Adrien de Montgolfier : un homme aux vies multiples

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois nous ignorons l’existence. La compilation de toutes ses histoires est dans un seul livre… »CHRONIQUES STEPHANOISES ».

La rue Montgolfier unit la rue Rouget de Lisle à la Grand rue, en traversant la rue Balaÿ, tout près des ponts de Carnot. Pourtant, elle n’honore pas l’homme que nous allons évoquer aujourd’hui. Elle a été baptisée de ce nom en 1900, en l’honneur des frères Joseph et Etienne de Montgolfier qui firent s’élever le premier ballon à air chaud (la montgolfière) le 4 juin 1783 devant l’assemblée des Etats du Vivarais, à Annonay.

Il n’est cependant pas sans lien avec ces illustres personnages puisqu’il en est un lointain descendant. Pierre Louis Adrien de Montgolfier voit le jour aux Ardillats dans le Rhône, le 6 novembre 1831. Son père, Achille de Montgolfier, était directeur de la société qui avait réalisé la rue Impériale à Lyon (actuelle rue de la République). Fidèle aux traditions de sa famille, il avait créé, à son tour, des usines de papeteries dans la Drôme, aux environs de Saint-Vallier. Contrairement à ses illustres ancêtres, ce n’est pas vers l’industrie qu’Adrien se tourne, mais vers les travaux publics. Après de brillantes études au lycée de Lyon et à l’école Polytechnique (1851-1853), dont il sort huitième, il fait les Ponts et Chaussées. Ingénieur dans la Drôme (1856) puis à Saint-Étienne en 1861, il dirige les travaux de l’aqueduc pour l’approvisionnement en eau de la ville et la construction du barrage du Gouffre d’Enfer, un des premiers barrage-poids réalisé en Europe, inauguré en 1866.

Il réalise ensuite le barrage de la Rive à Saint-Chamond (1870) alors qu’il vient de passer ingénieur de première classe. En 1858, il s’enracine définitivement dans la région, en épousant la fille de Claude Verpilleux. Ce dernier fait figure d’exemple d’ascension sociale, puisqu’il commença comme ouvrier mineur et finit sa vie à la tête une prospère entreprise de mécanique.

Ensuite, la carrière d’Adrien prend un tour politique. Elu à l’Assemblée nationale en février 1871, il siège à droite avec les monarchistes, vote le renversement de Thiers (24 mai 1873), soutient le gouvernement du duc de Broglie et vote contre l’amendement Wallon qui établit définitivement la république.

Une fois la République solidement installée, il va se consacrer entièrement à l’industrie. La sidérurgie de la région stéphanoise est alors en crise. L’avantage qu’elle avait longtemps possédé par la précocité de la voie ferrée avait été perdu par la constitution de grands réseaux sous le Second Empire et la compagnie  PLM imposait des tarifs très élevés qui renchérissaient le coût de la production locale.

Les établissements étaient obligés de faire venir le minerai de loin, d’Algérie, d’Espagne ou de Suède. L’événement décisif va être la découverte du procédé Thomas-Gilchristen 1878 : il permet d’obtenir des fontes destinées à la fabrication de l’acier avec des minerais de médiocre qualité, ce qui va donner un grand intérêt à la minette de Lorraine, qui est très médiocre mais abondante et d’extraction facile. L’Est, avant tout la Meurthe-et-Moselle, va devenir le principal foyer sidérurgique aux dépens de la Loire.

Les Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de la Marine, très importante société fondée par Petin et Gaudet sous le Second Empire se trouve en difficulté. Adrien de Montgolfier en devient le directeur général en juin 1874. Il va réussir à sauver l’entreprise par la reconversion des sites historiques de la vallée du Gier et par la délocalisation d’une partie de la production sur de nouveaux sites. Les usines de la Loire vont de leur côté renforcer leur spécialisation dans l’armement. Saint-Chamond conserve les produits de qualité : lingots de toute dimension, moulages en fonte ou en acier ; tôles en acier pour coques, chaudières, constructions métalliques ; canons et affûts de tout calibre.

Décoré de la légion d’honneur en 1902, il préside pendant 20 ans la Chambre de Commerce. En 1908, un journal stéphanois le présente en 1908 comme « l’émule des Schneider, le rival heureux des Krupp et des Armstrong (…) la grande personnalité, en un mot, de la métallurgie européenne ». 

Adrien de Montgolfier prononce un discours mémorable à l’occasion de la visite du président de la République, Félix Faure, à Saint-Étienne en 1898, véritable hymne à sa région d’adoption :

« Quelle région dans notre pays de France serait plus que la nôtre, digne de votre sollicitude ? Dans laquelle trouverait-on plus de forces vives accumulées, plus d’intelligence et d’imagination dépensées, plus de difficultés vaincues, plus de résultats obtenus ? C’est ici qu’a été construit le premier chemin de fer, qu’a été édifié le premier haut fourneau et fondu le premier lingot d’acier. C’est ici qu’ont été forgés les premiers blindages et les premiers canons à grande puissance, qu’ont été laminés les premiers bandages sans soudure et fabriqués les premiers obus capables de percer les cuirasses des navires. C’est ici que le premier four Siemens pour la verrerie a été édifié. Enfin, c’est la cité même où nous sommes qui a été le berceau de l’armurerie de guerre et de chasse. »

Il décède à Saint-Chamond le 23 janvier 1913

Pour en savoir plus : http://clio.ish-lyon.cnrs.fr/patrons/AC000000207/AC000000207Doc1547.pdf

 

Partager cet article :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *