Laurent PINATEL porte-parole de la Confédération Paysanne

Quand avec mon ami Philippe nous avons décidés de décliner les rencontres du site « www.lestephanoisalacasquette.fr » en version radio. La première question était de savoir qui accepterait de venir derrière le micro ?
Et je suis déjà très fier d’avoir reçu pour le numéro 7, un ligérien célèbre pour son combat paysan. Laurent Pinatel a accepté mon invitation et nous avons eu un échange passionnant, même si nous n’avons pas eu le temps de parler de la viande. Voici quelques extraits de cette rencontre du vendredi 30 Octobre 2015, que vous pourrez écouter en intégralité sur l’antenne de Loire FM 100.9 le jeudi 12 novembre à 18 H.

Comment dois je vous nommer : Paysan, agriculteur, éleveur, ou encore militant syndical ? Moi j’aime bien dire que je suis paysan, parce qu’il y a un vrai sens. Je suis également porte parole de la confédération paysanne, donc cela pourrait être paysan parce que je suis le porte parole. Moi j’aime bien me qualifier de paysan parce que dans le mot il y a le mot PAYS, et le mot pays dans le sens originel du terme, pas le mot pays ou l’on met des frontières et des barrières. Le mot pays, parce que moi je suis d’un pays, d’un petit village « Landuzière » à St Genest-Lerpt, c’est dans ce pays là, que j’ai grandit, dans ce pays là que quelque part j’ai été façonné. Que j’ai rencontré des gens, que j’ai découvert mon métier, puisque c’est le métier de mes parents, c’est dans ce pays là que j’habite.

Donc paysan dans le sens ou c’est quelqu’un qui habite un pays et qui le fait vivre, et j’estime qu’avec mon activité de paysan, je fais vivre ce petit bout de terre, quelque part à coté de Saint-Etienne.

Comment êtes vous devenu porte parole de la confédération paysanne ? J’ai milité dans tout un tas d’associations, j’ai ensuite été élu sur la liste de Christian Julien au conseil municipal de St Genest-Lerpt en 2001, j’ai donc été conseillé municipal délégué en charge d’eau et de l’assainissement de 2001 à 2008, ensuite réélu jusqu’en 2010, et dans le même temps j’ai eu aussi un parcours syndical, puisque dès mon installation en 1995, je suis rentré au conseil d’administration de la confédération paysanne de la Loire, j’ai été successivement membre du bureau départemental de nombreuses années, j’ai été porte parole de la confédération paysanne de la Loire de 1999 à 2001….
 
Je suis porte parole de la confédération paysanne depuis 2013, c’est des mandats de deux ans, j’ai été réélu en 2015, je suis donc là jusqu’en 2017, après 2017 je peux être élu jusqu’en 2019. Mais ce qui est sur c’est que nous à la confédération paysanne nous avons un cumul de mandat de 8 ans, donc en 2019 je redeviendrai paysan, je serais toujours adhérent mais plus en fonction. Et je commence à imaginer l’après, la notion de coopérative en circuit court c’est quelque chose qui me tiens à cœur et se dire comment on peut organiser la production dans notre bassin stéphanois par exemple.

Comment peut on expliquer qu’aujourd’hui les paysans ne peuvent plus vivre de leur production, de leur travail et notamment les producteurs de lait ? d’ailleurs combien devrait payer le consommateur le vrai prix d’un litre de lait ?Par exemple le consommateur paye le lait autour d’un euro, sur des premiers prix il peut descendre jusqu’à 70 centimes, aujourd’hui le lait part de chez les producteurs à moins de 30 centimes, parce que nous sommes sur un marché d’équilibre, c’est à dire que si les gens boivent 100 litres de lait, dès que l’on en produit 110 litres plus personne ne veut nous l’acheter. Et qui vend le lait ? c’est essentiellement les grandes surfaces, donc quand les coopératives laitières arrivent devant les grandes surfaces, en disant moi j’ai du lait et qu’ils nous répondent, non nous en avons assez, forcément les prix baissent.
Et sur qui on répercute la baisse ? sur le paysan…donc nous ce que l’on demande à la confédération paysanne, c’est simplement d’organiser la production, s’il y a besoin de 100 litres de lait, on paye les paysans pour produire 100 litres et pas 110 ou 120. C’est ce que l’on appelaient les quotas laitiers,que les gouvernements libéraux successifs au niveau européen ou au niveau français ont démolis. Il nous semble donc important de remettre de la régularisation, de l’organisation, que l’état organise à nouveau les marchés laitiers. Pour que cela ne soit pas la guerre des prix, pour arrêter que les paysans aient toujours des revenus plus bas, et que le consommateur au final paye toujours le même prix.

Que feras t’on quand il n’y aura plus de lait français, le lait viendra du Pérou ? Nous avons rencontrés récemment M. Jean Moreau Directeur des industries laitières, il a répondu très calmement à cette question, moi je m’en fou qu’il n’y ait plus de producteurs, moi ce que je veux c’est qu’il y ait du lait…….Et vous sur votre ferme c’est combien de litres de lait ? On compte le litrage par an, sur notre ferme nous faisons 170 000 litres, sur ces 170 000 litres, 120 000 partent chez sodial, (candia et yoplait), et 50 000 litres qui sont transformés à la ferme, en yaourt et qui partent sur le marché local.

Quel est la différence entre la confédération paysanne et la Fnsea, question de citoyen de la ville ? Il faut savoir sans faire trop d’histoire, que dans les années 40 M. Pétain avait mis le syndicat unique pour la corporation paysanne, à la libération tout le monde a dit il faut qu’un seul syndicat, on sera tous unis, nous allons tous défendre les paysans. Et puis rapidement avec la modernisation de l’agriculture dans les années 60, on s’est aperçus qu’il y avait des petits et des gros paysans, et que les gros défendaient surtout leurs intérêts…Et qu’au final personne ne défendait les petits paysans, il y a eu donc au sein de la fnsea des gens qui ont voulu défendre une autre agriculture, mais ce n’était pas possible puisqu’il n’y avait pas l’autorisation d’avoir deux syndicats. C’est M. Mitterrand en 1981, qui a remit le pluralisme syndical et la confédération paysanne est née, de la fusion de deux petits la fnsp et cnstp en 1987.

Ce qui nous différencie de la Fnsea, nous nous revendiquons avant tout, une agriculture avec des paysans, des paysans nombreux, et repartir les productions entre les paysans, et l’on voit bien la revendication de la fnsea, pour une agriculture de masse, de profits, beaucoup de céréales, de lait, de viandes, pour exporter a l’autre bout de la planète. D’ailleurs à la tête de la Fnsea, il y a un type qui s’appel Xavier Belin, qui est le président d’un grand groupe, d’une grand multinationale le groupe Avril (anciennement Sofiprotéol), les huiles lesieurs, Puget, les oeufs matines…

 

La ferme des mille-vaches c’est quoi pour le grand public et quel est le danger ? En deux mots c’est un entrepreneur du bâtiment et des travaux publics, 360 eme fortune de France, qui n’a rien a voir avec le monde agricole, Michel Ramery qui s’est dit j’ai fait du pognon avec le BTP, avec l’environnement, je vais faire du pognon avec l’agriculture. Je vais faire une grosse ferme, il ne va plus y avoir de quotas laitiers, nous allons pouvoir faire le lait que l’on veut, et comme j’ai beaucoup d’argent je vais pouvoir acheter tous les terrains que je veux…Je vais toucher un maximum d’aides Européennes, puisque les aides Européennes sont à l’hectare, et je vais faire une ferme ou il y aura, allez 1000 vaches. C’est un chiffre rond, comme les vaches en ruminant émettent du méthane, je vais récupérer ce méthane pour faire du gaz, ce gaz brulé fait de l’électricité, et comme l’électricité est plutôt bien rémunérée, jackpot je vais surtout faire de l’électricité.
Après il se trouve que les vaches font aussi du lait, et le mec a réussi l’exploit de faire du lait un sous produit de la merde, c’est horrible à dire mais je ne trouve pas d’autre mot. Et son lait il est fier de le vendre à 25 centimes, d’ailleurs au départ il le vendait à « Senoble », sur leur site c’est la qualité, le plaisir…La confédération paysanne à fait une petite vidéo sur youtube, qui s’appelle la vache en colère ou l’on dénonçait l’arnaque de « Senoble », résultat après 15 jours « Senoble » a arrêté d’acheter ce lait, aujourd’hui personne en France ne veut acheter ce lait là, mais il part en Belgique ou en Italie à 22 centimes.

Comment vivez vous le fait d’avoir des condamnations, simplement parce que vous défendez votre métier, et une certaine image de la France, vous n’êtes pas un délinquant, ni un voleur, vous voulez juste vivre de votre travail ?
C’est assez violent, j’ai donc un casier judiciaire puisque j’ai été condamné et reconnu coupable du démontage de la salle de traite de l’usine de 1000 vaches. Dans un premier temps j’ai eu 5 mois de prison avec sursis et ensuite en appel ramené à 5000 euros d’amende avec sursis. Moi je le vie plutôt mal, pas pour les 5000 euros ou les 5 mois de prison, c’est à la limite accessoire, ce que je vie mal avec mes collègues c’est le fait de dire, nous avons lutés pour le bien commun, pour que les gens aient une alimentation de qualité, nous nous sommes battus pour sauver des paysans, pour l’image que l’on se fait de la France, on nous parle du pays de la gastronomie et on va y faire des usines à vaches…
Et on nous a jugés comme des délinquants, qui auraient utilisés à leur profit des actions illicites, moi la salle de traite des 1000 vaches je l’ai pas remonté dans ma ferme à moi. Il n’y a eu aucun enrichissement personnel, aucun profit, juste des actes que l’on dénonçaient.

Merci à Eric M. pour les photos.

Rencontre du vendredi 30 Octobre 2015, que vous pourrez écouter en intégralité sur l’antenne de Loire FM 100.9 le jeudi 12 novembre à 18 H.

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Auteur de l’article : lestephanoisC

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