La Bourse du travail : Mémoire du temps des ouvriers

Pierre Mazet (http://www.pierre-mazet42.com/) auteur de nombreux Polars et passionné d’Histoire nous présente des stéphanois dont parfois nous ignorons l’existence, ou pas….

Vu le succès de ces chroniques, l’idée d’une parution les regroupant toutes sur un livre germe….

Aujourd’hui : La Bourse du travail : Mémoire du temps des ouvriers.

A Saint-Etienne, la Bourse du travail,  c’est un bâtiment imposant de l’avenue Victor Hugo. Le mouvement de construction de Bourses du travail dans les villes industrielles françaises s’inscrit dans le contexte national de la reconnaissance officielle des organisations syndicales des années 1880-1900.  

A Saint-Etienne, comme à Paris et dans les autres grandes villes industrielles, la revendication de création d’une Bourse résulte de la convergence d’exigences spécifiques exprimées par les milieux ouvriers : espaces pour organiser le marché local du travail, bureaux dévolus aux organisations syndicales, salles pour les réunions publiques, lieux pour les activités de formation.

La première Bourse stéphanoise (la 4ème en France après celles de Paris, Marseille et Nîmes) a ouvert ses portes place Marengo (Jaurès) en juillet 1888. Elle fut créée sous la municipalité Girodet , le « bourgeois socialiste de Bourg-Argental ». Ironie de l’histoire, elle s’installe  sur un emplacement, anciennement dévolu à  la Banque de France ! En 1892, elle organise, à son initiative le premier congrès de la Fédération nationale des Bourses du travail.

Les Bourses du travail débordent rapidement de leur premier rôle institutionnel, qui est d’être des bureaux de placement et des locaux de réunions. Elles deviennent des centres d’éducation populaire.  En effet, pour  Fernand Pelloutier, pionnier de la formation des Bourses du travail , il faut « Éduquer pour révolter ».

Sous son impulsion, elles se transforment en  foyers d’agitation constante d’autonomie ouvrière où les militants ouvriers se forgent leur propre expérience. Pour Saint-Etienne, grande ville prolétarienne, les locaux de la place Marengo deviennent vite exigus. En 1900, Jules Ledin devient le premier maire de Saint-Etienne issu du monde ouvrier. Il décide de poursuivre la régénération du quartier des Gauds, entamée en 1856 !

Le Furan est couvert et le cours Saint-André (actuel cours Victor Hugo) est ouvert. Le secteur abrite déjà : les Halles (1872), l’École de dessin (1858), le Palais des arts (1860). Jules Ledin confie à Léon Lamaizière (http://www.gillescharles.fr/2018/04/30/les-stephanois-les-lamaiziere-architectes-des-nouvelles-galeries/) le soin de concevoir un nouveau bâtiment. En fait de Bourse, c’est un véritable« palais »du Peuple qui est envisagé, tout à  la fois immeuble syndical et mutualiste, lieu de culture et de réunions publiques.

Il se compose d’un corps central et de deux ailes terminées par des pavillons. Il  est construit en pierres de taille de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Il possède deux niveaux reliés par un ordre colossal de pilastres composites s’élevant sur un socle à arcades. Au premier étage, se trouve un balcon qui fut longtemps utilisé par les orateurs. On confie le décor de l’édifice à Auguste Berthon et Victor Zan. Le décor extérieur est discret et on peut lire sur la façade la devise” Liberté, Égalité, Solidarité, Justice ” qui remplace le traditionnel ” Bourse du travail “et qui rappelle les valeurs traditionnelles des Stéphanois.

L’inauguration, en 1904, se fait en présence de Jean Jaurès et d’Aristide Briand.  Deux mille personnes sont présentes, les drapeaux rouges sont sortis et l’inauguration se termine en pugilat général. Parmi la foule en effet se trouvent des partisans du Parti Socialiste Français (dirigé par Jules Guesde) qui ne pardonnent pas à  Briand et à Ledin leurs compromissions avec le pouvoir. Deux mois plus tard, Jaurès fondait L’Humanité. Pour une analyse plus approfondie, voir l’article de Jean Michel Steiner : https://journals.openedition.org/chrhc/2369

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