Jof Brigandet explore encore une fois les obsessions masculines.

Plus provocateur que jamais, il démontre à travers les histoires de deux couples, à quel point il est illusoire de prétendre comprendre les femmes et quel danger cela représente de vouloir s’y essayer.

L’auteur nous livre deux textes où les quotidiens de Case, l’écrivain et de Jean, le professeur de dessin à la retraite, effrayants tant ils nous sont proches, deviennent des théâtres burlesques aux acteurs éperdus.

Jof Brigandet, en janvier 2019 sortira votre troisième livre aux éditions du Caïman ?
Il s’agit du second en fait, le précédent était la participation à un ouvrage collectif.


De quoi parle-t-il ?
Il parle de cette période difficile que tous les hommes traversent aux abords de la cinquantaine, mais aussi de cet égoïsme de fond envers nos compagnes.


Deux sujets donc ?
Ce livre est l’exemple type de la difficulté qu’ont parfois les écrivains à maitriser leur pensées. Au départ on souhaite parler d’un sujet précis et on s’aperçoit au final qu’on en a developpé un second, souvent avec bien plus de lucidité que le premier.


Il s’agit d’un recueil de romans ?
J’ai trouvé interressant de traiter des mêmes choses dans deux histoires en apparence très différentes, mais qui évoquent les mêmes difficultés à percevoir les fragilités, les blessures de nos compagnes, leurs forces et leur volonté qu’on à toujours tendance à sous-estimer, et puis, cette période typiquement masculine que nous avons généralement du mal à vivre.


La crise de la cinquantaine ?
C’est ça, il paraît que c’est purement hormonal d’ailleurs.


Cela vous concerne en fait ?

Merci de me le rappeler, mais oui et j’en suis heureux. En écrivant ce livre j’ai réalisé que c’était presque le passage obligé pour accèder à une certaine sérénité. Un jour l’apaisement est là et on s’aperçoit qu’il n’est jamais trop tard pour se contenter de sa vie. C’est la naissance d’une certaine sagesse en quelque sorte.


Ce n’est donc pas un livre pour les femmes ?
Bien au contraire, mais je pense qu’elles en auront une tout autre lecture, plus bienveillante, plus lucide. Je crois même que contrairement aux lecteurs masculins elles trouveront ça plutôt drôle de regarder ces sales gosses qu’elles connaissent parfaitement, se battre obsessionellement contre le temps qui passe et un bilan de vie que de toute façon nous ne trouvons jamais satisfaisant.


Qu’y a t-il vraiment de vous dans ce recueil ?
Mon rapport à l’écriture et au monde de l’édition dans la première novella. Ce que vit le personnage principal est vraiment très proche de mon ressenti.

Marie la sèche :
« Il leur dirait qu’ils n’avaient rien à foutre là, que penser serait leur seule véritable liberté et qu’ écrire ce qu’ils auraient pensé renverrait cette liberté au mythe, qu’ils ne devaient avoir une confiance absolue que dans l’incohérence de leurs sentiments, que la créativité se mesure à la détestation des règles et de tout ce qui a déjà été écrit, qu’elle ne doit être qu’une question qui amène d’autres questions, que s’il leur venait l’envie de se torcher le cul avec la page de garde de leur manuscrit avant de l’envoyer à un éditeur, ou de se branler entre les pages, il fallait le faire… Alors peut-être, sur dix mille aspirants à la littérature en sortirait un écrivain, mais plutôt, il fallait l’admettre, dix mille clampins qui au mieux travailleraient dans l’édition. »

Fort Élisabeth :
« Adepte du « après tout que l’humain se démerde avec ses conneries », Jean assumait volontiers d’être un contestataire qui intériorisait, d’abord parce que c’est moins dangereux et aussi beaucoup plus drôle. La confiance que l’on pouvait avoir dans sa propre expression orale ne cessait de l’étonner, sans doute se rapprochait-elle d’une certaine création artistique car elle s’apparentait à pisser bien au centre de la cuvette comme seuls le font les vrais poètes, démontrant ainsi qu’ils sont capables de créer une certaine musicalité en toutes circonstances. »

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