La mine meurtrière

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois par manque de culture nous ignorons l’existence….Mais aussi des évènements qui ont marqués l’Histoire Stéphanoise.

Petit à petit, les traces du passé minier de la ville s’estompent. Les crassiers se couvrent de végétation. Heureusement, le puits Couriot nous rappelle que la mine imprégnait la ville dans ses moindres recoins. Au-delà de ces traces visibles, la mine a aussi laissé dans la mémoire de ses habitants des traces douloureuses. Car, l’histoire de la mine à Saint-Etienne, est jalonnée de catastrophes meurtrières. Le grisou bien sûr le principal ennemi. Cependant, bien d’autres dangers existaient au fond de la mine (incendie, inondations).

Toutefois la mémoire collective a surtout retenu les coups de grisou, en raison du grand nombre de victimes qu’ils ont causés à chaque fois. Le puits Jabin, situé rue de la Montat, fut particulièrement touché. Il portait le nom d’un ingénieur des mines tué en 1833 lors de l’essai d’une machine à vapeur. En 1871, l’aérage du puits était naturel. La différence de température entre la mine et l’atmosphère permet de chasser le grisou, ce qui n’exclut pas que certaines poches subsistent et qui peuvent exploser à la moindre étincelle. C’est ce qui s’est passé le 8 novembre 1871 à 20h. Il est possible que des lampes en mauvais état aient provoqué l’étincelle et causé l’explosion.

On dénombra 70 morts sur les 92 mineurs qui se trouvaient au fond. Un scénario similaire se reproduit le 4 février 1876. Malgré la mise en place d’un aérage mécanique et de nouvelles lampes de sécurité, un peu de grisou enflammé met le feu aux poussières charbonneuses dégageant des gaz, qui explosent soulevant des masses de poussières qui s’enflamment à leur tour. Les mineurs les plus proches de l’explosion ont été́ brulés mais sur les autres, on n’a pas relevé de brûlures mortelles. Ils ont été intoxiqués par le monoxyde de carbone dégagé par la combustion incomplète des poussières.

L’explosion causa la mort de 186 mineurs sur les 211 qui se trouvaient au fond. Treize ans après, se produit la plus grande catastrophe de l’histoire minière ligérienne. Après les deux explosions du puits Jabin, la sécurité avait été sérieusement renforcée, grâce à la ventilation mécanique et l’utilisation de lampes Marsaut, très performantes pour la détection du grisou. Pourtant, un terrible coup de grisou eut lieu le 3 juillet 1889 dans la treizième couche du puits Verpilleux situé à Méons. Ce puits communiquait avec le puits Jabin et le puits Saint-Louis qui furent également touchés.

Au total, 207 mineurs trouvèrent la mort. Le procès ne permit pas d’établir les causes de l’explosion et n’aboutit à aucune condamnation. Face à ce déferlement, les mineurs ne restèrent pas inactifs. La figure de proue de ce mouvement revendicatif est Michel Rondet, secrétaire général du Syndicat des mineurs de la Loire, puis secrétaire fédéral de la Fédération nationale des mineurs de 1883 à 1896. Il milite, dans les congrès ouvriers, en faveur de réformes sur le temps de travail, la protection sociale ou les mesures d’hygiène et sécurité.

Pour lui, les délégués mineurs constitueraient un contre-pouvoir nécessaire en termes de prévention et de constat d’accident. Durant cinq ans, la loi est débattue au Parlement. Les sénateurs se montrent réticents à l’idée que les compagnies houillères cèdent ainsi un peu de leur pouvoir et que les ouvriers soient responsables et indépendants. La loi sur les délégués à la sécurité des ouvriers mineurs est finalement votée le 8 juillet 1890. Elle remet en question la toute-puissance patronale, en donnant aux salariés le droit de désigner leurs représentants.

Elle aura des prolongements au cours de la décennie suivante, notamment lorsque René Viviani, ministre du Travail, proposera l’adjonction de délégués ouvriers à l’Inspection du travail. Et en 1917, Albert Thomas, ministre de l’Armement et futur directeur de l’Organisation internationale du travail, instaurera les délégués d’atelier, qui auront une fonction de représentation ne se cantonnant plus seulement au contrôle.

Enfin, rappelons que la dernière catastrophe des mines ligériennes a eu lieu le 3 mai 1968 au puits Charles à Roche-la-Molière causant la mort de six mineurs. Cet article a été écrit pour qu’on se souvienne que la mine, ce n’est pas seulement des tonnes de charbon et des kilomètres de galerie.

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