Rendez-vous avec Didier Bezace

C’est sur la pointe des pieds que je suis allé rencontrer Didier Bezace à la Comédie de Saint-Etienne pour lui poser mes questions. Il est à l’affiche actuellement de la pièce « Le retour au désert » de Bernard-Marie Koltès et mise en scène par Arnaud Meunier. Didier Bezace est un acteur et un metteur en scène, cofondateur du Théâtre de l’Aquarium, sur une idée de Jack Ralite, il prend la direction du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers en 1971 et continue d’être acteur de cinéma et de télévision.

Il met en scène Feydeau, Emmanuel Bove, Molière, dont L’École des femmes qui fit l’ouverture au Festival d’Avignon dans la cour d’honneur en juillet 2001. Au cinéma, il tourne avec Claude Miller, Bertrand Tavernier, Jeanne Labrune, Anne Théron, Valérie Guignabodet, Claude Zidi, Rémi Bezançon et Jean-Pierre Darroussin. À la télévision, on a pu le voir dans Les Thibault, Sissi et dans La Maîtresse du Président. Stéphanois pour quelques semaines, il a accepté de répondre à mes questions, extrait de notre rencontre du 7 Octobre.

Comment avez vous eu envie de jouer la comédie, de monter sur une scène ? Moi, je fais du théâtre depuis que j’ai l’age de 14 ans, je me souviens plus très bien de pourquoi j’ai commencé à me mettre la dedans. Je pense que le fait de créer un monde irréel me convenait et peut-être me vengeait d’une réalité que je ne trouvais pas extraordinaire. Ensuite les raisons évoluent énormément, en fonction de l’itinéraire que vous suivez, j’ai fait des études de théâtre, dans des lieux internationaux, j’ai fondé une compagnie. Tout cela fait que l’envie de faire se métier évolue, en fonction du chemin que l’on suit. Après j’ai dirigé un théâtre national.

Aujourd’hui vous êtes à Saint-Etienne pour jouer la pièce « le retour au désert » qu’est ce qui vous a séduit dans cette pièce ? Déjà ce qui m’a séduit c’est la proposition d’Arnaud Meunier, que je connais bien, puisque quand je dirigeais le centre dramatique national à Aubervilliers, théâtre de la commune, lui aussi travaillait dans le 93, nous avons fait des choses ensemble. C’est un jeune metteur en scène et je trouve bien d’accepter des propositions. Il avait envie que je vienne jouer à Saint-Etienne, Koltès est un grand auteur, et cela ne peut que séduire que de le jouer. Ce n’est pas facile d’ailleurs, c’est un auteur pas facile.

didier BezaceComédien de théâtre mais aussi de cinéma, y a t’il une différence de jeu, des sensations autres ? oui, ce n’est pas du tout la même chose, le métier du comédien au théâtre c’est de fabriquer des formes artistiques dans son jeu, pour transmettre un texte, être un espèce d’intermédiaire, de transfuge entre le poète qui écrit et le public. Au cinéma on n’est pas comédien, on est acteur, c’est à dire que finalement on se met au plus juste de soi même et de la situation que l’on a, à jouer et on se fait plutôt voler, que l’on ne produit. C’est ce qui fait la différence, en plus ce n’est pas la même vitesse de travail, on ne travail pas du tout dans les mêmes rythmes, le travail théâtral est un travail plus lent, d’accouchement progressivement, plutôt sédentaire, on vient travailler dans un théâtre, le cinéma peut vous emmener je sais pas ou, à Tahiti ou ailleurs…Non, ce n’est pas les mêmes métiers, ceci dit ce qui rassemble les deux métiers, c’est le fait d’être la pour raconter une histoire au gens, à sa place d’acteur.

Vous êtes à Saint-Etienne, que représente cette ville pour vous ? Déjà la comédie de Saint-Etienne représente beaucoup pour moi, je connais cette maison depuis très longtemps, j’y suis venu il y a longtemps, quand Daniel Benoin était directeur, c’est une des maisons pionnière de ce que l’on appel la décentralisation et de cet espèce d’élan de créativité et de partage artistique avec la population. Elle occupe une place historique très très importante, et j’y suis attaché personnellement, donc je suis très content d’être à Saint-Etienne.

La ville elle même je ne la connait pas bien, je la sillonne un peu car nous sommes là, depuis la fin du mois d’Aout. Je la sillonne avec plaisir, ma perception de la ville passe beaucoup par le rythme des tramways, j’aime beaucoup cela, je trouve cela amène une espèce de sérénité, de tranquillité, c’est une ville ou l’on ne voit pas beaucoup d’embouteillages, en tout les cas là, ou je suis. C’est une ville ou je trouve les gens très sympathiques, et très civiques, ayant un comportement extrêmement hospitalié. J’y suis bien.

Est ce qu’il vous reste encore un rêve fou ? Est ce qu’il me reste un rêve fou ! vous savez moi j’ai la chance de faire un métier ou l’on rêve pas mal quand même, la je suis comédien, mais je suis aussi metteur en scène, je viens de monter un spectacle pour le festival de Grignan, dans la Drome, c’était une espèce de rêve d’une certaine façon. Donc, les rêves qu’ils me restent, c’est les projets artistiques que je mettrais en chantier, pour retrouver mes comédiens, mon équipe artistique. Est ce qu’ils sont fous, je ne sais pas, ils sont toujours un peu fou parce que monter un spectacle c’est toujours quelque chose d’un petit peu utopique d’une certaine façon, après on négocie, entre la réalité et l’utopie.
Les rêves fous dans la société dans laquelle on vie actuellement, on est privé de la possibilité de rêver je trouve, il se passe tellement de choses, dur, difficile à entendre, à voir, à vivre quand on les vies aussi, enfin c’est pas mon cas précisément, que, qu’est ce que l’on peut faire comme rêve fou ? que tout le monde s’aime ? que tout le monde s’entende ? que l’on aide ceux qui sont dans la merde ? que l’on s’occupe de l’Afrique ? que l’on ne laisse pas des réfugiés derrière des grillages ? on peut avoir pleins de ces rêves fous et en même temps tous les jours on vous dit que ce n’est pas facile de les mettre en œuvre ou en exécution, donc je ne suis pas sur d’avoir des rêves fous.

 

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Auteur de l’article : lestephanoisC

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