Connaissez vous l’histoire du Chasseur Français, magazine stéphanois

Aujourd’hui, rares sont celles et ceux qui vont chercher l’âme sœur dans la rubrique « mariages » du Chasseur Français. Ce magazine, qui porte allègrement ses cent trente-quatre ans, a pourtant été un précurseur en la matière. Mais, le minitel puis internet sont passés par-là.

Le Chasseur Français fut créé en juin 1885, avec une périodicité mensuelle qu’il a conservée. Le journal était imprimé à Saint-Etienne, sur quatre pages d’un grand folio.

Il se proposait d’être un journal populaire, et c’est pourquoi son abonnement ne coûtait qu’un franc. Il s’intéressait à tout ce qui touchait à la chasse : chiens, mœurs du gibier et « histoire naturelle », dressage, armes et munitions.

Dès l’origine, Le Chasseur Français apparaît en réalité comme l’organe de la Manufacture française d’armes de Saint-Étienne qui s’associa bientôt, pour l’exploiter, à la Société des Docks réunis. Il leur servait de support publicitaire. Les débuts ne furent pas simples.  Quatre mois après sa création, il n’avait  pas 5.000 abonnés, et c’est ce qui explique, en 1886, la réorganisation de la direction du journal : le directeur-fondateur fut remplacé par E. Mimard, qui devait devenir, quelques années plus tard, l’un des deux directeurs de la Manufacture. Entre les dernières années du XIXe siècle et la veille de la guerre, Le Chasseur Français changea progressivement mais complètement de formule.

Dans l’entre-deux-guerres, son tirage a progressé rapidement pour approcher 400 000 avant 1940 ; il était l’un des tout premiers de la presse mensuelle. A la fin des années quarante, il a repris une rapide ascension, jusqu’à atteindre 850000 en 1970. Au début du siècle, Le Chasseur Français était assez proche de ce que l’on appelait déjà̀, dans les milieux publicitaires éblouis par l’Amérique, un « house organ ».

Ces publications, éditées par une maison à destination de sa clientèle et d’un public sélectionné, furent rares en France. Le périodique de la Manufacture de Saint-Étienne fut un des premiers, et le seul à connaitre un destin aussi brillant. Réclames et annonces occupent dès l’origine la moitié de l’espace, et la proportion est restée constante.  Car, la fondation de la publication se rattachait à une politique commerciale : le développement des ventes par correspondance, et sans intermédiaire, rendu possible par la création du service des « colis postaux » à tarif unique, en 1880. Le Chasseur Français fut un instrument, peut-être le principal, qui devait faire de «Manufrance» l’une des premières, par la date et par l’importance, sociétés françaises de vente par correspondance.

La rubrique des mariages fut une des dernières venues. Les premières annonces sont apparues à la fin du XIXe siècle, sous le titre « Hors classification» ou « Annonces spéciales », au milieu d’offres d’objets divers. Ainsi trouve-t-on une offre de mariage d’institutrice, et la proposition de parents cherchant un gendre, entre celle d’un « moteur à pétrole » et celle d’une « jolie petite machine à vapeur ». A partir de juillet 1903, la catégorie « Mariages » est inaugurée. Ces « petites annonces » constituent une formidable grille de lecture de la société française. A chaque époque, sa petite annonce. Une quête universelle de l’âme sœur qui s’étend sur plus d’un siècle, en dit long sur l’évolution des mœurs dans la société française.

« Jeune homme, 28 ans, grand, brun, physique bien, ayant des économies et belle position dans commerce désire mariage avec femme d’intérieur, irréprochable sous tout rapport, grande et physiquement bien, ayant maximum 20 ans, dot minimum 50 000 francs, références hors ligne offertes et requises ». Janvier 1899.

Les femmes bien sûr écrivaient également leurs doléances en matière d’homme. Là encore, les messages nous apprennent beaucoup sur leur place dans la société. Loyale Câline, en 1951, est une femme qui travaille avec des idées politiques bien à elle : « Impulsive, loyale, très câline, sportive, instruction secondaire, dactylo, 22, 1,60m, épouserait, seconderait de préférence colonial, intelligent et bon ». Alors qu’en 1922, on est patriote et pragmatique : « Orpheline distinguée, jolie, parfaite femme d’intérieur, qualités morales, épouserait gentleman fortuné, éducation impeccable, 35 à 55 ans. Mutilé de guerre allié ou veuf serait accepté. Joindre Photo ». En 1984, elles n’hésitent pas à être plus directes : « jeune femme avec trois enfants + deux chiens très grande race cherche un mari très riche« .

Meetic.com, AdopteUnMec.com, Match.com, les sites de rencontres n’ont rien inventé et sont tous, plus ou moins, les descendants du Chasseur Français. Ce dernier n’est pas resté en reste en fondant en 2012, son site de rencontre : https://brindamour.fr .

Pour en savoir plus : https://www.lamartine.fr/livre/9782263061134-le-chasseur-francais-un-siecle-au-coeur-de-la-vie-des-francais-antoine-berton/

Pierre Mazet 17/11/2019

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