Quartiers et zones rurales, arrêtez de les réduire à des variables budgétaires ! : Gaël Perdriau, Maire de Saint-Etienne

« En quelques jours le Gouvernement a pris des décisions, sur le plan budgétaire, pour le moins incompréhensibles et qui interpellent les élus locaux. Des orientations concernant à la fois les quartiers relevant de la politique de la ville mais aussi les petites et moyennes communes des zones rurales et périurbaines. Ces choix viennent peser lourdement sur le budget des collectivités et interrogent sur le concept même de justice sociale et équité territoriale telle que voulue par le Premier Ministre.

En ce qui concerne la politique de la ville un décret pris le 20 juillet dernier, détaille les réductions d’enveloppes des différents ministères. Celui de la politique de la ville sera amputé de 46,5M€, soit plus de 11 % du budget initial. Selon le programme national de rénovation urbaine (PNRU), les budgets alloués doivent « soutenir les politiques publiques engagées afin d’améliorer les conditions de vie des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville ».

Aujourd’hui, cette enveloppe concerne, au niveau national, 435 contrats de ville, couvrant 1 514 quartiers parmi les plus socialement fragiles de France, où habitent 5,5 millions de personnes. Et elle finance un grand nombre de dispositifs d’accompagnement : associations et centres sociaux œuvrant pour la culture, le sport, les aides à la formation et au retour à l’emploi, l’éducation (écoles de la deuxième chance), la prévention de la délinquance et la tranquillité publique.

Bien entendu, la Ville de Saint-Etienne et son agglomération sont aussi concernées par ces réductions budgétaires.

De telles diminutions pourraient signifier, un peu partout en France, très concrètement, l’arrêt de dispositifs utiles se traduisant par une plus grande fragilisation des habitants des quartiers concernés. Cette situation est inacceptable car elle porte atteinte à l’idée même de solidarité qui doit être la nôtre si nous voulons rester fidèles à nos valeurs républicaines.

En ce qui concerne les zones rurales et péri-urbaines, la France ne peut pas se passer de ses communes et de ses intercommunalités car elles constituent le bassin de vie naturel de tous les Français. Après la Conférence Territoriale, au cours de laquelle le Président de la République avait annoncé une baisse des dotations de 13 Mds€, tout en prenant l’engagement d’un accompagnement plus approfondi des collectivités, un nouveau décret vient renforcer le malaise grandissant.

Le bloc communal vient d’apprendre la diminution de 216M€ de ses dotations par la diminution de la Dotation d’Equipement des Territoires Ruraux (DETR) et du Fonds de Soutien à l’Investissement local (FSIL). Ces deux enveloppes budgétaires soutiennent prioritairement les petites et moyennes communes et, plus globalement, les zones rurales. 

Une décision qui pourrait se traduire, notamment en ce qui concerne la DETR, par la suspension immédiate des cofinancements avec l’Etat ce qui plongera nombre de communes dans des difficultés budgétaires les conduisant à l’abandon de projets pourtant bien avancés pour certains d’entre eux.

Dans ces conditions, quel crédit, les élus locaux que nous sommes, pourraient apporter aux appels au dialogue, fondement d’une nouvelle collaboration entre les collectivités et l’Etat, si par ailleurs de telles décisions sont prises sans aucune concertation ?  

Alors même que les contours exacts de la future Agence Nationale pour la Cohésion des Territoires sont loin d’être connus, les décisions contre productives semblent se multiplier. Dans ces conditions comment croire que cette agence, annoncée par le Président de la République, disposerait des moyens suffisants pour relever les défis posés par la désertification médicale, le déploiement du numérique sur les territoires ruraux ou le soutien au développement économique ?

La France a besoin de réformes permettant de valoriser son tissu local et son extraordinaire réseau de petites et moyennes communes tout en leur permettant de gagner en efficacité dans leur action commune au quotidien. Aujourd’hui, le Gouvernement, conformément aux orientations données par le Président de la République, doit engager, aussi rapidement que possible, un vrai dialogue avec l’ensemble des associations représentatives des collectivités afin de partager un même diagnostic et de porter des solutions prises d’un commun accord et ce dans l’intérêt de tous nos territoires et plus spécialement les zones rurales et péri-urbaines.

De la même manière, face à l’urgence sociale qui règne désormais dans nos quartiers il est nécessaire de définir de nouvelles orientations politiques afin de définir, en collaboration avec les élus locaux et nationaux concernés, une stratégie globale ne se réduisant pas aux seules coupes budgétaires mais capable d’ouvrir la réflexion sur une nouvelle espérance au service des habitants.

Faute de quoi, le risque est grand de voir la cassure, entre, d’une part, l’Etat et les collectivités locales, et, d’autre part, avec les quartiers, devenir irrémédiable fragilisant ainsi l’action de modernisation que le Gouvernement doit conduire dans l’intérêt de la France.

La politique de modernisation et de maîtrise budgétaire est certes indispensable mais en réduisant les quartiers, les zones rurales et périurbaines de même que l’ensemble de leurs habitants, à de simples variables d’ajustement comptable on s’éloigne de l’idéal républicain et on tourne le dos à l’histoire de notre pays ».

 

Gaël Perdriau

Maire de Saint-Etienne

Président de Saint-Etienne Métropole

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Auteur de l’article : lestephanoisC

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