L’éphémère commune de Saint-Etienne…

L’éphémère commune de Saint-Etienne.

Dans nos livres d’histoire, la commune de Paris figure en bonne place. Gouvernement insurrectionnel principalement ouvrier, la Commune de Paris a dominé la capitale de mars à mai 1871. D’abord née d’un sentiment patriotique parisien issu de la guerre franco-allemande de 1870, elle prend également le visage d’un mouvement social. Mêlant blanquistes, proudhoniens et jacobins, elle aspirait à une république basée sur l’égalité sociale. Toutefois, par manque de consensus, de temps, de moyens, mais aussi parce qu’elle doit s’imposer face au gouvernement versaillais d’Adolphe Thiers, elle n’a pas la possibilité d’atteindre ses objectifs. En effet, la Commune est littéralement écrasée dans le sang, une fin terrible qui fait d’elle le mythe du mouvement ouvrier. Qualifiée de guerre civile ou de lutte des classes, comme l’affirme Karl Marx, cette période ouvre la voie à une nouvelle organisation sociale, qui ne serait plus régie par le profit capitaliste.

Le 21 mai, le gouvernement « légal » décide d’une reprise en main, c’est la semaine sanglante. Le 28 mai 1871, les dernières résistances sont étouffées après la tuerie au cimetière du Père-Lachaise. La folie semble s’être emparée des deux partis : les Parisiens, femmes, enfants, vieillards inclus, ont été littéralement massacrés. On compte plus de 1300 morts du côté des versaillais pour 25 000 du côté des fédérés. Le nombre de prisonniers parisiens s’élève à près de 40 000, dont la plupart passera devant les conseils de guerre. Bon nombre d’entre eux seront condamnés à la prison ou à la déportation en Algérie ou en Nouvelle-Calédonie, et quelques centaines à la peine de mort et aux travaux forcés.

Pareil mouvement ne pouvait rester sans écho en province. Depuis les années 1830, Saint-Etienne est agitée de revendications politiques et sociales. Les grèves des passementiers de 1831 et 1834 se sont terminées dans le sang. En 1848, la chute de Louis-Philippe et la proclamation de la République sont accueillies avec un immense enthousiasme. Le drapeau rouge est hissé pour la première fois sur l’Hôtel de Ville de Saint-Etienne. La reprise en main par le Second Empire douche les espoirs et la fusillade du brûlé en 1869 ( voir …) attise les haines. Dès septembre 1870, un comité central républicain se met en place, rue de la Vierge (non loin du cimetière Montmartre), présidé par Durbize, un comptable, ainsi qu’un comité de Salut Public. Au sein du Club de la rue de la Vierge, outre Durbize, on trouve Antoine Chastel, Adrien Jolivalt, un officier de carrière, et Etienne Faure, dit « Cou-Tords » en raison d’une malformation. Ils seront les chefs de l’insurrection. Le club rallie à sa cause le peuple des ouvriers stéphanois, notamment les passementiers et les armuriers.

A partir du 20 mars 1871, les événements vont s’accélérer. Les ouvriers stéphanois crient à la trahison dans leur journal, ils dénoncent la réaction plus empressée à lutter contre les Républicains que contre les Prussiens. Le 23 mars, on apprend la proclamation de la Commune de Lyon et une délégation stéphanoise exige la démission du conseil municipal.

Celui-ci promet la tenue prochaine de nouvelles élections mais refuse de proclamer la Commune et garde le pouvoir en attendant. Le 24 mars, vers vingt-deux heures, la foule envahit l’hôtel de ville où siègent à l’époque le pouvoir municipal et la préfecture. Le maire et les officiers non républicains de la garde nationale sont faits prisonniers, le drapeau rouge hissé au porte-drapeau et la Commune proclamée. Le même soir, Henri de l’Espée, 45 ans, qui vient d’être nommé Préfet de la Loire arrive à Saint-Etienne. Il se rend chez le général Lavoye, commandant la subdivision de la Loire, pour se concerter avec lui sur les mesures à prendre. L’Espée commet alors l’erreur de faire afficher un texte quelque peu méprisant qui va réchauffer leurs ardeurs:  « Arrivé cette nuit dans les murs de votre chef-lieu j’ai trouvé des factieux tentant de consommer un attentat contre l’ordre et les lois de la République… Puissamment secondé par l’autorité militaire j’ai pu convoquer la garde nationale de Saint-Etienne. La seule apparition de quelques bataillons, accourus avec un empressement dont je les remercie, a déterminé la complète retraite des séditieux. Vous comprendrez tous combien il faut que les lois soient, à l’avenir, respectées.. »

L’émeute, dans l’après-midi du 25 mars, reprend de plus belle. Dans la ville, des personnalités dont les opinions conservatrices sont connues sont brutalisées. Quelques membres du Conseil municipal proposent alors au préfet de retirer les troupes positionnées place de l’Hôtel de Ville et qui apparaissent comme une provocation. Le préfet accepte et, de la sorte, facilite au contraire la tâche des émeutiers. Vers 15h, des gardes nationaux et des militants du Comité central s’y portent en masse, bientôt renforcés par de nombreux ouvriers de la Manufacture. Des drapeaux rouges flottent au vent. Dans le même temps, la mairie, désertée par le maire, est occupée rapidement et de L’Espée est arrêté et conduit dans la grande salle. Dans la nuit, une fusillade anarchique coûte la vie au préfet. Le lendemain, des troupes venant de Lyon arrivent à la gare de Châteaucreux et par la rue de Lyon se rendent à la caserne.

Un hobereau local, Vital de Rochetaillée conjure le général d’éviter toute effusion de sang et propose de jouer les médiateurs.  Le 28 au matin, il se rend à l’Hôtel de Ville avec un officier délégué par le général et demande aux insurgés de déposer les armes. Les Communards, lâchés par leurs chefs et par les masses, ne font aucune difficulté pour se rendre. L’Hôtel de Ville est occupé, sans coup férir, et Vital de Rochetaillée, sous les vivats de la foule, jette à terre le drapeau rouge qu’il remplace par le drapeau tricolore. « L’émeute est dissipée, l’ordre est rétabli » proclament les autorités militaires. Le même jour, envoyé par l’Assemblée Nationale, arrive de Montgolfier nanti des pleins pouvoirs civils et militaires. La Commune de Saint-Etienne a vécu.

Pour en savoir plus : https://www.commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/dossier-thematique/les-communes-en-province/816-la-commune-a-saint-etienne-du-24-au-28-mars-1871

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois nous ignorons l’existence. La compilation de toutes ses histoires est disponible dans un seul livre et il se dit qu’une suite est en préparation….

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