La future municipalité stéphanoise doit s’engager pour la régie publique de l’eau !

Le 30 septembre 2022 marquera la fin du contrat qui lie depuis 1992 la Ville de St-Etienne à la Société Stéphanoise des Eaux – Suez. Cela ouvre, pour la première fois depuis 30 ans, la possibilité de gérer l’eau différemment à St-Etienne.

Communiqué du bilan de 2 mois de consultation des candidats à la mairie stéphanoise sur leur programme pour l’eau.

Nous remercions une dernière fois les candidats et leurs équipes de campagne, qui ont pris le temps de répondre à notre questionnaire. Nous déplorons toutefois les silences des autres, qui laissent nos concitoyens dans le flou quant-à l’avenir qu’ils envisagent pour la distribution et l’assainissement de l’eau dans notre commune et notre métropole.

Les débats sur les élections municipales stéphanoises se sont beaucoup cristallisés autour de la question des transports en commun. Si nous nous réjouissons de voir ce service public au cœur des échanges, notamment sous le prisme d’une éventuelle gratuité des transports, nous regrettons que le service public de l’eau n’ait pas bénéficié du même intérêt médiatique. Il s’agit en effet, non d’un simple service ou d’une marchandise, mais d’une ressource vitale et menacée. L’eau est notre bien commun, sa préservation et sa gestion doivent être une affaire prioritaire pour toutes et tous.

Notre consultation
Eau et Services Publics milite depuis 1996 autour de la défense des services publics et de leurs usagers, dont seule une régie publique, démocratique et transparente peut garantir la meilleure qualité au tarif le plus juste. Nous avons donc interpellé les candidats à la mairie de St-Etienne sur leur projet municipal pour l’eau afin d’éclairer les électeurs dans l’isoloir ces dimanches 15 et 22 mars 2020.

Le maire sortant, Gaël Perdriau, ainsi que les candidats Patrick Revelli pour La République en Marche et Zahra Bencharif pour le Parti Radical de Gauche, n’ont pas daigné nous prêter attention.

Faute de réponses à nos questions ou faute d’intérêt pour cet enjeu majeur pour les stéphanois ? Nous ne le savons pas. Seuls les candidats des listes écologistes et de gauche ont pris le temps de nous formuler leurs réponses : Olivier Longeon, Pierrick Courbon, Andrée Taurinya et Romain Brossard.

Les quatre candidats se sont prononcés sans ambiguïté pour le retour dans le giron public du service de distribution de l’eau, ce dont nous nous félicitons. Andrée Taurinya et sa liste « St-T la Citoyenne » reconnaissent toutefois ne pas encore maîtriser la totalité des éléments juridiques ou financiers et comptent sur des apports de connaissances via la coopération avec les associations d’usagers citoyens comme Eau et Services Publics.

Les quatre candidats partagent le même objectif pour le retour en régie du service d’assainissement de l’eau, toutefois Pierrick Courbon et sa liste « Saint-Etienne Demain » n’y sont pas favorables pour cette mandature. Ils précisent vouloir préparer le retour en régie publique dans de bonnes conditions et se prononcent donc en faveur du renouvellement de délégation au privé sur une durée courte afin d’anticiper les moyens nécessaires à la future reprise en main du service.

Les quatre candidats se rejoignent encore en faveur d’une tarification sociale de l’eau, bien que tous ne l’envisagent pas de la même manière. Olivier Longeon et sa liste « Le temps de l’écologie » ne précisent pas sa mise en œuvre mais développent l’idée d’une tarification environnementale qui serait dissuasive au delà d’un seuil « normal » de consommation. Pour Pierrick Courbon et « Saint-Etienne Demain » la tarification devra être éco-solidaire, réellement progressive et adaptée à chaque foyer.

Une distinction sera réalisée entre l’eau vitale, qui devra être accessible à tous voire gratuite sur les premiers mètres cubes, et l’eau de confort dont le prix sera plus élevé pour encourager une consommation plus raisonnable. Andrée Taurinya et « St-T la Citoyenne » défendent un système similaire, où la première fraction de la consommation ne sera pas facturée car perçue comme une obligation collective solidaire, et ajoutent qu’une tarification spéciale pourra être envisagée pour les entreprises dont le processus de production exige une grosse consommation d’eau, afin de mettre en œuvre le recyclage et la réutilisation de celle-ci. Enfin, Romain Brossard et sa liste « Faire entendre le camp des travailleurs » évoquent l’idée d’une possible gratuité globale de l’eau.

Concernant la protection de la ressource et l’amélioration de la qualité de l’eau, les listes de Pierrick Courbon, Olivier Longeon et Andrée Taurinya ont exposé plusieurs éléments pertinents. Olivier Longeon prône une protection accrue des zones de captage ainsi que la conversion des terres agricoles en bio pour limiter les intrants chimiques de l’agriculture intensive. Pierrick Courbon insiste également sur la protection des zones de captage mais aussi sur le maintien des barrages dans le giron public. Il ajoute vouloir développer la récupération des eaux de pluie et mener une politique volontariste afin de diminuer les gaz à effet de serre sur le territoire qui dégradent la qualité de l’eau
captée.

Enfin, Andrée Taurinya propose de multiplier les zones végétalisées et de réaliser des économies de consommation dans les arrosages publics. Elle suggère un double réseau entre eaux pluviales et eaux usées. Une dernière mesure pourrait être de stopper l’étalement urbain et de socialiser les terres agricoles ainsi que d’activer un levier foncier dans la Métropole pour favoriser l’installation d’agriculteurs respectueux de l’environnement.

Nos propositions
Pour Eau et Services Publics, la régie publique est le meilleur mode de gestion de l’eau et il doit urgemment remplacer la délégation au privé. Il s’agit en effet du mode de gestion le moins cher (15% de moins selon une étude de 2015 de l’Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques) puisqu’il correspond uniquement au coût du service, sans marge ni rémunération des actionnaires de l’entreprise privée délégataire.

La régie publique présente aussi l’intérêt de pouvoir associer directement les usagers à la gestion du service. En effet, seule la régie publique peut apporter une véritable transparence de gestion et une démarche démocratique en intégrant les usagers et leurs associations dans les conseils d’administration ou de gestion.

La future régie devra aussi mettre en place une réelle tarification sociale pour les usagers. Une des possibilités non évoquée par les candidats est la suppression des abonnements, aussi appelés « parts fixes » et grandes génératrices d’injustices. En ne faisant aucun tri entre petits et gros consommateurs, elles contribuent à faire payer les premiers pour les seconds, via des factures gonflées par le coût de l’abonnement bien plus que par leur consommation réelle. Ainsi à St-Etienne, sur une facture de moyenne de 393,93€ pour 120 mètres cubes annuels, les abonnements pour la
distribution et l’assainissement de l’eau représentent 67,53€ soit 17% du total tandis que pour une facture de 40 mètres cubes, l’abonnement représente 51% du montant à payer ! Une tarification juste de l’eau doit introduire des tranches à prix unitaires progressifs et intégrer les parts fixes dans le prix du mètre cube, ce qui permettra de couvrir le coût global du service tout en répartissant les frais équitablement entre les consommateurs.

Après 30 ans de délégation, qui ont débuté dans les irrégularités juridiques et les hausses tarifaires, et qui maintenant se terminent dans des baisses d’investissements pour l’entretien du réseau, il est plus que jamais temps de congédier la Stéphanoise des Eaux – Suez. La gestion publique des services de distribution et d’assainissement de l’eau est dans l’intérêt urgent des usagers. Nous demandons l’abandon de la délégation au privé, qui contribue à enrichir scandaleusement la Stéphanoise des Eaux – Suez depuis 1992 sur le dos des consommateurs, avec notamment un bénéfice net de 8,5 millions d’euros entre 2015 et 2018 ; un montant qu’une régie publique réinvestira chaque année dans l’entretien du réseau et la baisse du prix de l’eau. L’argent pourra ainsi rester dans les poches des consommateurs plutôt que de partir dans celles des actionnaires.

Eau et Services Publics
eau-et-services-publics@outlook.fr

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