Qui se souvient des Jets d’eau de la fontaine de l’Hôtel de Ville ?

La plupart des stéphanois de ma génération se souviennent avoir slalomés entre les jets de la fontaine de la place de l’hôtel de ville, j’avais toujours vu cette fontaine et je pensais qu’elle était là pour toujours. L’anecdote c’est que beaucoup de gens que j’ai croisés pendant les élections municipales de 2014, pensaient que si M. Perdriau gagnait, il remettrait l’ancienne fontaine…

Une polèmique tout juste oubliée quoique tant on entends encore des commentaires sur ce qui l’a remplacée…

Serge Freydier avait interrogé l’architecte de la nouvelle fontaine Frédéric Bonnet, extraits…

Serge Freydier:  Je crois que vous êtes originaire de la Loire?

Frédéric Bonnet: je suis né à Firminy, où j’ai fait toutes mes études secondaires, pour rejoindre ensuite l’école d’architecture de Saint-Etienne pour mes quatre premières années d’études (c’est là que j’ai rencontré mon associé dans l’agence Obras, Marc Bigarnet). Toute ma famille du côté de ma mère est de Saint-Etienne et La Ricamarie. Même si j’habite Paris depuis 27 ans, je suis donc très attaché à la région stéphanoise.

Serge Freydier: Concernant la place de l’Hôtel de ville de Saint-Etienne quelle est sa symbolique? Ne pensez-vous pas qu’il fallait plus communiquer sur le sens du dispositif?

Frédéric Bonnet : je pense que nous avons eu l’occasion, à plusieurs reprises, d’expliquer le sens du projet « cœur de Ville ». La municipalité a aussi beaucoup communiqué. Nous avons parfois été surpris des polémiques portées par certains articles. Mais, pour avoir réalisé de très nombreux espaces publics, nous savons aussi que ce débat est normal, pour ne pas dire salutaire: l’espace public reste un des derniers « objets construits » dont les citoyens se sentent co-propriétaires, fort heureusement, et réagissent en conséquence, parfois de manière très affective -ceci contrairement aux autres objets d’aménagement du territoire, routes, zones d’activité et lotissements, qui ne suscitent pas autant de réactions-.

Les principes sont très simples: le sous-sol est très occupé (parking devant la mairie, rivière canalisée du Furan et transformateurs électriques place Dorian), ce qui ne permettait pas de faire un grand jardin. Cela coïncidait avec la vocation des lieux, et avec les complémentarités d’autres espaces du centre ville (place Marengo, plus plantée, ou encore nouveau parc Couriot, qui est à quelques minutes à pied). La place de la mairie doit rester une surface disponible, ouverte, pour les évènements et les manifestations culturelles, les moments forts de la vie urbaine. C’est différent pour la place Dorian, où nous avons planté des arbres qui sont destinés à devenir grands (frênes, essentiellement), abritant les terrasses, une place dont le caractère va beaucoup évoluer avec le temps. A notre sens, ce double caractère complète l’offre d’espaces publics disponible en centre ville. Il est important que la vue entre Mairie et Grand Cercle soit dégagée -comme c’était le cas dans le caractère historique de la place, lorsqu’elle n’était qu’une esplanade de sable compacté entre deux allées d’arbres, bien avant le stationnement de surface-.

 

Nous avons choisi de travailler un matériau relativement bon marché -le béton-, qui marque aussi la continuité du plateau piéton, avec les projets déjà réalisés (place du peuple, par exemple), pour éviter de rajouter un énième registre dans le centre ville. Le dessin de ce sol est par contre très étudié: même si cela ne se voit pas immédiatement (car c’est un travail de nivellement, très technique) et même si cela a entraîné au départ des soucis de chute à cause du changement des habitudes, le nouveau dessin du sol redonne effectivement la place au piéton, et favorise des parcours qui n’étaient pas envisageables avant.

Les objets (fontes, mâts lumineux, fontaine) ont tous été, avec nous, étudiés et fabriqués par des entreprises locales, mettant en scène les savoir-faire industriels de la région sur le lieu le plus emblématique de la ville. Ce n’est pas pour nous une question de « circuit court », mais bien une expression, sociale et culturelle, des ressources industrielles de Saint-Etienne. C’est expérimental, certes, mais il nous semblait important que le « mobilier urbain » qui d’habitude est issu de catalogues « ready made » d’origine indéterminée soit ici fabriqué, très concrètement, par des personnes qui sont aussi des habitants de la métropole. Cela a pu susciter des controverses, mais nous pensons qu’après quelques années, lorsqu’on aura oublié les architectes, cela restera dans le récit collectif un élément important dans la transformation du centre ville.

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Auteur de l’article : lestephanoisC

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