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A Saint-Etienne, il y a un collège Marc Seguin, une rue Seguin (reliant la rue de la Richelandière à la rue de la Plagne). A Paris, Saint-Chamond, La Talaudière, on trouve des rues Marc Seguin. Mais, plus original, Marc Seguin figure parmi les soixante-douze savants dont le nom est inscrit sur le premier étage de la tour Eiffel, face au Trocadéro. Il voisine avec Laplace, Cuvier ou encore Michel Chasles ( voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_72_noms_de_savants_inscrits_sur_la_tour_Eiffel).

Marc Seguin ne figure pas avec ces illustres personnages, par hasard. Il est à l’origine de multiples inventions ou innovations dont une, au moins, a fortement contribué au développement économique de la région.

Un voisin ardéchois.

Marc-François Seguin est né à Annonay le 20 avril 1786. Son père Marc-François Seguin (1757-1832) est négociant en draps dans la société Seguin et Cie qu’il a fondée. Sa mère est Augustine-Marie-Thérèse de Montgolfier (1764-1843). Il est donc par sa mère le petit neveu de Joseph et Étienne de Montgolfier les inventeurs des ballons à air chaud. De 1794 à 1799, il séjourne en pension à Talencieux, avant de s’intéresser aux Sciences lors d’un séjour à Paris, où son grand-oncle, Joseph de Montgolfier, était démonstrateur au Conservatoire des Arts et Métiers.

Marc Seguin découvre alors tout un monde de machines qui le passionne. De retour au pays natal en 1805, Marc Seguin entre dans la vie active dans la fabrique de draps qui est l’activité d’origine de la société Seguin, et partage son temps entre Annonay et Paris. Il occupe le poste que son père lui a réservé et le métier est dur ; en toute saison, par tous les temps, il lui faut chevaucher dans les montagnes du Vivarais et du Velay pour démarcher la clientèle.

L’art de passer le pont. 

Son travail dans l’entreprise paternelle ne l’empêche pas de continuer à s’intéresser à la technique. Le pont suspendu était connu depuis l’antiquité. Mais on ne connaissait comme support que cordes ou chaînes en fer forgé, ce qui ne permettait de franchir que des rivières étroites. Bien avant la fin du XVIIe siècle, le besoin de ponts solides devint nécessaire, mais le coût énorme et les difficultés d’une telle construction rebutaient les bonnes volontés.

La construction de ponts suspendus par Marc Seguin aidé de ses quatre frères (Camille, Jules, Paul et Charles), représente un événement d’importance internationale en matière d’histoire des techniques. C’est ainsi que Marc Seguin construit son premier pont : passerelle sur la Cance, petite rivière près d’ Annonay en Ardèche, en 1822. Il s’agissait d’une passerelle de 18 mètres. Le deuxième pont est construit sur la Galaure, près de Saint-Vallier dans la Drôme, en 1824, sur une longueur de 30 mètres, et une largeur de 1,65 mètre. Le pont d’Andance, près de Serrières en Ardèche, avec ses câbles de fils de fer et sa pile centrale, est le plus vieux pont suspendu de France encore utilisé aujourd’hui.

Il fut construit en 1827 par Marc Seguin. Détruit en grande partie le 30 août 1944, il fut reconstruit et surélevé en 1946 pour permettre le passage des navires à vapeur.

Ce type de construction sera le prélude à la construction par les frères Seguin, d’un grand nombre d’ouvrages (65 identifiés) en France mais aussi en Italie et en Espagne ; Tancarville et le Golden Gate Bridge de San Francisco en 1937, en étant les plus fameux descendants.

Relier Saint-Etienne et Lyon.

De ses nombreux séjours en Angleterre, Seguin a retenu que deux techniques allaient donner un coup de fouet à l’industrie naissante : le transport par voie ferrée et la propulsion à vapeur. Cependant les machines, qu’il a pu observer, sont d’un rendement assez faible. Marc Seguin a l’idée alors de construire la première locomotive à vapeur à utiliser une chaudière tubulaire, une invention décisive, permettant de multiplier par six la puissance développée. L’ébullition est obtenue par la circulation des gaz de combustion dans de multiples « tubes à feu » traversant le corps de chauffe, ce qui augmente considérablement la surface d’échange thermique et le rendement, la chaudière donnant 1 200 kg de vapeur à l’heure au lieu de 300 et portant la vitesse à 30 km/h au lieu de 16.

Cette invention arrive à point nommé. De retour en France, Marc Seguin réussit à convaincre avec une étude détaillée le Ministre des finances de l’époque, Joseph de Villèle, de faire réaliser la ligne de Saint-Étienne à Lyon. Afin de réaliser la jonction de la Loire au Rhône, le chemin de fer passe dans la vallée accidentée du Gier : par Saint-Chamond, Rive-de-Gier et Givors, sur une distance de 58 kilomètres. La « Compagnie du chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon » dut acheter quelques neuf cents parcelles de terrain, nécessaires pour la réalisation de la ligne. Ces acquisitions menèrent, pour la plupart, à de coûteuses et parfois dangereuses tractations.

Le tracé selon Seguin devait corriger la nature. Il comportait un pont sur la Saône, un viaduc, des ponts et quatorze souterrains, dont celui de Terrenoire qui mesurait 1 500 mètres. Les voies sont doubles à l’exception de la traversée des tunnels.

L’ouverture de la ligne se fit au fur et à mesure de l’avancement des travaux :

– Le premier tronçon de ligne terminé est celui de Givors à Rive-de-Gier, ouvert le 28 juin 1830 au service des marchandises. La traction animale y fut à peu près exclusivement employée durant quelques mois. Dès le 1er octobre 1831, les voyageurs sont admis sur cette section de la ligne de chemin de fer, d’abord semble-t-il dans les wagons transportant la houille puis « à raison de cinquante à soixante par jour, dans des chariots-diligences attelés aux convois de charbon »

– La section de Lyon à Givors fut inaugurée le 3 avril 1832, et utilisée pour le transport de marchandises puis on se hasarda à accepter quelques passagers, assis sur de la paille.

– La dernière section de Rive-de-Gier à Saint-Étienne, fut ouverte le 1er octobre 1832 au service des voyageurs seulement, et quelques mois plus tard, le 25 février 1833 à celui des marchandises (charbon). Le 1er octobre 1832, la totalité de la ligne est exploitée.

Grâce à l’invention de chaudière tubulaire, Marc Seguin a donné un coup de pouce décisif à l’exploitation des houillères du département. De ses deux mariages, Marc Seguin eut dix-neuf enfants, treize du premier et six du second. Entre l’aîné de ses fils et la plus jeune de ses filles, Il y avait 47 ans de différence d’âges. Citons en particulier, Louis Lazare Augustin Seguin (1869-1918) et Laurent Seguin (1883-1944) créateurs des moteurs Gnome. Équipés de ce moteur, les avions français glanent, une grande partie des records mondiaux entre 1909 et 1915.

Pour en savoir plus : http://goybet.e-monsite.com/pages/marc-seguin-ingenieur-et-inventeur-de-genie.html