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Intervention de Régis Juanico au Salon des Maires et des Collectivités locales, 26 novembre 2020, avec « Sports et Territoires »

 

« Merci beaucoup Jacques Vergnes et à « Sports et Territoires » d’organiser ce débat dans le cadre du Salon des Maires et des Collectivités locales 2020.

Alors oui, toute activité physique et sportive, qu’elle soit pratiquée de façon individuelle ou collective, amateur ou professionnelle, qu’elle soit pratiquée par un sportif de haut niveau ou occasionnel, que ce soit le fonctionnement d’un équipement sportif, que ce soit l’organisation des Grands Evénements Sportifs Internationaux : toutes ces activités ont des effets sur notre environnement.

On prend souvent l’exemple de l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques, de Rio au Brésil en 2016 ou de la Coupe du Monde de football en Russie en 2018 : on sait que ces grands événements ont à chaque fois généré l’émission 2 millions de tonnes de CO2. C’est quasiment l’équivalent de 2 millions de passagers aller-retour entre Paris et New York ou de l’émission de 300.000 Français chaque année, donc c’est considérable.

La question est donc : concrètement, comment les politiques publiques sportives aujourd’hui, que ce soit au niveau international, national ou plus localement, intègrent leur coût écologique et comment sont-elles en capacité de réduire l’empreinte carbone en particulier, afin que l’activité physique et sportive ait le moins d’impact possible sur notre environnement ?

Je crois que la crise sanitaire que nous traversons aujourd’hui, qui est une pandémie mondiale, peut nous aider à bâtir un « Sport d’après », à ce que nous allions vers un modèle sportif plus tempérant, moins consommateur de nos ressources sur la planète, en particulier dans l’organisation des événements sportifs internationaux.

J’échangeai la semaine dernière avec Julien Pierre qui est un ex-rugbyman de la Section Paloise et qui vient de lancer un label pour tous les acteurs du sport, que ce soit les clubs amateurs, les clubs professionnels ou des événements sportifs internationaux, qui s’appelle « Fair play for Planet » et qui repose sur des critères de labellisation écologiques sans être dans le « green washing » ou dans la simple compensation avec la plantation d’arbres des dégâts occasionnés à notre environnement.

Que peut-on faire ?

Il y a évidemment ce qu’on peut faire sur les bâtiments et les équipements sportifs, pour qu’ils soient moins énergivores, je pense notamment aux piscines, aux centres aquatiques et puis aux patinoires.

Il y a par exemple, un projet de construction de patinoire olympique à Saint-Etienne : est-ce que c’est bien pertinent par rapport aux offres existantes de la région, au nombre de pratiquants de sports de glace chez nous et quels coûts de fonctionnement cela va avoir, notamment en termes de dépenses d’énergie ?

Il y a tout ce qu’on peut faire sur les manifestations sportives.

Il y a 2,5 millions d’événements sportifs organisés chaque année sur notre sol en France et donc il faut aller vers des cahiers des charges pour l’organisation de ces événements sportifs qui prennent en compte la responsabilité environnementale et sociale.

On cite souvent l’exemple de la gestion des déchets mais c’est une des modalités de cette éco-conception des événements sportifs. Le Ministère des Sports travaille depuis 2015, dans le cadre d’une stratégie nationale du Développement Durable sur ces questions. Il existe des guides d’accompagnement pour les organisateurs d’événements sportifs, notamment sur le plan local.

Il faudrait y rajouter, je crois, une action plus vigoureuse, plus volontariste de l’Agence Nationale du Sport et notamment dans les conventions d’objectifs signées chaque année avec les Fédérations. Il faut qu’il y ait une impulsion au niveau national et que ça « infuse » ensuite dans les ligues et les comités jusqu’au niveau des clubs, sur nos territoires.

Je veux aussi insister sur la question des subventions, notamment de l’Agence Nationale du Sport, mais aussi des Collectivités territoriales, qui sont le principal financeur du sport en France.

Il y a tout à fait la possibilité aujourd’hui d’orienter les subventions pour maîtriser et réduire l’émission des gaz à effet de serre et d’avoir une certaine sélectivité, par exemple le financement des rallyes automobiles.

On a beaucoup parlé ces dernières semaines de Grands Evénements Sportifs Internationaux en France : le Tour de France et Roland Garros, il y a des efforts qui sont faits par les organisateurs. Il faut d’ailleurs aller plus loin, mais il y a la possibilité aussi pour les Collectivités de s’engager dans des démarches actives, volontaristes.

Je pense au label « Villes sportives et actives », au fait pour les Collectivités aussi d’engager des plans de mobilité qui soient beaucoup plus éco-responsables : les mobilités actives, ce qu’on appelle mobilités douces, à force humaine, au moyen de voies pédestres ou des pistes cyclables sécurisées, d’aménagements de notre urbanisme ici même dans les grandes villes mais aussi dans les autres territoires.

On a beaucoup parlé du vélo à la sortie du 1er confinement : +30% d’usage du vélo, c’est une formidable nouvelle et une formidable opportunité, mais on a vu que les « coronapistes », c’est-à-dire les pistes cyclables et sécurisées provisoires qui avaient été mises en place, pour l’essentiel des Collectivités, ces pistes n’ont pas été pérennisées. C’est le cas, par exemple ici dans ma ville, à Saint-Etienne.

Enfin, il y a tout ce qui concerne le sport-nature : comment on peut le développer, le favoriser. La randonnée pédestre, le VTT, la course d’orientation, l’escalade ou les via ferrata… on a aujourd’hui des sites exceptionnels dans nos départements, je pense au département voisin de l’Ardèche, au département de la Loire, ici même.

Et puis deux autres leviers d’action qui me tiennent à cœur, en tant qu’élu national, c’est bien évidemment le Plan Savoir Nager et le Plan Savoir Rouler, qui peuvent être deux leviers d’action à déployer partout sur le territoire, dans les écoles élémentaires et au collège, pour aller vers plus d’éco-responsabilité dans nos politiques publiques sportives.

Un mot pour conclure sur la question des événements sportifs internationaux. Il sera intéressant d’observer comment les Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo vont avoir lieu, à l’été 2021. Quel format ? Est-ce qu’il y aura du public ? Est-ce qu’il y aura des contraintes sanitaires particulières ?

En tout cas, pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, il y a des objectifs extrêmement ambitieux qui ont été annoncés, notamment de réduction de 50% d’émissions de gaz à effet de serre. Il faudra voir si ces objectifs seront tenus.

En tout cas, en ce moment, la revue des projets et des programmes en cours permet d’aller vers plus de sobriété financière : une économie de 400 millions d’euros et donc forcément, un impact en termes de sobriété écologique, puisqu’il y aura une réduction du nombre de sites, moins de circulation, etc. Des efforts vont être faits également pour rationaliser les transports.

Le cahier des charges des Grands Evénements Sportifs Internationaux est indissociable d’un cahier des charges écologique. C’est là tout l’enjeu de l’Agenda 20-20 du CIO.

Il faut y ajouter un respect des droits humains et des droits sociaux. C’est pourquoi, j’ai été particulièrement choqué quand il y a eu les Mondiaux d’athlétisme au Qatar à Doha, avec des stades climatisés en plein été et avec ce qu’on faisait subir aux athlètes avec des températures de 40 ou 50 degrés lors de leurs épreuves.

J’ai aussi appelé au boycott de la Coupe du Monde de football au Qatar en 2022, du fait des conditions de travail des ouvriers sur les stades. Il y a eu des milliers de morts au Qatar.

Et en Arabie Saoudite, ASO organise le Rallye Dakar, là aussi, on voit qu’il y a des pétromonarchies qui sont en train de capter, de préempter un certain nombre d’événements sportifs internationaux et je ne pense pas que cela se fasse dans des conditions écologiques ni même sociales, ni même du point de vue du respect des droits humains, qui soient acceptables !

Si nous voulons un modèle sportif plus tempérant, il faut aller vers plus de proximité, peut-être moins de très Grands Evénements Sportifs Internationaux très consommateurs des ressources de notre planète et pour cela effectivement, la question de la relocalisation, de la proximité et des politiques publiques menées dans les territoires sont pour moi primordiales.

Pour les JOP de Paris 2024, j’ai peu d’inquiétudes concernant le respect des droits sociaux et des droits humains, d’autant plus que dans tous les marchés publics passés par le Comité d’Organisation ou la SOLIDEO qui est l’instance qui est en charge aujourd’hui de la construction des ouvrages olympiques, qu’ils soient sportifs ou non d’ailleurs, il y a aujourd’hui des clauses qui permettent de réserver des appels d’offre aux TPE et aux PME, des clauses d’insertion sociale et surtout je pense, une forte volonté de faire une place importante aux acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire.

L’Economie Sociale et Solidaire fait partie intégrante de l’éco-système qui vise à plus de tempérance, de relocalisation et de circuits courts.

Je plaide vraiment pour des labellisations + + en matière de critères environnementaux en ce qui concerne « Terre de Jeux » pour les Collectivités territoriales, mais aussi pour les Centres de Préparation aux Jeux, les CPJ, il y en a aujourd’hui un peu plus de 600 déjà labellisés sur le catalogue du Comité d’Organisation.

Il existe à l’heure actuelle des critères éducatifs, des critères de santé, d’inclusion sociale, des critères d’héritage sportif et territorial : c’est très bien ! Il faut qu’on puisse aussi identifier aujourd’hui les Collectivités « Terre de Jeux » les plus exemplaires en matière environnementale et y flécher prioritairement les crédits dédiés par l’Agence Nationale du Sport ou le COJO.

Je pense à des critères dans les appels à projets concernant le transport des équipes, des supporters, un critère énergie verte, un critère consommation de l’eau et de l’énergie, un critère alimentation (on vient d’évoquer l’Economie Sociale et Solidaire, les produits locaux et les circuits courts, les produits de saison…), et puis bien évidemment un critère réduction des déchets.