Ravachol le bandit anarchiste (seconde partie)

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois par manque de culture nous ignorons l’existence, aujourd’hui c’est un couramiaud…

Nous avons laissé Ravachol chez les Chaumartin à Saint-Denis. Il se nomme désormais Léon Léger et mitonne dans ses « marmites »ce qu’il appelle « la mort aux rats pour bourgeois ». Il y a en effet des choses qui le révoltent, comme la répression destinée aux communards, qui dure depuis l’insurrection de la Commune de Paris de 1871, mais aussi deux évènements : l’affaire de Fourmies et l’affaire de Clichy. Le 1er mai 1891, à Fourmies, une manifestation se déroule pour obtenir les journées de travail de huit heures. Des affrontements ont lieu, les agents de la Police tirent sur la foule, causant la mort de neuf personnes, dont des femmes et des enfants, parmi les manifestants. Et le même jour, à Clichy, dans un défilé où prennent part des anarchistes, des incidents graves éclatent, et trois anarchistes, Decamps, Dardare, et Léveillé, sont amenés au commissariat. Ils y sont interrogés, et violentés avec coups et blessures. Un procès s’ensuit, où ce sont eux trois qui sont accusés d’avoir tiré sur des policiers !

Deux des trois anarchistes sont condamnés à des peines de prison ferme. Cette affaire a beaucoup ébranlé les milieux libertaires. Pour venger les compagnons anarchistes condamnés, Ravachol songe d’abord, avec ses amis, à faire sauter le commissariat de Clichy et le 7 mars 1892, les voilà qui emportent une marmite chargée d’une cinquantaine de cartouches de dynamite et de débris de fer en guise de mitraille ; mais le projet avorte en raison des difficultés d’approche. Ils décident alors de s’attaquer, le 11 mars, au conseiller Benoît qui présida les assises lors de la condamnation de Decamps et Dardare. Ce juge Benoît habite au 136, boulevard Saint Germain à Paris. Ravachol dépose la marmite au 2ème étage et allume la mèche. La projection de mitraille fit d’effrayants ravages, mais il n’y eut toutefois qu’un seul blessé. Le 13 mars, Ravachol et ses compagnons envisagent un nouvel attentat, cette fois contre l’avocat général Bulot. Ravachol et Charles Simon se chargent de préparer une nouvelle bombe, composée de 120 cartouches de dynamite. Le 15 mars, une bombe explose à la caserne Lobau. Si cet attentat organisé par Théodule Meunier n’est pas lié à Ravachol, la police est sur les dents.

Elle diffuse le signalement de Ravachol à la presse et insiste sur la cicatrice qu’il porte à la main gauche :

« Taille 1 m 66, envergure 1 m 78, maigre, cheveux et sourcils châtains foncés, barbe châtain foncé, teint jaunâtre, visage osseux, nez assez long, figure allongée, front bombé et assez large, aspect maladifSignes particuliers : cicatrice ronde à la main gauche, au bas de l’index, près du pouce ; deux grains de beauté sur le corps : un sur la poitrine gauche, un sous l’épaule gauche ». La police sur les dents finit par arrêter Chaumartin et Simon Charles, et d’autres complices de Ravachol, le 17 mars. Quant à Ravachol, il put déménager à temps et alla habiter Saint-Mandé. Il réplique alors le 27 mars en faisant sauter l’immeuble du substitut Bulot, le procureur qui avait requis la peine de mort au cours de ce même procès, demeurant au 39, rue de Clichy. Ravachol abandonne sur le palier une valise contenant un engin qu’il bourre de 120 cartouches de dynamite. Une détonation effrayante retentit et l’immeuble fut ravagé jusqu’en ses fondements. Par miracle, il n’y eut que sept blessés et des dégâts considérables. La presse donne de larges échos de son signalement, le nom de Ravachol et sa photo sont désormais connus de tous. Après l’attentat, Ravachol prend l’omnibus Batignolles-Jardin des plantes pour constater les dégâts causés par la bombe. Mais le transport en commun est détourné de son trajet habituel et Ravachol ne peut rien voir. Vers 11 heures, il s’arrête au restaurant Véry, situé au 24 boulevard de Magenta, et fait la connaissance de Jules Lhérot, garçon de café et beau-frère du patron. Jules Lhérot émet quelques critiques à propos du service militaire et Ravachol en profite pour lui exposer les théories anarchistes et antimilitaristes.

Il lui parle également de l’explosion qui vient d’avoir lieu. Intrigué par un homme qu’il trouve suspect, Jules Lhérot laisse néanmoins partir Ravachol. Le 30 mars 1892, Ravachol retourne au restaurant Véry. Alarmé par les propos tenus quelques jours plus tôt et reconnaissant en lui l’auteur des attentats décrit par la presse, Jules Lhérot alerte la police. Ravachol est interpellé avec difficultés par une dizaine d’agents de police. Ravachol est exécuté le 11 juillet 1892, à Montbrison, par le bourreau Louis Deibler. Il refuse l’assistance de l’aumônier et chante Le père Duchêsne en allant vers la guillotine. Ses dernières paroles sont « Vive la ré…» au moment où le couperet tombe. Le télégramme partiellement chiffré de l’annonce de l’exécution le traduit par « Vive la république !» Il semble plus juste de penser que ses dernières paroles furent « Vive la révolution ! » ou « Vive la révolution sociale !» comme le firent de nombreux anarchistes avant et après lui.

 

Pour en savoir plus : René Dumas, Ravachol, l’homme rouge de l’anarchie, Editions Le hénaff, 1981.

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