Fermeture des marchés de producteurs : une mesure comportant plus de problèmes que de solutions

Tribune de Jean-Claude TISSOT, sénateur de la Loire et ses collègues du groupe socialiste et républicain au Sénat : Patrick KANNER, Viviane ARTIGALAS, Jacques BIGOT, Joël BIGOT, Martial BOURQUIN, Michel BOUTANT, Hélène CONWAY-MOURET, Roland COURTEAU, Gilbert-Luc DEVINAZ, Jérôme DURAIN, Hervé GILLÉ, Nadine GRELET-CERTENAIS, Laurence HARRIBEY, Jean-Michel HOULLEGATTE, Olivier JACQUIN, Eric KERROUCHE, Christian MANABLE, Rachel MAZUIR, Michelle MEUNIER, Marie-Pierre MOUNIER, Angèle PRÉVILLE, Laurence ROSSIGNOL, Sophie TAILLÉ-POLIAN, Nelly TOCQUEVILLE, Yannick VAUGRENARD.

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Lundi 23 mars, le Premier Ministre Edouard Philippe annonçait la fermeture des marchés couverts et de plein air, en réaction à des images d’attroupements dans certains marchés de grandes villes et de non-respect évident des gestes barrières.

Ces quelques images, très médiatisées, ont conduit à une décision catastrophique pour les producteurs engagés dans les filières de circuits courts, pour lesquels les marchés de primeurs sont le principal, voire l’unique débouché.

En décidant de fermer les marchés, le Gouvernement a délibérément méconnu le travail réalisé ces derniers jours par les acteurs de la filière avec les élus locaux pour sécuriser les marchés : pas de libre-service par les clients, espacement des étals et des files d’attente, sens unique de circulation pour éviter les croisements…

A une question de notre collègue Joël Labbé, ce mercredi 25 mars, le Premier Ministre reconnaissait que « les maires sont les mieux placés pour apprécier si un marché est nécessaire et susceptible d’être organisé dans le respect des conditions de sécurité sanitaire, dans leur commune ou un quartier de celle-ci ».

Pourtant nous constatons sur le terrain que les dérogations demandées par les maires sont très majoritairement refusées par certains Préfets. Si, comme nous le pensons en effet, les maires sont les meilleurs connaisseurs des
situations locales pourquoi ne sont-ils pas davantage suivis dans leurs demandes ?

Pourquoi généraliser l’interdiction des marchés plutôt que de faire confiance aux maires pour interdire simplement les marchés qui ne respectent pas les consignes sanitaires et aux Préfets pour s’en assurer ?
Clairement, le choix qui a été fait tend à privilégier la grande distribution pour assurer l’accès à l’alimentation de nos concitoyens.

Lorsque nous interrogeons les Préfets dans nos départements sur cette distorsion volontaire de concurrence, ils nous répondent qu’il s’agirait ainsi de limiter les déplacements des consommateurs en les invitant à concentrer
leurs achats alimentaires en un lieu unique.

Mais cette option comporte au moins autant de problèmes que de solutions puisqu’elle va reporter les consommateurs dans un nombre de lieux restreints et augmenter ainsi les concentrations de personnes dans des espaces clos.

De plus, nous constatons tous que dans ces grandes surfaces les mesures barrières ne sont pas forcément mieux appliquées : les clients peuvent se croiser, être proches les uns des autres, toucher et reposer des produits, prendre un chariot qui vient tout juste d’être manipulé par un autre…

Au-delà, se pose également la question de la sécurisation de l’approvisionnement alimentaire de nos territoires à moyen et long terme.

Car, si nous faisons collectivement le choix d’abandonner nos producteurs locaux, que se passera-t-il en cas de rupture d’une chaîne d’alimentation reposant exclusivement sur le système agro-industriel ? Nous ne sommes certes pas à l’abri, dans la situation actuelle, de l’arrêt du travail des chauffeurs routiers (qui œuvrent dans des conditions plus difficiles que jamais) ou de fermetures d’usines en cas de contamination des personnels par exemple.

En décembre dernier, nous examinions au Sénat une proposition de résolution sur la résilience alimentaire des territoires et la sécurité nationale.
Ce texte soulignait à juste titre que les grands bouleversements climatiques et économiques que nous connaissons nécessitent de repenser notre modèle de production et de consommation alimentaires.

Nous anticipions alors les réponses à apporter en cas de sécheresses massives ou de catastrophes climatiques. Mais notre écosystème planétaire a trouvé un autre moyen pour tirer la sonnette d’alarme et nous inviter à repenser notre économie et notre agriculture.

Face aux enjeux de court et de long terme, il nous semble donc essentiel de soutenir les filières de ventes directes et de circuits courts : marchés de producteurs, épiceries ambulantes, groupements d’achats, marchés à la ferme, AMAP… et donc de revenir sur cette mesure de fermeture généralisée des marchés.

Jean-Claude TISSOT

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