Michel Rondet : Père du syndicalisme minier

La rue Michel Rondet est bien connue des Stéphanois, puisqu’elle a accueilli longtemps la Cafétéria Casino, installée à la place de l’épicerie, à l’origine du groupe qui porte le même nom ( voir http://www.gillescharles.fr/2017/10/15/qui-se-souvient-de-la-cafet-rue-michel-rondet/).

Le personnage, qui a donné son nom à la rue, est aujourd’hui un peu plus méconnu. Pourtant, il est un des pères des organisations de mineurs à la fin du XIXème siècle. Sur la place qui porte son nom, devant la mairie de La Ricamarie, trône une statue de Michel Rondet. L’histoire de cette statue montre bien la place qu’a occupée Michel Rondet dans le syndicalisme minier. Commandée en 1909 par la Fédération C.G.T. des mineurs, et payée par souscription de 4800 F auprès des mineurs, cette statue fut l’oeuvre du sculpteur Joseph Lamberton, installé à Saint-Etienne.

D’abord refusée par la Municipalité (sous contrôle de la Compagnie des Mines), elle fut installée discrètement en 1913 à l’écart du centre, dans une zone insalubre. Elle ne prit sa place actuelle devant la Mairie qu’avec son inauguration officielle en 1923. Car, Michel Rondet est né dans la commune voisine du Chambon-Feugerolles, le 17 aout 1841. A 14 ans, il commence à travailler comme ouvrier aux mines, suivant en cela l’exemple de son père et de ses frères. Il épouse le 28 mai 1862, à la Ricamarie Francine Peyron dévideuse, vivant chez ses parents au lieu-dit Le Brûlé. Ils auront 8 enfants. S’il fait baptiser ses trois premiers enfants, il prend ses distances avec l’Église devant la collusion du clergé avec la compagnie des Mines.

Il est convaincu que l’amélioration du sort des mineurs ne peut venir que de leur action. Il est l’un des fondateurs de la « Fraternelle »(1866), société de prévoyance des ouvriers mineurs, dont il devient le vice-président à 25 ans. La Compagnie de Montrambert saisit le premier prétexte pour le licencier en janvier 1868. Il doit trouver un moyen d’existence et devient épicier à La Ricamarie. En 1869, il se trouve sur les lieux de la fusillade du « brûlé ».

Il est dénoncé comme responsable de la tuerie, condamné à sept mois puis gracié. Les événements s’enchainent.  En 1871, dans le sillage de la proclamation de la commune de Paris, l’insurrection stéphanoise se déclenche le 24 mars, aboutissant à une fusillade aux cours de laquelle le préfet Henri de L’Espée trouve la mort. Bien qu’il ait tenté de jouer les médiateurs entre les insurgés et les autorités, Michel Rondet est condamné à sept ans de prison. Malgré son passé, il parvient à retrouver une place de mineur dans la compagnie de  Beaubrun (1877-1881) mais il est renvoyé une nouvelle fois pour action syndicale. Il ne retournera pas au fond de la mine.

Il est élu secrétaire général du syndicat des mineurs de la Loire le 23 décembre 1881 et se voit octroyer un salaire de 150 francs. Permanent, il va s’imposer comme le trésorier et l’organisateur, en un mot, l’homme indispensable. Son action s’élargit au plan national au Congrès corporatif des mineurs (octobre 1883) qui voit la naissance de la Fédération nationale des Mineurs dont il va être le secrétaire fédéral pendant 13 ans ce jusqu’en 1896. Entre temps, il a évolué et ne croit plus guère au « grand soir »et préfère le pragmatisme à l’attente d’une éventuelle révolution.Lors des élections législatives de 1889, il soutient la candidature du maire de Saint-Étienne, Camille Girodet contre les socialistes révolutionnaires et, en représailles, les syndicalistes les plus avancés réussissent à l’évincer du syndicat des mineurs de la Loire.

Patiemment, il continue d’œuvrer aux avancées concrètes de l’amélioration des mineurs. Il a inspiré diverses lois : sur les délégués mineurs votée en 1890, sur l’emploi des enfants dans les mines en 1892 et sur les caisses de secours et de retraites en 1894. Engagé en politique sur le plan local, il occupe diverses fonctions politiques : conseiller d’arrondissement (1883-1889), conseiller municipal de Saint-Étienne sous Girodet, directeur de la Caisse d’Épargne. Sa notoriété d’envergure nationale a suscité bien des jalousies à l’encontre du « pontife dédaigneux des mineurs ». Les socialistes révolutionnaires reprochent à ce républicain socialiste d’avoir été trop modéré, de refuser le collectivisme.

Oeuvre de Lamberton

Ses dernières années sont difficiles : il perd sa femme en 1890 et souffre des maux des mineurs. Il décède en septembre 1908. Il est enterré en grande pompe au cimetière du Crêt de Roc de Saint-Etienne.

Pour en savoir plus :

Claude Cherrier, Michel Rondet. Biographie, Saint-Étienne, 1993

Auteur de l’article : Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/)

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