Qui connait la fusillade du Brûlé ?

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois par manque de culture nous ignorons l’existence….Mais aussi des faits qui ont marqués l’Histoire Stéphanoise.

Au hameau des Maures à la Ricamarie, s’élève, depuis 1989, un monument fait de quatorze étoiles qui surmontent un enfant symbolisant l’espoir. Cette sculpture de Victor Caniato est là pour nous rappeler les événements tragiques du 16 juin 1869, quand la troupe tira sur les mineurs. L’histoire de la révolution industrielle est jalonnée de ces affrontements tragiques à armes inégales dans lesquels les soldats tirent sur des ouvriers désarmés. Les événements de la Ricamarie se déroulent au moment du Second Empire finissant.

Depuis 1864, le droit de grève est reconnu, cependant la vie est rude pour ceux qui tentent de l’exercer. En cette fin d’année 1869, un lourd climat social enveloppait le Bassin où forges et mines traversaient l’une de leurs plus grandes crises. Raison majeure de ce vent de fronde ponctué par des arrêts de travail : les salaires trop bas. Ils arrivaient à la limite extrême des besoins vitaux. Au mois de juin 1869, un mouvement de grève générale touchait l’ensemble des mines du bassin.

Les mineurs grévistes demandaient alors l’augmentation des salaires, la journée de huit heures (revendication de l’AIT) et surtout la mise en place d’une caisse de secours unique regroupant les caisses de secours des compagnies et la caisse autogérée des mineurs (La Fraternellefondée en 1866). Les Compagnies ne proposant qu’une limitation du temps de travail à  11 heures maximum et ne s’engageant en rien sur la question des salaires, la grève fut déclenchée à  Firminy le 11 juin et gagna l’Ondaine puis tout le bassin minier. Près de 20 000 mineurs cessèrent le travail.

Des affrontements eurent lieu à  Saint-Chamond, Saint-Etienne, Terrenoire,  mais c’est à  La Ricamarie, aux puits de Montrambert et de La Béraudière, qu’ils furent les plus violents. Un millier d’hommes assaillirent le puits Abraham mais ils furent repoussés. Le capitaine Gausserand qui commandait la troupe déclara que les « ouvriers se laissaient aborder par la pointe des baïonnettes et qu’ils offraient eux-mêmes leurs poitrines en disant : « Frappez si vous voulez, mais nous ne partirons pas. Nous réclamons notre droit !». Les grévistes tentent de bloquer les puits pour empêcher le départ de la moindre benne de charbon.

Ce sont les arrestations du Puits Devillaine qui mirent le feu aux poudres. Ces mineurs voulaient empêcher le chargement d’un stock de charbon destiné aux aciéries Holtzer du député Dorian. Celui-là  même que « La Fraternelle» avait appuyé dans sa course à  l’élection ! Le 16 juin  à  14 heures, un groupe constitué d’une centaine de mineurs se présente pour s’opposer à un chargement, entraînant alors l’intervention de six compagnies détachées du 4e et du 17e régiment d’infanterie.

La manœuvre d’encerclement conduite par le capitaine Gausserand aboutit à l’arrestation d’une quarantaine de mineurs. La troupe devait alors amener les captifs vers la prison de Bizillon à Saint-Étienne. Le commandant choisit de faire passer sa troupe par un chemin détourné. Deux cents soldats conduisent les prisonniers mais, très vite, une foule de grévistes grossie par les habitants des hameaux traversés (le Montcel…) s’agglutine sur leur passage et se fait pressante. C’est aux abords du puits Quentin qu’eut lieu la fusillade, vers le hameau du Brûlé où le chemin était encaissé entre deux talus de trois à  quatre mètres. Après avoir ouvert le feu, sans ordre ni sommation, les soldats sortirent de la tranchée, poursuivirent la population terrifiée et achevèrent les blessés à coups de baïonnettes.

La fusillade fit quatorze morts (dont un bébé de dix-sept mois) et de nombreux blessés graves, tous civils. Lors du jugement, rendu le 7 août de la même année, soixante-deux condamnations à la prison ferme tomberont pour les mineurs et leurs proches, allant de quinze jours à quinze mois, mais tous seront amnistiés le 15 août par ordonnance impériale. Aucune charge ne sera retenue en revanche contre les soldats et le capitaine Gausserand, responsable des opérations, sera même décoré solennellement. On a parlé longtemps du Brûlé. Lorsque le 3 mai 1891 la chambre des Députés fut secouée par l’affaire de la fusillade de Fourmies qui, deux jours auparavant, avait causé la mort de neuf grévistes (dont quatre jeunes femmes et un enfant), le socialiste Dumay invectiva le ministre de l’Intérieur Constans : ” Vous porterez toute votre vie le stigmate de Fourmies, comme l’Empire porte le stigmate de La Ricamarie.” Il se dit aussi que Zola s’est inspiré de la fusillade du Brûlé pour écrire celle de Germinal.

 

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Commentaires

    Marie

    (24 octobre 2018 - 6:49 )

    Le monument se situe au carrefour entre la route de Caintin et la rue Sadi-Carnot. Depuis quelques années il y a une commémoration sur place le 16 juin.

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