Rendez-vous avec Jean-Charles KOHLHAAS

A partir du 1er janvier 2016, les Régions Rhône-Alpes et Auvergne ne formeront qu’une seule et même région. Une future région de 70 000 km2 avec près de 8 millions d’habitant. Ancien infirmier, et ancien directeur à la Croix-Rouge, j’ai rencontré Jean-Charles KOHLHAAS, le candidat EELV pour les élections régionales de décembre prochain.

Quand Jean-Charles Kohlhaas s’engage, c’est à 100 % et avec passion. En 1995, il se présente dans une liste aux municipales de Chaponost, près de Lyon, et devient président du centre social de la ville. A la fin des années 90, il se rapproche de Martine Aubry et réfléchit à structurer son engagement. Mais pour lui, « les Verts » était le parti qui ressemblait le moins à un carcan. Aux régionales de 2004, il milite pour une candidature autonome des Verts face au PS. La liste dépasse les 10 %. Jean-Charles Kohlhaas devient conseiller régional, réélu en 2010.

Parallèlement, il conserve une activité d’infirmier libéral pour garder un lien avec le terrain. Avec l’ambition d’être en tête de la gauche au 1er tour, comme en 2010, en nombre de voix, les écologistes sont entrées en campagne. Président de la commission Transports de la Région Rhône-Alpes. Il renvoie dos à dos les monarques socialistes sortant et les communistes qu’il juge flous dans leur stratégie. Extrait de notre rencontre.

Comment est né votre engagement politique ? Mon engagement politique a commencé localement. Après 25 ans de militantisme dans des associations de ma commune (FCPE, Centre Social…), j’ai décidé de participer à une liste pour les élections municipales en 1995, tant le travail de ces associations était bloqué par le conservatisme de la municipalité. Je me suis rapidement rendu compte qu’il me manquait de l’information, de la formation, des échanges de compétences… J’ai adhéré alors à une démarche initiée par Martine Aubry (AGIR), qui regroupait de nombreuses personnes non encartées politiquement (associatifs, syndicalistes…). J’y ai vite pris des responsabilités, dans le Rhône. Lors d’une discussion avec elle, sur le rôle des partis politiques dans la démocratie, elle m’a décidé à « passer le pas ». J’ai cherché alors quel parti politique pouvait me convenir. Je me sentais « de gauche » et j’avais conscience des enjeux écologistes. Mon caractère « libertaire » m’a orienté chez « LES VERTS », le fonctionnement pyramidal des autres partis ne me convenant pas. J’y ai trouvé beaucoup des choses que je cherchais : des compétences sur les dossiers, portées par des militants qui n’étaient pas des « politiciens », des relations humaines riches, et aussi, je l’avoue, une certaine désorganisation sympathique, permettant à chacun de « faire » sa place. J’ai vite pris des responsabilités dans le parti, mettant mes « compétences » organisationnelles au service des militants pour les élections. Nos bons résultats m’ont vite fait progresser et m’ont permis d’être élu régional en 2004.

Fin 2015, c’est quoi être écologiste et concrètement quel politique écologique proposez vous pour la future grande région ? Être écologiste aujourd’hui, c’est évidemment être radical, c’est-à-dire vouloir s’attaquer aux racines des problèmes.

Nous sommes tous d’une même race, l’humanité, en croissance démographique, sur une planète finie, dont les ressources (énergies fossiles, eau, terres arables…) sont donc limitées et dont la capacité de « digestion » de nos déchets est dépassée (pollutions et gaz à effet de serre inclus).

L’enjeu est celui du monde que nous laisserons à nos enfants et aux générations futures et donc la survie de notre humanité. Dans le même temps, nous n’avons jamais été aussi « riches », mais cette richesse est très inégalement répartie. La croissance a entraîné l’augmentation du chômage, des émissions de Gaz à Effet de Serre, des dettes de tout poil et une baisse, celle de la biodiversité.

Après travailler plus pour gagner plus, pour consommer plus, gaspiller plus…produire plus, nous pensons qu’il est temps de vivre mieux, vivre bien. Le temps de la compétition permanente est fini et ne nous a apporté que du mal être. Le temps de la coopération doit nous apporter le « bien vivre » (le buen vivir né en Amérique latine) qui est notre mot d’ordre pour les élections régionales.

Conseiller régional depuis 2004, quel bilan dressez vous de vos mandats ? Le premier mandat (2004-2010) fut un mandat de découverte, d’acquisition de compétences, mais aussi d’action. C’était le premier mandat de notre majorité et je m’y suis totalement investi. Un projet m’a passionné et aussi demandé beaucoup d’énergie : le tram-train de l’ouest lyonnais. Le deuxième mandat (2010-2015) fut beaucoup moins « passionnant ». Ce fut le temps des restrictions budgétaires, de la gestion de l’austérité. Je me suis senti frustré par nos difficultés à faire des choix, pour pouvoir, malgré l’austérité, répondre aux besoins des citoyens. Je souhaite que mon troisième et dernier mandat soit celui de la mise en œuvre réelle de politiques écologistes et de la transmission aux nouveaux élus…

Jean-Charles KOHLHAAS Tête de Liste

Comment avoir une position claire avec les électeurs de cette nouvelle région, quand au niveau national on a une impression de pugilat chez EELV ? Cette impression est fausse. Certains médias se complaisent à vouloir la monter en épingle, tant la progression des idées écologistes dans la société leur fait peur. Mais en réalité, les écologistes sont très majoritairement rassemblés sur les idées et n’ont que des différences d’approches stratégiques. Alors que chez nos concurrents et adversaires, les divisions sont bien plus criantes : un président qui se fait élire sur un projet et fait le contraire, avec des milliers de démissions dans son parti… ou une droite qui dit tout et son contraire, en fonction de tel sondage d’opinion, ou de telle image médiatique. Entre ceux qui courent derrière l’extrême droite comme Wauquiez et la droite sociale, humaniste, il y a bien plus qu’un fossé…

Si vous rencontriez pendant la campagne le candidat que vous êtes, quel question auriez vous envie de lui poser ? Je lui demanderais pourquoi je lui ferais plus confiance qu’à un autre… et me répondrais que si je fais de la politique depuis quelques temps et ai donc de l’expérience et de la compétence, je ne suis pas un professionnel de la politique. J’ai un métier, je soigne des gens à domicile depuis 25 ans et ai continué de le faire. Cela me permet de garder les pieds sur terre, bien au contact des vraies difficultés que rencontrent les gens au quotidien. Cela me permet aussi de vivre la démocratie, comme je la souhaite : si les citoyens ne veulent plus de moi, ce n’est pas un problème, j’ai un métier et je peux y retourner facilement. Mes concurrents et adversaires n’ont jamais rien fait d’autre que de la politique…

Partager cet article :

lestephanoisC Auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *