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« L’humanisme est un combat »
Tel est le titre du dernier ouvrage publié par le professeur émérite Michel Debout aux éditions de la fondation Jean Jaurès. Depuis 1966 et sa jeunesse étudiante, Miche Debout enchaîne les combats pour la parité, le changement climatique et une autre société. Il milite au PS depuis de nombreuses années et siège dans ses instances nationales.

Nous lui avons posé trois questions sur son dernier livre.

Dans cet ouvrage consacré à l’humanisme, vous abordez plusieurs thèmes majeurs. Quels sont à vos yeux ceux qui devront en priorité être pris en compte par ceux qui seront appelés à diriger le pays ?

L’humanisme rassemble et dépasse, plusieurs thématiques qui sont aujourd’hui en pleine actualité mais souvent abordées de façon éparse : le féminisme, les questions sociales dont la santé et le travail, la menace climatique, le vivre ensemble (violences et discriminations qui ne cessent de s’aggraver) et la laïcité. Je les aborde toutes, dans cet ouvrage, selon un déroulé qui correspond aux priorités que j’accorde à chaque thème, tout en étant convaincu, et c’est le sens même de mon témoignage, qu’aucune des questions posées ne doit être négligée.

Le féminisme d’abord, car comment peut-on être humaniste en laissant de côté la partie plus nombreuse de notre humanité ? A ce propos la République française dont on situe l’acte de naissance en 1789 n’a réellement débuté qu’à partir de 1946, première année où les femmes ont conquis le droit de vote.
Toute politique qui ne reconnait pas l’égalité de droits- politique, sociale, culturelle-de toute personne humaine ne peut pas se déclarer humaniste. Aujourd’hui les talibans ont pour premier objectif de soumettre toutes les femmes aux lois des seuls hommes.
Toute atteinte à la liberté des femmes doit être le combat premier , partout dans le Monde, de tous ceux qui se proclament humanistes.

Les partis politiques sont très décriés par certains élus. Pour vous, pourquoi ne faut-il pas les enterrer ?

Notre Constitution donne aux Partis politiques le rôle, fondamental en démocratie, de permettre l’expression du choix des citoyens à l’occasion de chaque élection.  Depuis 30 ans on assiste à une attaque en règle de tous les partis qui, selon certains esprits soi- disant progressistes, enfermerait la démocratie dans des logiques d’appareil d’un autre temps ! Pour eux l’heure serait venue de la prééminence de la société civile, donnant ainsi à chaque individu, qui ne parle que pour lui-même, plus d’importance qu’ aux citoyens qui se rassemblent et qui proposent ensemble (et ce n’est jamais facile), une lecture des problèmes posés à la société et des réponses qui peuvent leur être apporter. Seuls les partis politiques, démocratiques dans leur fonctionnement et combatifs dans leurs convictions, sont les remparts au pouvoir personnel ( qui tournent le dos à la République ) et à l’hégémonie du chef.

 

Vous ne cachez pas votre peu d’empathie pour le chef de l’Etat. Quel reproche majeur lui faites-vous ?

Je n’ai pas attendu la parution de ce livre pour m’opposer politiquement au chef de l’Etat, puisque j’ai publié dans le journal Le Monde le 7 juillet 2017 , une note très critique sur sa façon d’exercer le pouvoir, avant qu’il ne reçoive, en grande pompe, Donald Trump pour les cérémonies du 14 juillet. Le « en même temps marconiste » n’est que le faux nez d’un libéralisme, qui tourne le dos aux politiques sociales, sanitaires ,écologiques et démocratiques, dont notre pays, et le monde entier, a , plus que jamais, besoin.

échange Pat Françon et Michel Debout, le 15 septembre 2021 pour www.gillecharles.fr