Roger Rivière : le destin brisé

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois par manque de culture nous ignorons l’existence….

Au départ du tour de France 1960, Roger Rivière peut avoir le sourire. Jacques Anquetil, après sa victoire dans le Giro, a décidé de ne pas prendre le départ. Certes, il lui reste un adversaire de taille : l’Italien Nencini, mais à vingt quatre ans, beaucoup d’observateurs pensent que son heure est venue.

Roger Rivière naît le 23 février 1936 à Saint-Étienne. Son père, Pierre Rivière, est originaire de Saint-Jean-Soleymieux et tient un atelier de polissage-chromage de cycles. Roger Rivière reçoit son premier vélo de course à Noël 1946.  A l’âge de 16 ans, Roger Rivière prend, au Vélo Club Stéphanois, sa première licence de cyclisme. Il s’aligne pour la première fois au départ d’une course, la montée du Grand Bois, c’est au sprint qu’il est battu par l’un des meilleurs de son club.

C’est un début prometteur. Sa première victoire, il l’obtient en 1953, au Grand Prix des Canuts de Charlieu. Il entame dès lors une carrière amateur qui le conduira au sommet. En 1956, il est désigné leader de l’équipe de France pour le Tour d’Europe qui s’élance de Zagreb le 8 août suivant. Il remporte la première étape en battant au sprint l’Italien Roberto Falaschi et endosse le maillot de leader, qu’il perd le lendemain à Udine à la suite d’un incident mécanique qui lui fait perdre 14 minutes.

Dans la cinquième étape entre Innsbruck et Ulm, il prend part à une échappée de cinq coureurs, parmi lesquels ses coéquipiers Marcel Rohrbach et Claude Leclercq. Membre de ce groupe, l’Italien Antonio Uliana gagne l’étape tandis que Roger Rivière reprend la tête du classement général. Il consolide sa position en remportant le contre-la-montre entre Étain et Longwy, la veille de l’arrivée, ce qui lui assure la victoire finale dans ce Tour d’Europe devant Marcel Rohrbach. En 1957, il entame une carrière professionnelle, d’abord de pistard. Il devient Champion de France de Poursuite 5km en battant Jacques Anquetil, Champion du Monde de Poursuite des  5km en battant Bouvet et recordmen du Monde à Zurich, du 5km départ arrêté.

Mais, sa plus belle victoire, il l’obtient le 18 septembre 1957 sur la piste en bois du Milan où il bat de 530 mètres la performance de Baldini et établit un nouveau record du monde de l’heure avec 46,923 kilomètres parcourus. L’année suivante, il améliore le record, passant la barre des 47 kilomètres dans l’heure. En 1959, il juge qu’il est temps pour lui de passer à la route. Il s’élance donc pour le tour de France dans la même équipe que Jacques Anquetil et Louison Bobet ! L’entente entre les géants n’est pas au rendez-vous, Roger termine quatrième, Anquetil troisième et le vainqueur est le grimpeur espagnol Bahamontes. En 1960, le grand rival n’est pas là, mais le mano-à-mano avec Nencini se poursuit. Le 10 juillet, au départ de la quatorzième étape à Millau, Roger Rivière pointe à la deuxième place du classement général, à 1 min 38 s de Nencini.

Après un début d’étape relativement calme, Louis Rostollan mène le peloton à haute vitesse dans la descente du col de Perjuret devant Nencini et Rivière. Ce dernier, qui se sait moins bon descendeur que son rival italien, s’accroche à sa roue. Dans un virage sec que Rostollan et Nencini peinent à négocier, Roger Rivière perd le contrôle de sa machine et heurte le muret de pierre qui borde la route. Précipité avec son vélo dans le ravin, il chute de 25 mètres et s’écrase en contrebas sur un lit de branchages qui recouvre le lit pierreux d’un ruisseau.

C’est en fini. Le verdict est cruel : il ne remontera plus jamais sur un vélo en compétition et restera en grande partie invalide jusqu’au restant de sa vie. C’est une tragédie pour un homme comme Roger Rivière, aussi talentueux, ambitieux et plein de rêves. L’accident de Roger Rivière soulève immédiatement la question du dopage, puisque dans la poche de son maillot on découvre un cachet de palfium.   Le palfium, un puissant analgésique, a notamment pour effet secondaire de retarder les réflexes par son action sédative. Selon les médecins, la perte de sensibilité dans les doigts et ce retard dans les réflexes sont  la cause la plus plausible de la chute du champion. Ainsi Roger Rivière apparaît comme la première victime du dopage dans le cyclisme. Il sera suivi, quelques années  plus tard, par Tom Simpson qui trouve la mort sur les pentes du Ventoux, victime de la chaleur et surtout des amphétamines.

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