Réel (candidat libéral).

Il siégea jusqu’en 1901. Lors du scrutin partiel organisé en février 1902, il se présenta dans le canton nouvellement créé du Chambon Feugerolles, mais il fut battu.


Le 7 janvier 1888, à Saint-Étienne, Pierre Alfred Colombet, alors avocat, avait épousé Étiennette, Lucie Arsac. En 1906, le couple habitait 33 rue de la Bourse avec leurs deux enfants : Lucie 16 ans et Paule 11 ans.
Inscrit au barreau depuis une date inconnue, il fut installé le 7 juillet 1909 comme juge de paix du canton de Saint-Genest-Malifaux et le resta jusqu’au 12 mars 1914. Il fut inscrit à nouveau au barreau de mai 1914 jusqu’à sa mort, survenue à Saint-Étienne le 1er mai 1915.


Lors de ses obsèques solennelles les honneurs lui furent rendus par Dolard, président du tribunal civil, Thuriet, procureur de la République ; Bauguitte, secrétaire général de la Préfecture et Poncetton, bâtonnier de l’ordre des avocats de la Loire. C’est ce dernier qui prononça l’éloge funèbre au cimetière.


Le 4 novembre 1927, Louis Soulié, maire républicain socialiste de Saint-Étienne depuis 1919, proposa de donner à une rue du quartier de Tardy le nom d’Alfred Colombet « à qui les mineurs sont redevables de l’installation de lavabos, mesure d’hygiène était attendue depuis longtemps ».

infos envoyées par Gauthier et trouvées sur https://maitron.fr

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