Rendez-vous avec Laurence Hugues

C’est dans le charmant village de Cervières juste à coté de Noirètable que j’ai fait la connaissance de Laurence Hugues. Cette élue Parisienne au cœur vert, sera présente à la fête du livre de Saint-Etienne en Octobre, une rencontre à ne pas rater.

Intrigué par le format du livre qu’elle présentait, j’ai saisie l’occasion d’en savoir plus en l’interrogeant pour la chaine Youtube…

Pas vu Maurice. Chroniques de l’infraordinaire, c’est à partir de carnets retrouvés dans une maison abandonnée, Pas vu Maurice raconte la vie quotidienne d’un hameau du Haut-Forez. Laurence Hugues a souhaité donner à entendre cette voix qui s’est tue : elle propose une écriture à deux voix, deux portraits de femmes, au tournant du millénaire, dans un même lieu mais avec des vies bien différentes.

À partir de petits carnets oubliés dans une maison abandonnée, Pas vu Maurice raconte la vie quotidienne d’un hameau du Haut-Forez dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, à 900 m d’altitude. Une histoire rurale disparue. Ces carnets, une quinzaine, de 1997 à 2000, ont été retrouvés parmi les matelas éventrés, les empilements de journaux et les bocaux de haricots périmés par le nouveau propriétaire de la maison, Claude Benoit à la Guillaume, photographe. Il les a montrés à sa plus proche voisine qui a bien connu la personne qui les remplissait. En découvrant et ouvrant ces carnets, Laurence Hugues a souhaité donner à entendre cette voix qui s’est tue.

Elle a entrepris de transcrire ces textes de listes, très contemporains dans leur style, leur énoncé, leur répétition, sans affect même lorsque des morts surviennent et de les reprendre dans sa propre écriture, au sens de repriser, comme on répare un tissu.

Le récit repose sur une part d’histoire de vie. Marie, paysanne, consigne son univers quotidien dans ces petits agendas recyclés en carnet de bord dans une écriture de plus en plus serrée au fil des années qui passent et la solitude qui s’installe chez elle. Elle y inscrit les travaux et les jours, les visites du neveu, Maurice (tel jour  » vu « , tel autre  » pas vu « ), le nombre de bocaux de confiture ou de haricots, le temps qu’il fait. Les notes se répètent à chaque saison, presque à l’identique, comme ces tâches répétées tout au long de sa vie et de la vie du hameau.
Cette vie rurale disparue, ou presque, a aussi sa noblesse et de nombreuses vertus. Ténacité, frugalité, accord avec les saisons… un sens du travail en commun, de la communauté, même.

À la lecture de ces chroniques de la vie ordinaire (infraordinaire aurait dit Georges Perec), Laurence Hugues a puisé dans ses souvenirs les motifs listés de la corvée de patates, la mise à mort du cochon, les slips qui battent au vent.
Autour d’extraits des carnets elle propose une écriture à deux voix des moments de la vie de deux femmes, à des années de distance.

Le photographe, de son côté, a documenté par l’image les carnets. Son travail, en contrepoint des écritures mêlées, donne à voir de très belles photographies au plus près du matériau même des agendas et des objets de l’univers de Marie.

Dans l’imbrication d’une approche intime, documentaire mais aussi littéraire et artistique, se dessinent en creux deux portraits de femmes, au tournant du millénaire, dans un même lieu mais avec des vies bien différentes. C’est aussi une manière très concrète d’évoquer la désertification des villages. Mais ce double témoignage n’a pas seulement caractère d’archive. Il peut faire écho chez celles et ceux qui aujourd’hui sont tentés par une vie plus simple, plus sobre, loin des grands centres urbains.

Les photos du carnet sont de Claude BENOIT à la GUILLAUME

l’entretien vidéo est ici…

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2 thoughts on “Rendez-vous avec Laurence Hugues

  1. Bonjour Mr Gilles Charles,
    J’ai lu et écouté avec un grand intérêt votre article/vidéo sur Laurence Hugues et le Festival des Arts de Cervières.
    Il se trouve que le vendredi 23 août 2019, Laurence participera à notre 9ème festival des insectes avec une lecture de « Pas vu Maurice » et de l’histoire de cette femme du Haut Forez, Marie. En 2ème partie, nous aurons le récital de Riton la Manivelle. Notre festival aura lieu du 22 au 24 août 2019 à la cité de l’abeille à Viscomtat sur la terre. Par ailleurs, un peu dans le style de « Pas vu Maurice », nous avons une exposition photographique qui s’intitule « Le paysan magnifique » à l’Espace touristique du Pont de Celles à Celles sur Durolle, vers midi je vais essayer de vous envoyer par mail différentes informations.
    Bonne journée,
    Alain Benoit à la Guillaume
    La cité de l’abeille
    63250 Viscomtat sur la terre
    04 73 51 91 13 & 06 30 82 20 05
    http://www.lacitedelabeille.fr

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