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Il n’aura fallu qu’un feu de paille pour que le maire d’extrême-droite de Perpignan attire toute la lumière sur lui et s’auto-proclame défenseur de la culture en France.

Cette situation est révélatrice du silence assourdissant et du peu de considération du monde politique, qui abandonne ce qui compose le terreau de notre société, à savoir notre histoire, nos penseurs, nos philosophes, nos auteurs, nos artistes, qui ont su porter haut et à travers le monde, depuis des siècles, les valeurs de la République et de la démocratie.

Notre profession doit aussi se regarder en face, pour savoir avouer, les yeux dans les yeux, que l’inaction, les attentes, les compromis, ont aboutis à une complicité collaborative avec un ministère et un gouvernement manipulateur et inefficient.

Si un maire a ainsi pu focaliser tous les regards, c’est que chacun lui a laissé la place. Quelle que soit la décision que pourra prendre désormais un élu, il ne sera que le suiveur d’un homme porteur de valeurs contraires à celles de la culture. Ce coup de communication et politique est d’une redoutable efficacité. Il place le maire de Perpignan non seulement comme un porte parole de son parti xénophobe, mais aussi comme étant aux yeux de ses électeurs et des français, le défenseur d’une culture qu’il subjugue par ailleurs. Il nous place, de facto, en rang serré derrière lui et derrière son parti qui prône la sélection entre les hommes et le repli identitaire.

J’affirme pourtant que je n’ai rien en commun, ni avec l’homme, ni avec les idées d’une culture identitaire qu’il véhicule, ni avec ses gesticulations opportunistes et intéressées.

Au quotidien, au côté des autres salariés et des administrateurs avec lesquels je travaille, je soutiens une parole libre, inclusive, humaniste, généreuse, issue d’artistes et de techniciens sincères dans leurs engagements.

C’est cette parole, ce sont ces valeurs, qui nous portent auprès d’un public vers lequel nous devons nous tourner  en priorité et en urgence.

Il y a eu « travail, famille, patrie ».

Il y a aujourd’hui « travail, consommation, répression ».

Le modèle de société à défendre n’est pas dans des injonctions jugées comme essentielles. Il faut remettre au coeur de notre projet de société nos mots, nos gestes, nos principes de liberté, de laïcité, de vie en commun. Plus qu’une vigilance les valeurs humanistes de la culture sont à réaffirmer et à défendre aux yeux d’un public figé dans une peur savamment distillée et entretenue.

Ouvrons les lieux de culture, tout en préservant la santé des populations.

Ouvrons nos lieux de parole et de tolérance que sont les musées, les cinémas, les salles de spectacles.

Prenons des initiatives.

Appelons-en à nos élus pour qu’ils aient le courage de décisions salvatrices, non seulement pour le bien d’une profession et d’un secteur économique en déperdition, mais aussi pour réaffirmer leur choix d’une société tournée vers l’humain.

Il faut au plus vite retrouver la voix, celle qui va couvrir les mots qui nous mènent au silence.

 

Jean-François Ruiz

Directeur du Centre Culturel de La Ricamarie