Jardins familiaux stéphanois : la campagne à la ville

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois par manque de culture nous ignorons l’existence…

Le célèbre humoriste Alphonse Allais disait : «  On devrait construire les villes à la campagne car l’air y est plus pur ! ». Les jardins familiaux prennent le contre-pied de ce conseil puisqu’ils apportent un air de campagne à l’intérieur de la ville. A Saint-Etienne, Du Bois d’Avaize, en passant par la Croix de Mission, jusqu’à Bel Air, plus de 1300 jardiniers veillent sur des parcelles de  200 m2. A l’heure où manger bio et local devient tendance, leur création par le père Volpette, en 1895, trouve un regain de modernité.

 

Félix Volpette naît le 2 octobre 1856 dans le Puy-de-Dôme. Ses parents étaient des cultivateurs aisés de Saint-Rémy-de-Chargnat. Elève au collège de Billom, il effectue ensuite son noviciat chez les Jésuites de Clermont. Il est ordonné prêtre en 1885. Après avoir découvert les dures réalités des villes industrielles à Mold au fin fond du Pays de Galles, il est nommé, en 1890, Père spirituel au célèbre collège Saint Michel en même temps que prédicateur dominical. Dans ces années-là, une crise de surproduction frappe durement tous les secteurs. Le chômage augmente brutalement et la misère frappe les classes ouvrières.

Chaque jour, de violentes manifestations ont lieu dans différents quartiers. C’est à cette époque que l’Eglise prend conscience de la condition ouvrière et que se développe la doctrine du « Catholicisme social ». Il s’agit également, pour l’Eglise, de damner le pion aux doctrines « socialisantes », qui trouvent un écho grandissant dans la classe ouvrière. Volpette visite les taudis, réconforte.

Des cortèges de miséreux viennent frapper à  la porte du collège Saint Michel. Il prend alors connaissance de l’initiative de madame Hervieux  qui a créé les premiers jardins ouvriers à Sedan. En 1895, le premier pas est franchi. A l’ouest de la ville, au-dessus de la gare du Clapier et de la mine Chatelus, il loue pour 200 francs un premier champ de 14.000 m2, auquel s’ajoute une nouvelle parcelle de 6.000 m2, louée en 1896, pour arriver à 2 hectares : ce fut le champ Sainte-Marie, « le berceau de l’oeuvre.» En cas d’échec, le propriétaire, un fermier, promet même de reprendre le terrain. Utilisant le principe qu’un terrain de 400 m2 peut nourrir une famille de six personnes en légumes et pommes de terre, le Père Volpette partage donc le terrain en trente lots. Fin 1898, 18 hectares permettent à  400 familles de cultiver 410 jardins.

Cette même année, Mme de Rochetaillée offre dans le quartier du Soleil près de 13 000 mètres carrés. Le champ est baptisé Saint-Camille, en hommage au Baron de Rochetaillée, son époux décédé. En 1907, 4000 ouvriers se partagent 700 jardins. En septembre 1922, à la mort du Père Volpette, ils étaient deux fois plus nombreux. Entre 1945 et 1975, le nombre de jardins décroît et à la mort du père Thoisy, le 24 avril 1975, l’association compte 2 500 jardins.

Le Père Richard prend la relève puis le Père André Fournier qui fut le dernier religieux à la tête de l’association (1998). A côté de l’association des Jardins Volpette s’est créé, en 1919, La Fédération des Associations des Jardins Ouvriers et Familiaux de la Loire. (F.A.J.O.F). La naissance des jardins Volpette s’est faite dans le terreau chrétien. La F.A.J.O.F, dès ses origines, s’affirme non-confessionnelle. D’autre part, elle ne concerne pas uniquement Saint-Etienne. Elle gère des terrains dans tout le bassin stéphanois (St Genest-Lerpt, Terrenoire, Roche-la-Molière…).

Des points communs rapprochent cependant les Volpette et la Fédération: les effectifs, le nombre de sections et les surfaces cultivées sont à peu près semblables. Le but principal est le même: mettre une parcelle de terrain à disposition d’une famille ou d’un particulier. Elles mettent en avant toutes deux l’esprit de convivialité et d’entraide qui anime les jardiniers. La pratique du jardinage permet de créer du lien social en gommant les inégalités. Qu’on soit ouvrier ou cadre, tout le monde quitte sa casquette quand il vient jardiner ! Les gens parlent le même langage, celui du jardinage !

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