Benoit Malon : humaniste et révolutionnaire

Pour les Stéphanois, Benoit Malon, c’est d’abord une longue rue qui relie la place Jacquard au boulevard Alfred de Musset. Saint-Etienne n’est pas la seule ville à avoir rendu hommage à cet homme né à Précieux le 23 juin 1841. Une vingtaine de communes ont fait la même chose en France. Même la commune de Colfontaine, en Belgique près de Mons, a jugé utile de baptiser une rue en son nom. C’est dire si notre homme possède une réputation qui a largement dépassé les frontières du département. Il a joué un rôle important – et souvent méconnu – dans l’histoire du mouvement ouvrier français et international.

Une enfance entre le Forez et la Dombe.

Benoît est un fils de paysans pauvres, Joseph Malon (valet dans la ferme de la Croix d’or et dans celle de la Cotille), et Benoîte Baleydier, femme au foyer. Il  a trois frères : Pierre, Joseph et Jean-Marie. Leur père meurt à l’âge de 34 ans d’un refroidissement, et leur mère se remarie en 1852, avec Eymar Bonnel, homme peu apprécié par Benoît. Le petit Benoît Malon aimait l’école, aimait apprendre et avait une véritable frénésie de lecture. Mais il lui fallut rapidement gagner sa vie : Benoît Malon ressentit cela comme une grande injustice. Non qu’il fût malheureux dans les  » places «  où il fut envoyé, mais il était privé d’apprendre. Quelques mois plus tard, après le remariage de sa mère, Benoît Malon, qui avait douze ans, part travailler dans l’Ain où il reste six ans. Occupé aux travaux des champs dans cette plaine de la Dombes qui, semée d’étangs, lui rappelait celle du Forez, Benoît Malon  » essayait de s’instruire ».

Études lyonnaises.

A dix-huit ans, en 1859, Benoît Malon, épuisé, malade, est recueilli par son frère, Jean Malon, qui est devenu instituteur et vient d’être nommé à Margerie-Chantagret. Il se préoccupe de lui faire poursuivre son instruction. Benoît Malon entre alors à Lyon dans un  » pensionnat « ,  tenu par un prêtre, l’abbé Lachal, qui dirigeait une  » école cléricale  » dans la paroisse Saint-Eucher, à la Croix-Rousse. Ces  » écoles cléricales  » correspondraient aujourd’hui à de  » petits collèges  » (de la 6e à 4e ou à la 3e) préparant à l’entrée dans les deux ou trois dernières classes du petit séminaire. Il reste quelques semaines au petit séminaire, mais découvrant que ce n’est pas sa voie, Il devient alors pendant quelques mois, employé de commerce à la Croix-Rousse puis employé de banque à Trévoux (Ain). Mais son destin va s’orienter autrement.

L’appel de Paris.

Benoît Malon est à Paris en 1863 ; il a vingt-deux ans.  Après quelques jours difficiles sur le pavé de Paris, il n’a plus d’argent et rien à manger. Il trouve du travail dans un atelier de Puteaux comme ouvrier teinturier. La tâche est rude. Il connaît alors la dure condition des ouvriers du Second Empire, travaille dix ou onze heures par jour et loge dans une petite chambre où il lit tard le soir et se plaint de devoir dépenser beaucoup pour acheter de la bougie. Un de ses amis le fait adhérer en 1865 à l’Association internationale des travailleurs (AIT). En 1866, à Puteaux, Malon organise la grève des ouvriers teinturiers et fonde une coopérative de consommation. La société de teinturerie devient, en 1867, une coopérative nommée La Revendication. Benoît en est le vice-président. Devenu avec son ami Eugène Varlin, l’un des dirigeants de la section française de l’AIT, qui avait été interdite, il est incarcéré à deux reprises, en 1868 et 1870. À sa sortie, il entre comme journaliste à La Marseillaise, le journal de Henri Rochefort. Il rédige une série d’articles remarqués dans lesquels il parle de la grande grève des usines Schneider du Creusot. Cette même année, lors du troisième procès de l’Internationale, il est condamné à plusieurs mois de prison.

Il est libéré par la proclamation de la République le 4 septembre 1870. Pendant le Siège de Paris, il organise l’assistance publique pour les Parisiens les plus pauvres avec Eugène Varlin. En février 1871, il est élu député socialiste révolutionnaire de la Seine, mais il démissionne, avec Victor Hugo et d’autres députés républicains, pour protester contre la cession de l’Alsace-Lorraine.

La commune.

La proclamation de la République a libéré Benoît Malon. La place qu’il tient dans le mouvement ouvrier s’explique aussi par le rôle qu’il a alors joué pendant l’Année Terrible, celle du siège de Paris et de la Commune. Adjoint au maire du XVIIe arrondissement (les Batignolles, au N.O. de Paris), pendant le siège de Paris, il réussit à fournir des secours aux victimes de la misère. Le 26 mars 1871, il est élu au Conseil de la Commune et devient maire de l’arrondissement des Batignolles.

En mars 1871, comme la plupart des Internationaux, il ne souhaite pas l’affrontement avec le gouvernement de Versailles. il est de ceux qui tentent d’éviter la guerre civile car il pense que l’affrontement risque d’aboutir à l’écrasement du mouvement ouvrier qui est en train de s’organiser. Mais lorsque la rupture est consommée, il est du côté des insurgés. Après la Semaine sanglante, il s’exile à Lugano, en Suisse, puis, en Italie (Turin, Milan et Palerme), où il participe au mouvement ouvrier. En décembre 1871, il adhère à la Fédération jurassienne de tendance bakouniste.

Directeur de la Revue Socialiste.

Lorsqu’il rentre en France, après l’amnistie de 1879-1880, Benoît Malon a beaucoup appris, réfléchi et publié. Il est devenu l’un des chefs historiques du mouvement socialiste, connu en France et à l’étranger, un historien qui a publié,  » à chaud « , la première histoire de la Commune de Paris (La troisième défaite du prolétariat). Homme de réflexion, il est le contraire d’un sectaire et se sépare de Guesde qui introduit le marxisme en France. Son socialisme est pluraliste, ouvert à toutes les diversités. Il fonde la « Revue Socialiste », carrefour d’idées et de tendances, un véritable laboratoire de réflexion et de recherche. Dans cette revue, publient des socialistes issus de toutes les tendances – souvent très opposées – du socialisme français.

Dans l’histoire des idées, Benoît Malon se place aussi dans la perspective historique de la longue durée : il voit dans l’évolution historique une marche vers les idées de progrès et dans le socialisme l’aboutissement d’une longue évolution des idées de réforme. Benoit Malon décède le 13 septembre 1893 à Asnières. Dix mille personnes accompagnent son corps au cimetière du Père-Lachaise. En 1913, un monument destiné à recueillir ses cendres est érigé face au Mur des Fédérés. Personnalité attachante et étonnante, Benoît Malon n’a jamais oublié ses racines foréziennes. Le petit berger de Précieux, le valet de ferme exilé dans l’Ain, le manœuvre de la teinturerie de Puteaux qui, est devenu, en quelques années, l’une des personnalités de la vie publique française, un écrivain reconnu, tout en restant un militant mérite bien que la ville attribue son nom à une longue rue.

Pour en savoir plus :

http://www.benoitmalon.org/page-daccueil/

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois nous ignorons l’existence, a retrouver dans son livre « Chroniques Stéphanoises ».

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