Qui se souvient du Juge Fayard d’Yves Boisset ?

Fan du cinéma engagé de M. Yves Boisset, marqué à jamais par l’acteur Patrick Dewaere, je me souviens des anecdotes racontés par mon oncle qui assistait au tournage du film « Le Juge Fayard dit Le Shériff » alors habitant de la Cotonne. Au culot j’ai appelé le cinéma « le Colisée » de Saint-Galmier pour pouvoir rencontrer M. Boisset et lui parler du tournage du film à Saint-Etienne. Ce Parisien né le 14 mars 1939, qui a une filmographie, aussi bien au cinéma qu’en télévision impressionnante, m’a donné presque deux heures de son temps, presque le temps d’un film, pour me faire revivre l’histoire de ce film, à jamais graver dans les esprits stéphanois.

Comment est née votre envie de réaliser des films ? Enfant je voulais être archéologue, je rêvais de découvrir des cités perdues, un peu comme « Indiana Jones ». Et puis j’ai du aller travailler très jeune, j’ai commencé dans un journal très populaire, assez bien fait, j’étais très jeune, j’avais dix-huit ans, j’avais d’ailleurs triché sur ma carte d’identité. J’ai fait les commissariats de police, ce que l’on appel « les chiens écrasés », c’est à dire les faits divers sans grande importance, les faits divers qui ne bouleversaient pas la France entière. C’était par contre des faits divers très révélateur de la société, et de ses injustices. Des gens qui n’avaient pas une vie forcément facile. Ensuite je suis passé à la critique de cinéma, je suis passé des pages « faits divers » aux pages spectacle. J’ai connu des metteurs en scène, je suis devenu assistant, j’ai eu la chance de travailler avec des metteurs en scène très intéressant, comme Jean-Pierre Melville, Claude Sautet, René Clément, Vittorio De Sica, Sergio Léone entre autres, et ensuite j’ai commencé à faire des films. Mais des films assez influencés par mon passé de journaliste.

sheriffComment s’est passé le tournage à Saint-Etienne, et avez vous des anecdotes ? Le film s’inspirait très fortement de l’assassinat du juge Renaud, un an auparavant le tournage du film, je juge Renaud avait été assassiné en 1975, nous avons tourné le film en 1976-77 et évidement le film aurait du se tourner à Lyon. Et puis les autorités, particulièrement la préfecture de Lyon, nous avait interdit le tournage à Lyon. Parce que cela dépeignaient sous des couleurs extrêmement réalistes la corruption qui régnait à l’époque, en tout cas, dans la police et les mœurs politique à Lyon. Particulièrement la collusion du gang des lyonnais, les frères « Vidal » etc…et le sac, le service d’action civique. On nous avait vivement déconseillé mais surtout interdit de tourner à Lyon, la raison étant qu’ils ne pouvaient pas assurer la sécurité du tournage.

A ce moment là, des journalistes du progrès, avec qui j’étais assez copain, m’ont conseillé, m’ont dit, tu devrais essayer de tourner à Saint-Etienne, parce que c’est une ville qui est assez intéressante, et le maire de l’époque M. Durafour est un type assez ouvert, avec qui tu pourrais vraisemblablement t’entendre. Je suis donc allé voir M. Durafour, nous avons été très bien accueillit, y compris par la police de Saint-Etienne, qui était ravie que l’on tape à bras raccourcis sur la police Lyonnaise, comme ils les détestaient cordialement. Le tournage s’est très bien passé, les gens à Saint-Etienne, sont parfois un peu bourrus, mais très chaleureux, très sincère, très accueillant, et vraiment le tournage à été un enchantement. Un tournage passionnant avec des acteurs qui étaient pas des gens forcément facile, qui a duré pendant 6 à 7 semaines. Patrick Dewaere dieu sait que je l’ai adoré, que cela a été un de mes meilleurs amis, c’est un des acteurs avec lequel j’ai préféré travailler, mais c’était quelqu’un d’assez difficile, Patrick était très torturè, il avait des gros problèmes de drogue, il en est mort. C’était un type à la fois formidable, passionnant, mais pas vraiment facile. Parce qu’il s’engageait à fond la caisse dans le personnage qu’il jouait, car vous savez en gros il y a deux catégories d’acteurs, des acteurs qui composent intellectuellement un personnage, et quand ils ont fini de tourner ils remettent le chapeau et l’imperméable sur un porte manteau et ils sont à nouveaux eux-mêmes. Par contre Patrick il s’engageait, il devenait vraiment le personnage, a tel point, je me souviens, nous dinions dans un petit rade à saint-Etienne, et tout d’un coup sans crier garde, Patrick se lève, il y avait trois petits cons qui fumaient un joint ou des gauloises, à l’époque on avait le droit de fumer dans les restaurants, il est allé les trouver et leur a dit : dites donc les petits cons, vous éteignez cela toute suite, parce que moi je suis juge d’instruction, je vous fais encrister, et ils n’ont pas reconnus Patrick, qui était pourtant super connu, qui était une vedette reconnue, ils ont éteint et se sont tirer sans demander leurs restes.

On m’a raconté une anecdote à propos de Miou-Miou, Julien Clerc, et Patrick Dewaere qui arrachait des affiches de concert ? C’est vrai qu’un soir, on rentrait à l’hôtel, et tout d’un coup il me viens une idée importante pour le lendemain, je frappe a la porte de Patrick, il n’était plus dans sa chambre alors que l’on venaient de rentrer quelques minutes auparavant. Je descend dans le hall, alors je dit, il est ressorti M. Dewaere ? oui oui il est parti a droite là. Je sors dans la rue et à 300 mètres de l’hôtel, il était monter sur un échafaudage, il était entrain d’arracher une affiche de Julien Clerc. Mais Miou-Miou a été le grand amour de sa vie et d’ailleurs Patrick a été le grand amour de Miou-Miou, elle l’a quitté parce que soit elle plongeait également dans des addictions, pour des produits illicites, c’était pour sauver sa peau, elle avait eu bien raison.

Vous présenter en 2014 une nouvelle version du juge Fayard, y a t’il des scènes en plus ? Ah non pas du tout, vous savez simplement le cinéma a connu une mutation importante, c’est le passage du 35 au numérique, et par exemple à Paris, il doit y avoir 600 écrans, pas 600 cinémas puisqu’il y a des multiplexes. Mais je pense qu’il n’y a pas plus de 5 ou 6 cinémas qui projette encore les films en 35. C’est facile à comprendre une copie de film pèse 35 à 40 kilos, il faut l’envoyer par le train, c’est un bazar terrible, une copie numérique c’est un paquet de cigarette. Le film va être publié pour la première fois en DVD dans 2 mois, le film avait eu beaucoup de problème de censure, il y avait eu à la demande du S.A.C. beaucoup de choses qui avaient du être coupées, le SAC avait été remplacé par des BIP, on en avaient beaucoup parlé à l’époque, il n’y avait également pas un très grand enthousiasme des pouvoirs publics, ce film est rarement passé, jusqu’à une époque très récente à la télévision. Les « ayant droit » du film ont décidés, d’une part de le remastériser, d’autre part de le ressortir en salle. Et tel de vulgaire tapis, ils ont eu l’occasion de le revendre à Arte, ce qui était une démarche imbécile d’ailleurs, 15 jours avant de le sortir en salle ce qui est absurde. la seule différence c’est qu’à l’époque quand le film est sorti, nous avions été condamnés par la 17 eme chambre correctionnelle à Paris, à supprimer toutes références visuelles ou sonores, au sac. Nous interdisant de mentionner le sac, soit dans les dialogues, soit visuellement car à 2 reprises ont voyaient une carte du sac. Le juge pensait que cela nous obligeraient à couper les scènes et moi j’ai eu l’idée avec des produits régionaux, de poinçonner la bande sonore du film et chaque fois que le mot « sac » était prononcer, on y a passer la nuit et la matinée, on a fait les 14 salles et on a fini les dernières a 14 h 15 pour 14 h 30.

Avez vous encore des projets aujourd’hui ? Je vais tourner la semaine prochaine, un documentaire sur le « Père Lachaise » pour la télévision, et sur toutes les histoires un peu etranges qu’il y a autour, les messes sataniques qui s’y déroulent. Les histoires de vampires.

Pour terminer cette superbe rencontre M. Boisset m’a glissé une dernière anecdote, l’histoire d’une jeune étudiante stéphanoise qui était figurante sur le tournage, et qui plusieurs années plus tard en le rencontrant lui expliquait qu’elle avait essayée de passer devant les cinquante figurantes pour se faire remarquer en vain… Madame Muriel Robin aujourd’hui que vous êtes une star mon site vous est ouvert…

Rencontre du Vendredi 11 Avril 2014 à Saint-Galmier, avec un tres grand MERCI à M. Denis.

Partager cet article :

Auteur de l’article : lestephanoisC

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *