Police de sécurité au quotidien : encore trop de zones d’ombres pour être réellement efficace

« Le gouvernement vient de lancer une phase de concertation générale concernant une expérimentation pour une police de sécurité au quotidien.

Bien entendu, en tant que maire de Saint-Étienne, président de Saint-Étienne Métropole et coprésident de la commission sécurité de France urbaine, je participerai à ce dialogue et à ces échanges pour que cela n’aboutisse pas, autant que possible et en définitif, à une plus grande confusion des domaines d’intervention des uns et des autres, assimilables à une démission de l’État sur certaines de ses missions.

Par ailleurs, nous voudrions être sûrs de l’engagement pérenne de l’État pour cette police de sécurité du quotidien.

Et l’on peut s interroger au regard du “yoyo budgétaire” que nous avons connu cet été, avec les annonces successives mais incohérentes d’une baisse de 526 millions d’euros de crédits alloués au ministère de l’Intérieur, puis une hausse des crédits de 1,98 %, prévoyant 1400 postes dans la police nationale pour 2018.

Ramené à une ville ou un département, cela ne correspond qu’à quelques postes qui ne permettront pas d’améliorer réellement les moyens de lutter efficacement contre l’insécurité.

Et à ce rythme, il sera très compliqué d’atteindre l’objectif de 10 000 recrutements présenté par le président de la République.

La mise en place de la police de sécurité du quotidien ne s’accompagnera pas d’une hausse des moyens sur le terrain, mais sera un simple transfert d’effectifs, à moyens constants, sans création de postes supplémentaires pérennes.

Si l’on ajoute à cela la question des périmètres de compétences, cela nous incite à la plus grande prudence avec les annonces, comme dans de nombreux autres domaines d’ailleurs, faites par l’État.

Autrement dit cette expérimentation, aujourd’hui, ne correspondrait qu’à un redéploiement de forces de l’ordre déjà en sous-effectif et créerait un déséquilibre encore plus grand.

Je ne citerai qu’à titre d’exemple la Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP) de Montreynaud où par définition la police nationale devrait être omniprésente.

Ce qui n’est pas le cas faute d’effectifs suffisants, malgré un professionnalisme de nos policiers nationaux que je tiens à saluer ici.

C’est la raison pour laquelle, devant ces insuffisances,ces manques, et ces nombreuses zones d’ombre, je ne souhaite pas que la ville de Saint-Étienne candidate à cette expérimentation.

De plus la question de la sécurité du quotidien se traite dans sa globalité. Il ne suffit pas d’appréhender les délinquants, les auteurs d’incivilités sans que la sanction ne soit adaptée et réellement mise en œuvre.

Cela pose également la question de la politique pénale que le gouvernement entend conduire afin de donner tout son sens à une action qui serait conduite au titre de la police de sécurité au quotidien.

Maire de Saint-Étienne et président de Saint-Étienne Métropole, je suis, tous les jours, confronté aux enjeux liés à la sécurité, ainsi qu’aux insuffisances des moyens alloués par l’État aux forces de l’ordre et aux magistrats.

Par ailleurs, coprésident de la commission sécurité de France urbaine, je travaille à rendre encore plus efficace l’action des polices nationale et municipale.

Cela passe notamment par une meilleure gouvernance, des missions clairement définies, la simplification des procédures ou encore par une réforme de la procédure pénale.

C’est en ce sens que nous ferons prochainement, dans le cadre de cette concertation, des propositions concrètes, tenant compte des réalités du terrain, et qui permettraient de répondre plus efficacement aux attentes légitimes des forces de sécurité comme de nos concitoyens.

La sécurité est la première des libertés, qui au-delà des effets d’annonce aussi louables soient-ils, doit dépasser les clivages politiciens au service de l’intérêt général, dont nous, élus locaux, sommes les garants par notre connaissance intime de la réalité du terrain ».

Gaël Perdriau

Maire de Saint-Étienne

Président de Saint-Étienne Métropole

Coprésident de la commission sécurité de France urbaine

Partager cet article :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *