1948 : les mineurs en grève dans la Loire

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous propose aujourd’hui un retour sur la grève des mineurs en 1948. Et d’après des infos secrètes un livre avec les chroniques “les stéphanois” avancerait à grands pas.

Il y a soixante dix ans, les mineurs ligériens étaient en grève. Ils n’étaient pas les seuls, ceux du Nord et de l’Est les accompagnaient. En 1948, on est dans « l’après-guerre », cette période étrange qui suit la fin du conflit, mais durant laquelle il pèse encore sur la vie quotidienne. Les dégâts causés par la guerre sont encore bien visibles. Les restrictions sont encore présentes (nourriture, matières premières, médicaments).  

Les conditions de vie, en particulier de logement, demeurent mauvaises. L’opinion publique, qui attendait une amélioration immédiate à la cessation des combats s’impatiente. Déjà en 1947, d’importants mouvements sociaux avaient eu lieu dans le département. Alors que les prix augmentent et qu’un profond mécontentement s’est manifesté dans les puits et les services durant toute l’année 1947, le ministre Robert Lacoste met le feu aux poudres en publiant en septembre 48 plusieurs décrets qui remettent en cause leur statut. Un d’entre eux stipule que la gestion du risque Accidents du Travail et Maladies Professionnelles soit remise aux Houillères, alors que deux ans plus tôt elle avait été placée, une vieille revendication syndicale enfin exaucée, entre les mains des Sociétés de Secours Minières, créant ainsi la Sécurité Sociale Minière.

Le 4 octobre 1948, la grève est totale dans les houillères, 340 000 mineurs sont en grève. Dans la Loire, les choses s’enveniment à  compter du 18 quand les forces de police occupent les puits. A La Béraudière, les mineurs mettent en fuite les CRS et réoccupent leurs puits. Le lendemain, à Saint-Etienne, Carmaux et Decazeville, les grévistes empêchent les forces de police d’occuper leurs puits. Le 20 octobre, une bataille rangée oppose forces de l’ordre et mineurs durant plusieurs heures à  Firminy et La Ricamarie. Le puits de La Béraudière est inondé. Le 21, la police ouvre le feu,  Antonin Barbier est tué. Un autre mineur est grièvement blessé. Il devait décéder plus tard des suites de ses blessures. Le 25 octobre, 30 000 personnes assistent aux obsèques d’Antonin Barbier à  Firminy. Le lendemain, la grève est générale à  Saint-Etienne.

La ville est privée de transports. La CFTC et CGT-FO appellent à  la reprise du travail. Celle-ci débute  dans la Loire fin octobre malgré le syndicat CFTC de La Ricamarie, qui parle de « trahison »,et la CGT qui poursuivra encore le mouvement plusieurs semaines. Le 28 octobre, le maire communiste de Firminy, Marcel Combes, est révoqué. Au 3 novembre, on compte près de 800 arrestations au cours des opérations de dégagement des puits, tous bassins confondus. Le 4 novembre, « L’Humanité »publie “L’Eclatante victoire des CRS”d’Aragon. Le 5 novembre, des mineurs stéphanois sont condamnés à  des peines allant de un mois à  quatre mois de prison ferme et des amendes de 2000 à  10 000 francs. Le  20 novembre, de graves incidents se déroulent au puits de La Béraudière.

Les gendarmes ouvrent le feu, plusieurs grévistes sont blessés. Le 26 novembre, la souscription en faveur des mineurs en grève atteint 300 millions. Mais le mouvement perd de son ampleur.  Durant le mois de novembre des milliers de licenciements, des centaines d’emprisonnements, de condamnations et d’expulsions sont prononcés. Le 29 novembre, le travail reprend.

La grève a laissé un fort traumatisme dans les quartiers ouvriers où la répression a rappelé les souvenirs de l’époque de l’Occupation allemande et fait surgir les slogans suggestifs («Moch(e)- le Boche» / «“CRS-SS»).Ce traumatisme a sans doute été accentué par l’approfondissement de la division syndicale qui l’a suivie. C’est une profonde déception qui règne, une déception qui fait voler en éclat les espoirs et les attentes fortes qui avaient surgi au moment de la Libération.

 

Deux ouvrages récents sont venus nous rappeler cet épisode douloureux pour la mémoire ouvrière :

– Les mineurs stéphanois en grève : ouvrage collectif basé sur les photos de Léon Leponce, édité aux Publications de l’Université de Saint-Etienne. Plus de cent vint photographies du « Doisneau stéphanois » y sont analysés par une équipe pluridisciplinaire.

– 1948 : la grève des mineurs du bassin de la Loire : l’histoire en partage de Maurice Bedoin. 

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