Compagnie des aciéries et forges de la Loire, chez « Barrouin »

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois par manque de culture nous ignorons l’existence, depuis quelques semaines il existe une version en livre.

Je travaille chez « Barrouin ».

Cet homme est connu pour avoir fondé, en 1864, la « Société des Fonderies, Forges et Aciéries de Saint-Étienne »installée au Marais.

Cette compagnie est une lointaine parente de la « Compagnie des aciéries et forges de la Loire (CAFL) », née en 1954 de la fusion avec les « Établissements Jacob Holtzer et avec l’Usine de la Loire et des Aciéries et Forges de Firminy ». Pourtant, près d’un siècle après on ne disait pas qu’on travaillait à la CAFL, mais « chez Barrouin ».C’est dire, si l’homme a imprimé sa marque au-delà du monde industriel. Issu d’une famille pauvre, le jeune Charles Barrouin obtient une bourse qui lui permet d’être diplômé de l’école des Arts et métiers de Châlons­sur­ Marne. C’est en 1834 qu’il découvre Saint-Étienne où il obtient un premier poste aux forges de Terrenoire, pour ensuite rejoindre le Creusot, avant de revenir, en 1845, comme ingénieur en chef chez Petin et Gaudet à Saint­Chamond. Charles Barrouin dirigea pendant 12 années les usines de Saint-Chamond.

C’est pendant cette période que ces usines reçurent les perfectionnements et les développements bien connus du monde métallurgique qui les placèrent, dès cette époque, au premier rang.  Il a permis à la France de maintenir sa marine de guerre au niveau de celles des nations les plus avancées. Il y est resté jusqu’en 1864, date à laquelle il crée au Marais la Compagnie des fonderies, forges et aciéries de Saint-Étienne. Il est aidé financièrement par la banque Girerd et Nicolas, Pétin et Godet qui croient en lui.

Très vite, la société se développe, Palluat de Besset, Holtzer, Bernou de Rochetaillée investissent dans l’affaire. En 1870, la compagnie compte 700 salariés, détenteurs d’un savoir-faire qui leur permet de fabriquer des aciers très fins, de haute technicité. Malheureusement, peu fortuné, Charles Barrouin n’est pas au conseil d’administration de la société qu’il a créée. Il doit se soumettre à la famille Cholat qui, grâce à sa fortune, prend le contrôle de la Compagnie. Barroin exerçe pleinement ses fonctions, limitées à l’aspect technique, jusqu’en 1880.

La zone du Marais où Barrouin installe son usine (rue des aciéries) est approximativement située entre Montaud, Montreynaud et Le Soleil, traversée autrefois par les rivières l’Isérable, le Furan, des Eaux jaunes. La plus ancienne industrie lourde du secteur, les Forges et aciéries de la Bérardière, fut créée en 1816. Sa direction était confiée à monsieur Beaunier, le fondateur de l’École des Mines. Cette importante usine devint plus tard celle de la famille Bedel.

Le quartier du Marais se développe et attire une population toujours plus importante. Les nouveaux arrivants, pour la plupart issus des campagnes environnantes et des départements voisins, viennent gonfler les noyaux villageois anciens comme le Soleil ou le Cros. Barrouin est le premier à fournir de l’habitat social à leurs ouvriers, contribuant par la même occasion à la mise en place progressive de petits « royaumes » industriels. En plus du logement, d’autres initiatives étoffent la vie ouvrière dans le quartier.

Ainsi, à la suite d’une crise économique dans les années 1880, le père Volpette décide de confier des carrés de terrains à jardiner aux ouvriers les plus démunis qui, pour beaucoup, vivent de l’aumône. Ces jardins ont alors le double avantage de procurer une source de subsistance à leur propriétaire tout en leur donnant une activité susceptible de les détourner de l’alcool et de l’ennui. Bedel et Barrouin propagent l’initiative. Ainsi, à proximité́ des usines ou des habitations, chaque salarié se voit attribuer un lopin de terre.

L’initiative de Charles Barrouin reste encore isolée à la fin du XIXème siècle et le développement du Marais reste anarchique ce qui laisse penser que le quartier n’est pas la priorité des autorités municipales. Ainsi, si l’extension de Saint-Étienne s’exerce bien en direction du nord et du sud, elle reste largement cantonnée le long de la Grand’Rue et s’appuie sur l’implantation d’équipements lourds et encombrants, devenus indésirables en centre-ville. Après l’installation de la Préfecture au nord de l’hôtel de ville (1855), Saint-Étienne va en effet justifier son extension par l’essaimage de ses équipements et monuments institutionnels. Ainsi, le nord de la Grand’Rue accueille successivement la Manufacture Nationale d’Armes (1864), la caserne de Grouchy (1874), les abattoirs des Mottetières (1879), tandis que la minoterie stéphanoise (1880) s’implante plus en retrait de l’axe, au cœur du Marais.

Ces grosses emprises d’envergure métropolitaine sont aussi l’occasion de légitimer l’autorité́ municipale sur des territoires nouvellement acquis sans pour autant que celle-ci se préoccupe de services et d’équipements de proximité. C’est encore Barrouin qui se bat aux cotés des habitants du quartier pour ouvrir le premier groupe scolaire du Marais en 1883, remédiant ainsi à l’inaction des instances locales. Son nom a été donné à une rue stéphanoise. Elle joint la Grand’rue à la rue Scheurer Kestner, en coupant le boulevard Thiers.

Pour la petite histoire, Charles-Barthélémy Barrouin est l’arrière-grand-père de Jacques Chaban-Delmas !!

 

Pour en savoir plus : Daniel Colson:  La Compagnie des fonderies, forges et aciéries de Saint-Etienne (1865-1914).

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2 thoughts on “Compagnie des aciéries et forges de la Loire, chez « Barrouin »

  1. bonjour, mon grand père a travaillé plusieurs années chez Barrouin.il y avait une expression qui m avait marquer quand j étais enfant, quand quelqu’un exagérait on disait  »TU TRAVAIL CHEZ BARROUIN ».je suis très heureux de voir des photos de se grand Monsieur.

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