Rendez-vous Photos avec Claude BENOIT à la GUILLAUME

Claude BENOIT à la GUILLAUME photographie depuis l’âge de 14 ans. Il a construit son 1er appareil photo, tiré d’un coffret « le petit photographe en herbe » reçu le noël 1975.

« Je photographie tout ce qui bouge. Ou pas. Et des fois, c’est moi qui bouge »

Sa production assez éclectique se concentre maintenant sur quelques sujets « confidentiels » qu’ils arpente, assimile et retranscrit par ses yeux. Son allergie aux Unes à la plastique photoshopée le conduit à travailler sur le corps nu, déformé par la force du rebond sur son Trampoline, et esthétique malgré tout…

Puis vinrent la découverte et l’achat de la maison de Marie, inoccupée depuis 8 ans. La toiture est délabrée. La pluie traverse les étages, arrivant à la cuisine. Au milieu du capharnaüm, il découvre un trésors : des draps, des habits, le tablier de Marie, tous recousus, réparés, économisés, et une boite en fer, emplie de 14 carnets/agendas du Crédit la bricole, noircis de la main de Marie… 14 années de sa rude vie.

Il s’approprie alors cette mine d’art brut, recherchant la meilleure manière de mettre au jour ces témoins du passé.
S’en suit collaboration bancale et ratée qui accouche d’un petit livre autour des carnets. « Pas vu Maurice, Chroniques de l’infraordianaire ». Un bel objet néanmoins, mais qu’il ne peut défendre tant sa partie, la photographies, a été matraquée…

En parallèle, il photographie les rapetassages de Marie. Ses œuvres. Les vêtements réparés, ainsi que ces carnets, rapetassés eux aussi.
Une troisième tâche en cours est le regard qu’il pose sur Myriam. Malvoyante. Il a engagé avec elle un long travail, sur sa vie, sa capacité à « voir », sa différence qui n’est que celle qu’on lui étiquette. Car dans nombre de situations « elle est bien plus à l’aise que moi, le soi-disant normal… » dit-il.

Il s’attache dans sa photographie à gommer les différences. Soit en les ignorant, soit au contraire en les valorisant jusqu’à les oublier tant elles deviennent présentes. Voire esthétiques.

Il dit : « Je trouve essentiel, je dis bien es-sen-tiel, d’affirmer nos singularités en partageant ces richesses que sont nos différences. Mais j’en ai assez des divisions, des genres. Quelle importance d’être fille, garçon, les deux, blanc, gay, noir, valide, unijambiste, hétéro, … ? Oui, j’aimerais gommer cela dans la lecture de mes images. Et dans la vie »

En parallèle, il réalise aussi des séries de portraits dans son studio à Vérines. Surtout en noir & blanc.
http://lumieredujour.fr   cbalg@free.fr   ©CBàlG

C est donc vous lavez compris, un homme passionnant que je suis allé rencontrer ce 2 Novembre 2019, je voulais voir cette fameuse image que je renvois, celle dun homme de presque 52 ans avec un cerveau de 15…Mais pas encore prêt pour le trampoline, on a beau être une grande gueule on reste quand même timide devant lobjectif. Meme si le photographe ma dit que jai une gueule pour la photo…

Le Trampoline…
C’est un genre de chahut, que j’aime artistique, riant et joli….

http://Lilysly.artfolio.com- Trampoline- 2 flash Bowens gemini 500 équipés d’une boite à lumière et d’un parapluie.

1. C’est parler de la liberté du corps. Liberté de mouvement, liberté de déplacement.
2. C’est aller à l’encontre de l’injonction du lisse, de photoshop, et de la vie en général qui rejette toutes « originalités », surpoids, malformations…
3. C’est aussi reconnaître le corps humain en tant que tel et non comme un outil promotionnel mercantile.
4. C’est encore désexualiser la nudité. Laissant le sexe à une relation particulière, et la nudité à la vie, au naturel, au beau, à la liberté …

5. C’est enfin, ne plus jouer avec cette pudibonderie toxique et délétère qui interdit la vision d’un sein de fille, mais banalise les images de violence, de guerre, de malheur, tout en surfant sur l’érotisme pour vendre parfums, automobiles et autres vacances de rêves…

L’idée est de montrer comment un corps déformé par l’apesanteur ou l’écrasement dû au rebond, dans des poses pas voulues et en relative insécurité, peut être esthétique, voire charmant.

Le Rapetassage

C’est une mise en lumière de ce qu’on cache habituellement de nos corps, augmenté des rapetassages de Marie. De véritables œuvres d’art brut, qu’elle a oubliées en quittant sa maison….
Les pantalons des hommes du foyer, des torchons, des draps, son tablier, et ses carnets. 14 agendas rapetassés de 14 ans de sa vie…
J’habite sa maison. Je marche sur le parquet qu’elle a usé, j’utilise ses vieux draps en nappes, voiles d’ombrage, je bois la soupe dans ses bols…
J’aime me souvenir de cette « vieille » comme d’une fille. Et non comme l’acariâtre que décrivent celles et ceux qui l’ont approchée….
1. Avec la série rapetassage, j’aime dépoussiérer ces témoins de vie passée, rude et austère.
2. J’aime mêler la vie de Marie avec les poses espiègles de Céline.
3. J’aime rapprocher les reprises de ces vieux tissus avec les traces de vie de la peau. Quelques fois rapetassée elle aussi. Vergetures, cicatrices….
4. Je m’emploie à conjuguer les écrits de Marie avec ses reprises. Elle ravaudait son tablier comme elle noircissait ces carnets de ses pattes de mouche.

D’un coté elle utilisait du fil pour réparer, de l’autre, elle rapetassait les carnets du fil de sa vie… Il y a là un lien qui m’est évident. Et je n’arrive pas à le décrire. Alors je le photographie…

Peut-être le verras-tu.

http://lumieredujour.fr               cbalg@free.fr                 ©CBàlG

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