Sur les traces des rubaniers stéphanois

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois par manque de culture nous ignorons l’existence…

La rubanerie a longtemps représenté une des industries majeures de la région stéphanoise. Les métiers mécaniques sont introduits après 1772 à Saint-Étienne qui va devenir un important pôle de fabrication du ruban de soie. Après la période de la Révolution Française et de l’Empire, l’industrie du ruban connaît un essor très important, et entre 1815 à 1856, c’est l’âge d’or pour le ruban stéphanois. En effet, la ville réussit à adapter la mécanique Jacquard au métier de ruban. L’avantage de cette innovation technique de l’époque était de produire une plus grande variété de rubans. A la veille de la Première Guerre mondiale, la rubanerie occupait 30 000 personnes et faisait vivre, avec les industries annexes, plus de 80 000 personnes autour de Saint-Étienne. Au-delà de l’économie, les rubaniers ont durablement marqué l’espace urbain stéphanois. Suivons leurs traces, en découvrant quelques immeubles remarquables.

Le premier, on le doit à Alexandre,Louis, Marie, Colcombet. Alexandre est un personnage d’importance. Il est  un des descendants de François Colcombet crée son entreprise rubanière à Saint-Étienne, en 1804.  Lors des expositions universelles de 1834 et 1855, la maison Colcombet remporte des médailles pour la qualité de ses rubans. En 1894, afin de montrer la puissance de l’entreprise, Alexandre Colcombet décide d’implanter une usine en ville. Il demande à l’architecte Léon Lamaizière de dessiner les plans d’un bâtiment approprié pour le négoce du ruban. La nouvelle « recette » sera édifiée rue de la Résistance. Caractéristique de l’architecture industrielle, ce bâtiment comporte de très nombreuses fenêtres à menuiseries métalliques permettant de loger un maximum d’ouvrières, dont la journée était rythmée par l’horloge qui ornait le fronton.

Afin de séparer employés et personnel de direction, deux entrées ont été prévues.  Une façade donne sur le 8, de l       a place de l’Hôtel de Ville et une autre sur le 19 rue de la Résistance (alors rue de la Bourse). Le sous-sol accueillait un atelier de cylindrage, (opération qui consiste à faire passer une étoffe entre deux cylindres). Lorsqu’on franchit l’entrée de la place de l’hôtel de ville, on débouche sur une cour d’honneur dominée par un escalier à double volée avec perron.

A l’époque de la construction, il était visible car le bâtiment, qui le masque aujourd’hui, ne dépassait pas deux niveaux. Il a été remplacé en 1914 par un immeuble de quatre étages (8 place de l’Hôtel-de-Ville) qui en masque désormais la vue. Faisons maintenant quelques pas et dirigeons nous vers la place Dorian.

A l’angle des deux places, se trouve un autre immeuble hérité de la famille Colcombet. Il s’agit de l’immeuble dit du « Grand Cercle ». Construit en 1840, cet édifice, œuvre de l’architecte lyonnais Jean Amédée Savoye, est commandé par André Colcombet, négociant en rubans. La hauteur du bâtiment, la composition de la façade, les matériaux utilisés, mais surtout l’emplacement, face à l’Hôtel de Ville, symbolisent la réussite économique de cette famille d’importants notables stéphanois. L’étage noble, le premier, a longtemps été́ occupé par le « Grand Cercle » où se réunissait l’élite stéphanoise.

De somptueuses peintures allégoriques de style « Second Empire » ornent le dessus des portes et les encadrements des miroirs du salon. Faisons encore quelques pas et retrouvons-nous face au 11 de la rue de la République.

La rue de la République apparaît dans les premières esquisses du développement de la ville, notamment sur les plans de 1801. Projetée en 1824 dans ses proportions actuelles, elle est ouverte à la circulation en 1828. La création de cette nouvelle voie autorisa “l’assainissement physique et moral” des quartiers anciens surpeuplés où régnait la misère. Elle permit entre autre d’ouvrir la colline du Crêt de Roc à la population des passementiers et de créer une dynamique urbaine autour de ce quartier neuf qui devient industriel et résidentiel à la fois, jouissant de la proximité de la gare de Saint-Etienne Châteaucreux. La construction,  du 11 rue de la République,  est caractéristique de l’immeuble à cour stéphanois.

Il est composé de quatre corps de bâtiments généralement de même hauteur (4 niveaux) articulés autour d’une cour. Le corps principal est situé en bordure de rue sur toute la largeur de la parcelle et sur une profondeur allant de 15 à 18 mètres. Les cages d’escaliers relient les deux ailes latérales au bâtiment sur rue et celui au fond de la cour. La percée au rez-de-chaussée est une caractéristique de ces bâtiments. Le porche permet la liaison de la rue et de la cour ; il permet également l’accès aux niveaux puisqu’il dessert souvent la cage d’escaliers du bâtiment principal.

Mais, les rubaniers nous ont laissé bien d’autres constructions. Amusez-vous à les repérer sur les collines du Crêt-de-Roch ou de la Vivaraize.

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