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Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois nous ignorons l’existence, ou pas….

Aujourd’hui : Louis-Antoine Beaunier : l’homme de l’atlas.

A Saint-Etienne, la rue Beaunier unit la rue du colonel Marey au boulevard Fauriat, au cœur du quartier du soleil. Elle porte le nom d’un personnage, aujourd’hui méconnu, mais qui a joué un rôle majeur dans l’industrialisation de la ville. Louis-Antoine Beaunier est né sur la paroisse de Saint-Aspais de Melun le 15 janvier 1779 dans une famille bourgeoise et lettrée.  Son grand-père Antoine Beaunier fut échevin de Melun de 1744 à 1751.

Son père, Antoine-Louis, homme de lettres apprécié de ses concitoyens, obtient en 1791 d’exercer des fonctions dans l’administration du département avant d’être proscrit sous le régime de la Terreur. Louis-Antoine Beaunier a 16 ans lorsqu’il se présente au concours de l’école des Mines de Paris. Il est reçu élève des Mines le 9 mars 1795, mais la loi du 22 octobre 1795 ayant réduit de moitié le nombre de places (40 à 20), un nouveau concours est organisé entre les élèves déjà reçus. À nouveau lauréat, il est définitivement admis et intègre l’école des Mines de Paris. Nommé à Metz, il dresse l’Atlas minier de Saint-Pancré[1] en 1806. Il est ensuite chargé de la gestion des mines de houille d’Alès (1807-1808), de la Sarre (1809), de Liège (1812), et enfin de Saint-Étienne (1812).

Un lien indéfectible avec la ville.

Les mines de houille du département de la Loire, grâce à leur richesse et leur position au centre de la France  dans un territoire appuyé à deux grands fleuves, sont considérées comme les plus importantes du pays. Elles étaient depuis longtemps le théâtre d’extractions désordonnées, par suite d’anciennes coutumes locales. La loi du 21 avril 1810 sur les mines permettait à l’administration de chercher à régulariser l’exploitation de cette source précieuse de richesse publique.

Pour cela, il était indispensable de dresser une cartographie précise des gisements, comme on l’avait fait en 1809 pour le bassin houiller de Sarrebrück. Mais, dans le département de la Loire, le travail était plus compliqué, en raison de la variété de gisements présente dans le bassin, ainsi que de la grande quantité de fouilles et d’exploitations conduites sans aucune coordination. Beaunier prend la direction de la rédaction de la « Topographie extérieure et souterraine de Saint-Étienne et de Rive-de-Gier » entre 1812 et 1813. Le résultat est un atlas de 65 planches, dénommé « Atlas Beaunier », un registre de nivellement et un volume de textes. Les planches reproduisent le tracé des affleurements des couches de houille ainsi que l’emplacement des mines abandonnées et celles en activités en 1813 dans le bassin de Saint-Étienne et Rive-de-Gier (voir : https://www.loire.fr/jcms/lw_951275/l-atlas-beaunier ).

En 1816, Le Conseil des Mines le charge de préparer un projet pour la création d’une nouvelle école pratique afin de remplacer celles de Pesey en Savoie et de Geislautern dans la Sarre supprimées à la suite de la perte de ces territoires par Napoléon en 1815. Beaunier propose Saint-Étienne comme lieu idéal pour installer une nouvelle école. Plusieurs raisons ont amené cette proposition : insuffisance d’instruction des directeurs d’exploitation, grande connaissance du bassin houiller par Beaunier lui-même, importance de la production de charbon du bassin stéphanois, et enfin le développement de l’industrie métallurgique sur place.  Par ordonnance du 2 août 1816, l’école des mineurs de Saint-Étienne est créée. L’enseignement sera pratique et élémentaire dans le but de former des maîtres-mineurs.

Le 19 août 1816, Beaunier est nommé directeur de l’école. Il le restera jusqu’à sa mort (voir http://www.gillescharles.fr/les-stephanois-lecole-des-mines-une-institution-stephanoise/ ).

Mais l’école des mines n’est pas la seule trace que Beaunier laisse dans la ville. Parallèlement à l’émergence d’une communauté d’ingénieurs civils par le biais de l’école des mineurs, Beaunier met sur pied, dans la région stéphanoise, les bases d’entreprises métallurgiques et ferroviaires comme lieux d’apprentissage des nouvelles techniques. En 1817, il participe à la création de l’Aciérie de la Bérardière à Saint-Étienne qui produit des aciers de bonne qualité utilisés par l’armée. Pour la première fois en France, une usine affine des aciers bruts selon la méthode allemande.

L’usine emploie principalement des ouvriers allemands ou alsaciens parmi lesquels Jean-Baptiste Bedel et Jacob Holtzer. Mais c’est en 1823 qu’il entreprend son œuvre la plus marquante : la construction du premier chemin de fer d’Europe continentale. Celui-ci permet l’acheminement de la houille de Saint-Étienne en direction du port d’Andrézieux sur le fleuve Loire. La ligne est terminée en 1827. La locomotive à vapeur n’est pas encore employée, Beaunier a recours à la traction hippomobile, c’est-à-dire la force des chevaux. Cette réalisation, suivie de la construction des tronçons Saint-Étienne-Lyon et Andrézieux-Roanne par Marc Seguin, permet le développement du bassin stéphanois (voir http://www.gillescharles.fr/saint-etienne-a-la-tete-du-rail/ ).

Louis-Antoine Beaunier est nommé inspecteur divisionnaire en 1824, puis Maître des Requêtes au Conseil d’État en 1830. Ces dernières fonctions l’éloignent de la Loire et il s’installe à Paris définitivement à cette date. Il y décède en 1835.

La contribution de Louis-Antoine Beaunier à la Révolution industrielle est primordiale. Ingénieur des mines il contribue à l’amélioration de l’extraction de la houille. Celle-ci est nécessaire à la production, par la machine à vapeur, de l’énergie nécessaire au développement de l’industrialisation. Il est lui-même producteur d’acier, matériau emblématique de la première révolution industrielle. Enfin, il est pionnier dans le domaine des transports : le chemin de fer a favorisé l’essor de l’industrie.

Pour en savoir plus : http://www.annales.org/archives/beaunier.html

[1] Commune de Meurthe-et-Moselle