Une dictée pour les stéphanois

Comme chaque année l’ami Daniel FATTORE (http://fattorius.over-blog.com/) vient de sa Suisse pour la dictée de la fête du livre. Une dictée entièrement réalisée par Daniel, qui avec la gentillesse qui le caractérise, me la faite parvenir….a vos crayons, stylos et effaceurs.

Le salon de coiffure
Il fait fort frisquet ce matin d’automne. Après avoir levé le rideau de fer de son salon de coiffure, la coiffeuse prend le temps de récapituler les rendez-vous qu’elle a notés pour ce jour dans son agenda doublé de chevreau.
Fin primaires
Les pages crème défilent avec célérité sous ses doigts manucurés jusqu’à la page qui l’intéresse et où elle retrouve son estimée clientèle. Les noms sont inscrits en lettres lilliputiennes que, tels des hiéroglyphes bien à elle, elle est seule à pouvoir déchiffrer.

Fin 6 e et 5 e
À la fin de la journée, vers dix-huit heures, elle recevra une lycéenne tout heureuse de sa prochaine teinture au henné rouge. La coiffeuse imagine la bobine ébaubie de ses parents lorsqu’ils verront les cheveux flamboyants,
coupés à la garçonne, de sa cliente : sont-ils prévenus ? Diplomate, elle choisit d’ores et déjà d’y aller mollo pour éviter les haut-le-cœur à l’heure des cannellonis vespéraux.

Fin 4 e et 3 e
Un lieutenant-colonel rhumatisant viendra pour faire réviser sa coiffure réglementaire. Mentalement, la coiffeuse aiguise ses ciseaux : il aime que ses cheveux soient coupés très court. Il lui faudra aussi, elle le sait, égaliser ses rouflaquettes poivre et sel. Et tout en savourant l’arabica qu’elle lui aura servi accompagné d’un scone, il lui contera à mi-voix les campagnes qu’il a menées : à l’entendre, il a percé tous les secrets des regs et des ergs. Cela la changera du punk féru de rhythm and blues, friand des riffs échevelés qu’il a joués sur sa guitare : alors qu’il s’est vu redresser son iroquois la semaine dernière, voilà qu’il revient pour un soin capillaire à l’huile d’argan ! Enfin, elle doit penser au rassoul, requis par une voisine oranaise.
Il y aura aussi des visites impromptues, des guiches recourbées à affiner, la minivague d’une dame à la chevelure auburn à refaire. Combien de brushings aura-t-elle réalisés durant la journée ? Combien de tignasses aura-t-elle shampouinées ? Dans ces moments, songe-t-elle avec un sourire gourmand, les effluves embaumés de monoï ou de karité envahissent le salon. Planquées derrière un quinzomadaire, les personnes qui attendent froncent le nez en papotant… Son récapitulatif accompli, elle laisse errer ses yeux sur la vitrine, qui donne sur une rue que nuls travaux publics ne troublent.

Début champions
Elle pense qu’il faudra arroser l’anthurium, les freesias, les kalanchoés et d’autres plantes crassulacées qui y vivotent. Et puis, elle devra bien, lorsqu’elle aura un peu de temps, ranger le fœhn de bakélite qui y traîne depuis les années quatre-vingt de l’autre siècle. Enfin, songe la zélatrice éminemment remarquée de l’inénarrable Figaro, tout est prêt : aujourd’hui encore, les titis mafflus à la crinière tout ébouriffée et les archiduchesses qu’il faut magnifier seront nantis d’une coiffure au poil.

Daniel FATTORE
Texte revu par Guillaume TERRIEN

On acceptera : règlementaire, ghassoul, Minivague, shampooinées, frésias, foehn, Bakélite, traine.
Références : Petit Larousse 2018, Petit Robert 2018, Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée
(C. Contant), Dictionnaire des difficultés de la langue française (A. Thomas).

 

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