Dynasties Stéphanoises familiales en rubanerie

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois et stéphanoises depuis plusieurs années sur ce site, un second livre est en préparation de ses  « Chroniques Stéphanoises »

Aujourd’hui 17 Aout 2020 :  Dynasties familiales en rubanerie.

Dans la conjoncture favorable de la 2eme moitié du dix-neuvième siècle, la rubanerie devient le tremplin de l’ascension sociale et non plus son aboutissement. Le fabricant, celui qui passe commande au passementier, peut-être issu d’un milieu proche de la rubanerie mais il peut aussi avoir des parents étrangers à ce domaine.

A travers trois familles, on peut voir que pour devenir fabricant, on peut emprunter des chemins divers.

La famille Colcombet : la voie conjugale. 

François Colcombet est un personnage obscur jusqu’à son mariage avec une demoiselle Salichon, fille d’une famille illustre pour avoir été la première à adopter, en 1763, le métier à la Zurichoise. A la mort de son beau-père, le jeune homme devient le chef de la maison, qui se développe et obtient une médaille de bronze à l’exposition de 1834 à Paris, puis une médaille de première classe à l’exposition universelle de 1855 et encore une autre en 1867. Après 1850, l’essor économique de la région et l’amélioration des voies de communication entraînent une augmentation de la demande.

Pour y faire face, les fils de Colcombet décident d’ajouter une fabrication industrielle à la confection traditionnelle du ruban : ils installent une usine à La Séauve, dans la commune de Saint-Didier-en-Velay, et l’équipent d’un moteur hydraulique. L’entreprise compte alors 100 métiers et emploie 150 ouvriers. En 1875, le commissaire central de Saint-Étienne rapporte : « Monsieur Colcombet V, fabricant de ruban, est âgé de 50 ans, il appartient à une famille riche et estimée dans notre ville. On évalue sa fortune à un million (…). La maison des frères Colcombet fait des affaires commerciales en ruban qui se chiffrent par deux millions par an… ». La dynastie Colcombet est devenue, en deux générations, l’une des plus puissantes de la ville.

Denis Epitalon : parti de rien.

Né le 22 septembre 1794 à Saint-Étienne, Denis Épitalon est le fils de Mathieu Épitalon, aubergiste, qui tenait un établissement à l’enseigne du « Lion d’Or », où se croisaient les voituriers venus des quatre coins de la région, et en particulier, ceux qui transportaient le charbon vers Saint-Rambert, et de Marie-Anne Passerat, issue d’une famille de rubaniers qui possédait de nombreux terrains dans la ville. La famille Epitalon, chez qui on parle encore le patois, a des ambitions plus élevées pour son fils Denis, qui fréquente d’abord l’école de la paroisse Saint-Ennemond, puis est envoyé en pension dans une institution religieuse près de Montbrison. Après le décès de son père, en 1810, le jeune garçon est placé en apprentissage chez un oncle, propriétaire associé de la maison de ruban Fraisse-Passerat. Devenu commis, il s’initie au commerce et à la comptabilité et en fait profiter sa mère à laquelle il conseille de placer les bénéfices de son auberge chez des fabricants ou des marchands de soie.

En 1821, il épouse sa cousine Jeanne-Marie Passerat et décide de se mettre à son compte, bien que son capital initial ne s’élève qu’à quelques milliers de francs. Ses débuts sont si difficiles qu’il fait le vœu de donner aux pauvres un dixième de ses bénéfices, si Dieu lui permet d’en faire. Son affaire végète cependant jusqu’en 1830. A partir de cette date, il tente de se spécialiser dans le satin uni, et le magasin qu’il tient avec sa femme commence à prospérer. En 1841, il fait construire une maison rue de la Bourse. Mais, c’est pendant la révolution de 1848 que, contrairement à ses concurrents, il fait fortune. Il profite de la chute du prix de la soie pour en acheter et en stocker la plus grande quantité possible, remplissant tous les étages de sa maison de la précieuse fibre et continue à faire travailler ses ouvriers. Ainsi, quand les affaires reprennent, il n’a plus qu’à puiser dans ses réserves pour faire face à la demande, approvisionner un marché en plein essor et réaliser de gros bénéfices. En 1855, il cède à ses fils son entreprise qui prend le nom de Maison « Epitalon ».

Famille Giron : de l’agriculture au velours

Les Giron sont, au XVIIIe siècle, des laboureurs vivant à la périphérie de Saint-Étienne, ce qui les a sans doute amenés à prendre du travail à façon en complément de leur activité. C’est ainsi que Jean-Etienne Giron (1796-1864) devient passementier. En 1820, il parvient à fonder sa propre maison, qu’il cède en 1851 à ses deux fils, Antoine et Marcellin. Ce sont eux qui donnent à l’affaire Giron-Frères une grande envergure. En 1858, Antoine effectue un voyage aux États-Unis et en revient avec la volonté de se lancer dans la production industrielle.

En 1867, une vaste usine de tissage mécanique pour la fabrication du velours est construite à Chantegrillet, quartier bien desservi par les moyens de communication, routes et chemins de fer, et où il peut recruter sa main-d’œuvre parmi les femmes des nombreux veloutiers qui vivent à proximité au Crêt-de-Roc. Ces efforts lui valent l’appui du préfet en vue d’obtenir la légion d’honneur. « Monsieur Giron, écrit celui-ci, est un des rares industriels de groupe important de la Loire, qui comprenne la nécessité de créer un outillage en rapport avec les exigences du progrès. Il fonde une manufacture considérable dans l’enceinte de Saint-Etienne et il s’efforce de substituer le travail de la machine au bras de l’homme ». En 1879, Marcelin Giron se rend à l’étranger à la recherche d’un nouveau créneau susceptible d’occuper le millier d’ouvriers qui travaille pour lui. Il décide alors de se convertir à la fabrication du velours Schappe, spécialité de Crefeld en Allemagne encore inconnue en France, et il invente un métier spécial pour le produire dans les meilleures conditions Plusieurs générations de Giron vont se succéder à la tête de l’entreprise.

Les successeurs de ces pionniers porteront encore le nom de Giron et de ses marques, tel  » Bellissime « , aux quatre coins du monde, et dans toute la presse féminine. En 1980, après 160 ans de règne sur le velours, Giron Frères, ne pouvant faire face à la crise de la mode, est en liquidation, à la stupeur générale. Après la fermeture de l’entreprise, les bâtiments de l’usine de Chantegrillet ont été reconvertis ; ils forment aujourd’hui le parc Giron qui perpétue dans le paysage stéphanois la mémoire de cette activité industrielle disparue.

Pour en savoir plus : Nicole VERNEY-CARRON, Le ruban et l’acier. Les élites économiques de la région stéphanoise au XIXe siècle (1815-1914), Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, 1999

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One thought on “Dynasties Stéphanoises familiales en rubanerie

  1. Monsieur. C est bien mais il y en a d autres. Colcombet a ete le plus gros. C est le createur de la SEAUVE et il a laissé de beaux batiments a Sainté. Il a meme été le leader mondial du ruban.

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