Ca turbine pour Benoit Fourneyron

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois nous ignorons l’existence. La compilation de toutes ses histoires sera disponible en Septembre dans un seul livre…

La place Fourneyron est située  à égale distance de la gare de Chateaucreux et de la place du Peuple. Elle est ainsi au centre de l’axe crée au début du vingtième siècle pour relier la gare au centre ville. Fait assez rare, elle a reçu le nom de Benoit Fourneyron, un mois après son décès (le 20 août 1867).  C’est à la demande de Frédéric Dorian[1]que cette attribution se fit. Il ne pouvait y avoir meilleur emplacement pour cet homme qui appartient à la lignée des industriels et ingénieurs dont l’action a façonné la Saint-Etienne industrielle. Il est né à St-Etienne le 1er novembre 1802 dans une vieille famille de la Loire, d’un père géomètre. Les traditions de famille préparaient le jeune Benoit aux sciences mathématiques qui ont tracé sa carrière.

Depuis 1816, Saint-Etienne est dotée de « l’école des mineurs »[2]. Mais, à sa sortie du collège, Benoit doit demander une dérogation puisque l’âge minimum requis pour entrer à l’école est de quinze ans. Il y entre le 15 octobre 1817 et en sort deuxième en 1819.

Ses camarades d’études disaient de lui qu’il « était né dans une boussole et savait lever les plans en venant au monde ».Ce brillant ingénieur civil entre au service des mines du Creusot. Le directeur de l’Ecole des mines, Louis Antoine Beaunier lui confie l’avant-projet de la ligne de chemin de fer St-Étienne-Andrézieux, première ligne de chemin de fer français. En 1821, la société́ des forges de Pourtalès le charge d’installer à Pont-sur-l’Ognon (Hte-Saône) la fabrication de la tôle et du fer blanc par la méthode anglaise.

Ces usines reçoivent leur énergie de roues hydrauliques à rendement médiocre. Fourneyron avait été l’élève de Burdin, qui s’était efforcé de réaliser ce qu’il appelait des turbines, c’est-à-dire des roues hydrauliques immergées tournant autour d’un axe horizontal, vertical ou incliné en produisant le maximum d’effet de l’eau. En 1827, Fourneyron présente une première turbine hydraulique d’essai de six  chevaux de puissance sous une chute de 1,40 m, puis augmente la puissance jusqu’à 50 chevaux. Son professeur lui écrit : « Au moins si je n’ai pas fait de bonnes machines, j’aurai fait un bon machiniste ».Un maître de forges du Jura lui en commande alors deux et témoigne de leur efficacité́.

Le succès est en marche. L’industrie naissante a besoin d’énergie, Fourneyron lui offre ce qu’elle demande. La même année, il est couronné par l’Académie des Sciences. Il obtient en 1834 6000 francs-or de prix accordés par la Société d’encouragement à l’industrie nationale. En 1835, il met au point la turbine de haute chute (108 m) pour actionner des machines à tisser et est un des premiers à maitriser la « houille blanche ».

La turbine fait aussitôt le tour du monde et est adoptée en Amérique et en Europe qui, en pleine révolution industrielle, ont besoin d’énergie. Vers 1827, il fixe d’abord son bureau d’études à Besançon puis en 1836, à Niederbronn sans doute pour Dietrich et enfin en 1838 à Paris, rue de Trévise. Il part installer des turbines à Augsbourg. Il est reçu avec tous les honneurs à Munich, rencontre Metternich à Vienne, monte des filatures à Trieste, Venise et Milan. En 1850, il décide de créer sa propre usine pour faire des expériences et construire des machines, des moteurs hydrauliques ou des machines à vapeur et choisit la ville du Chambon-Feugerolles pour s’installer. Il aménage la chute d’eau sur les bords de la Valchérie en laboratoire d’essais puis adjoint une petite fonderie et un atelier d’usinage. Il confie l’usine à ses deux neveux.

Il ne se désintéresse pas de la vie politique, puisqu’il prend la défense, en pleine augmentation de la production minière, des petits propriétaires de mine contre la Compagnie des Mines de la Loire. D’esprit libéral, saint-simonien, rallié à la IIe République après février 1848, il est député républicain à l’Assemblée Constituante pour le département de la Loire. Il ne peut se faire élire en 1863 contre le candidat officiel. Nommé commissaire à l’exposition universelle de Paris en 1867, il abandonne vite ses fonctions pour cause de maladie. Il meurt à Paris le 8 juillet 1867 en laissant une partie de sa fortune aux pauvres.

 

Pour en savoir plus : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6353497x.texteImage

 

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